Home SantéUn diagnostic précoce n’est pas toujours agréable

Un diagnostic précoce n’est pas toujours agréable

by Sophie Martin

Publié le 6 décembre 2023. L’annonce du cancer de la prostate de l’ancien Premier ministre britannique David Cameron a relancé le débat sur le dépistage systématique de cette maladie, mais les experts néerlandais soulignent la complexité de la question et les risques potentiels d’une approche trop large.

  • Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez l’homme aux Pays-Bas, avec 15 000 nouveaux cas chaque année.
  • Bien que le dépistage précoce puisse réduire la mortalité d’environ 20 %, il conduit également à la détection de nombreux cancers indolents qui ne nécessitent aucun traitement.
  • Aux Pays-Bas, la stratégie privilégiée consiste à laisser les hommes préoccupés discuter de leurs risques avec leur médecin généraliste et prendre une décision éclairée concernant le dépistage.

L’annonce récente du diagnostic de cancer de la prostate de David Cameron, ancien Premier ministre britannique, a immédiatement suscité un appel au dépistage systématique de cette maladie pour tous les hommes au Royaume-Uni. Un appel qui, selon certains observateurs, contraste avec les coupes budgétaires importantes imposées au National Health Service (NHS) durant son mandat, qui ont fragilisé le système de santé anglais.

Aux Pays-Bas, la question du dépistage du cancer de la prostate est régulièrement soulevée, notamment par des personnalités publiques. Avec 15 000 nouveaux diagnostics chaque année, ce cancer est le plus répandu chez l’homme dans le pays. Malheureusement, il est également une cause majeure de décès, avec au moins 2 500 décès annuels liés à cette maladie.

Le dépistage du cancer de la prostate repose sur la mesure de l’antigène prostatique spécifique (PSA) dans le sang. Les études montrent qu’un diagnostic précoce grâce au dépistage peut réduire la mortalité d’environ 20 %, ce qui pourrait potentiellement sauver 500 vies chaque année. Cependant, cette apparente avancée doit être nuancée.

La majorité des cancers de la prostate sont en réalité indolents et ne présentent aucun danger pour la santé. Il arrive souvent que l’on décèle des cancers qui n’auraient jamais causé de problèmes, entraînant ainsi un stress inutile pour les patients. Une étude européenne récente a révélé qu’il faut examiner plus de 450 hommes pour éviter un seul décès lié au cancer de la prostate.

De plus, un taux de PSA élevé nécessite des examens complémentaires approfondis, qui peuvent être inconfortables et comporter des risques de complications. Dans certains cas, ces examens conduisent à des traitements lourds, tels que la chirurgie, qui peuvent altérer significativement la qualité de vie des patients, avec des effets secondaires potentiels comme l’incontinence ou l’impuissance.

En conclusion, une approche intuitivement logique n’est pas toujours la meilleure. Aux Pays-Bas, la stratégie privilégiée consiste à encourager les hommes préoccupés par le cancer de la prostate à en discuter avec leur médecin généraliste afin de prendre une décision éclairée concernant le dépistage. Des ressources en ligne, telles que Thuisarts.nl, peuvent également aider à la prise de décision.

Au Royaume-Uni, l’appel de David Cameron en faveur du dépistage systématique a rapidement reçu le soutien d’une centaine de députés, majoritairement des hommes. Espérons que les Pays-Bas conserveront une approche mesurée et éviteront une campagne de dépistage massif du cancer de la prostate.

Marcel Lévi est président du conseil d’administration de l’Organisation néerlandaise pour la recherche scientifique (NWO). Il a précédemment occupé les fonctions de PDG des hôpitaux de l’University College London et de président du conseil d’administration de l’AMC. Il rédige également une chronique hebdomadaire pour Het Parool.

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