Publié le 24 décembre 2025 à 11h49. Chaque 24 décembre, les foyers italiens s’illuminent avec la rediffusion d’un classique de la comédie : Un fauteuil pour deux, un film qui, plus de quarante ans après sa sortie, continue de divertir et de faire réfléchir.
- Le film, sorti en 1983, raconte l’histoire de deux hommes que tout oppose, pris dans un stratagème visant à tester une théorie sur l’influence de l’environnement social sur la réussite individuelle.
- La scène finale, qui se déroule à la Bourse de New York, est un concentré de tension et d’ingéniosité, où les protagonistes retournent la situation contre leurs manipulateurs.
- Au-delà de son humour, le film aborde des thèmes tels que l’inégalité sociale, la manipulation et la rédemption.
Pour de nombreux Italiens, regarder Un fauteuil pour deux le soir de Noël est un rituel immuable, une tradition qui se transmet de génération en génération. Le film avec Eddie Murphy et Dan Aykroyd revient chaque année sur Italia Uno, offrant un moment de divertissement familial et un rappel que certaines histoires, malgré le temps qui passe, conservent toute leur pertinence.
L’intrigue, au cœur de ce succès durable, repose sur une expérience cynique menée par les frères Duke. Convaincus que le milieu façonne l’individu, ils décident de tester leur théorie en ruinant la vie de Louis Winthorpe III, un courtier prospère, et en le remplaçant par Billy Ray Valentine, un escroc de rue. Leur objectif : prouver que n’importe qui, placé dans des conditions favorables, peut réussir, et que quiconque est privé de ses privilèges est voué à l’échec. Un jeu cruel, mené avec la froideur de ceux qui considèrent l’être humain comme un simple pion.
Mais Louis et Billy, une fois conscients de la manipulation, décident de se venger. Et c’est à la Bourse de New York, symbole du pouvoir économique, qu’ils mettent en œuvre leur plan. La scène finale, l’une des plus mémorables de la comédie américaine, est un véritable tour de force. Derrière l’apparente confusion des chiffres et des transactions se cache une mécanique narrative précise, construite avec intelligence et ironie.
Pour comprendre la subtilité de cette vengeance, il est essentiel de connaître le fonctionnement des contrats à terme. Ces contrats permettent à deux parties de s’engager à échanger une quantité déterminée d’un produit – dans le film, du jus d’orange concentré – à un prix fixé à l’avance, mais à une date ultérieure. C’est un pari sur l’avenir. Le vendeur, qui n’est pas encore propriétaire de la marchandise, anticipe une baisse des prix et espère l’acheter moins cher plus tard pour honorer sa livraison. L’acheteur, au contraire, parie sur une hausse des prix, anticipant une plus-value à la revente.
Dans le film, les frères Duke tentent d’exploiter ce mécanisme pour s’enrichir. Ils ont corrompu un fonctionnaire gouvernemental pour obtenir en avant-première le rapport sur la récolte d’oranges, persuadés que cette information privilégiée leur donnera un avantage sur leurs concurrents. S’il y a une mauvaise récolte, le prix du jus d’orange va flamber. Ils achètent alors des contrats à terme avant l’annonce officielle, dans l’espoir de les revendre à un prix exorbitant.
Mais leur plan est déjoué lorsque Winthorpe et Valentine interceptent le fonctionnaire et découvrent la vérité : la récolte a été abondante. Les oranges seront nombreuses, et le prix va baisser. C’est alors que les deux protagonistes orchestrent leur vengeance. Ils préparent un faux rapport, avec des informations erronées, et l’envoient aux Duke. Ces derniers, convaincus de l’authenticité du document, tombent dans le piège. Ils pensent que la récolte est mauvaise et que les prix vont augmenter. Ils investissent alors toutes leurs ressources dans l’achat de contrats à terme, à des prix de plus en plus élevés, entraînant avec eux d’autres investisseurs, qui suivent leur exemple et amplifient la bulle spéculative.
La scène finale prend alors le rythme d’un duel haletant. Winthorpe et Valentine restent impassibles, observent la montée des prix, attendent le moment opportun. Lorsque la valeur du jus d’orange atteint son apogée, ils commencent à vendre massivement leurs contrats à terme, comme s’il n’y avait pas de lendemain. Ils vendent des contrats qu’ils ne peuvent pas encore honorer, pariant sur une baisse future des prix. Les investisseurs, persuadés que la hausse va se poursuivre, achètent tout ce qu’ils proposent. Les Duke, quant à eux, ne comprennent pas pourquoi quelqu’un vend à des prix aussi bas par rapport à leurs attentes. Mais ils n’ont pas le temps de réfléchir : la Bourse est un fleuve en crue.
L’annonce officielle du gouvernement confirme la bonne récolte. Le prix du jus d’orange s’effondre en quelques secondes. La panique s’empare des courtiers. Ceux qui ont acheté à des prix élevés se retrouvent avec des contrats sans valeur. Tout le monde essaie de vendre, mais il est trop tard.
Winthorpe et Valentine, eux, attendent que le prix atteigne son point le plus bas. Ils rachètent alors les contrats à terme qu’ils avaient vendus quelques instants auparavant. Ils les avaient vendus cher, ils les rachètent maintenant à vil prix. La différence représente un profit considérable. Les Duke, eux, ont fait le pari inverse : ils ont acheté cher et ne peuvent plus revendre qu’à perte. Leur fortune s’évapore en un éclair.
Il est important de noter que les actions de Winthorpe et Valentine constituent une forme de délit d’initié, c’est-à-dire des transactions boursières basées sur des informations non publiques. Le film contient toutefois un détail historique intéressant : dans les années 1980, la spéculation sur des données confidentielles du gouvernement n’était pas encore illégale. Ce n’est qu’en 2010 qu’une loi, surnommée sans surprise la « règle d’Eddie Murphy », a sanctionné ces pratiques.
La scène finale, qui se déroule sur une plage paradisiaque, offre une conclusion parfaite. Louis retrouve la sérénité et l’amour, Billy se construit une nouvelle vie, et les deux anciens magnats se retrouvent seuls, vaincus par leur propre avidité. C’est une fin qui allie rire et justice poétique, un conte de fées moderne déguisé en comédie.
Et c’est précisément ce mélange d’humour, de critique sociale, de rythme narratif et de personnages inoubliables qui a fait d’Un fauteuil pour deux un classique intemporel. Chaque année, nous le regardons à nouveau, en connaissant déjà le dénouement, mais chaque année, il nous surprend, nous amuse et nous rappelle qu’au moins à Noël, les bons peuvent vraiment gagner.
Et ce soir, comme le veut la tradition, tout recommencera. Bonne séance.
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