Publié le 10 janvier 2024 09:57:00. Newry, ville d’Irlande du Nord, pourrait devenir une alternative abordable au marché immobilier de Dublin, attirant des travailleurs et stimulant l’économie locale grâce à un modèle inspiré de Malmö, en Suède. Un nouveau rapport propose un investissement massif dans les infrastructures pour faciliter cette transformation.
- Un rapport préconise un investissement de plus de 123 millions d’euros pour moderniser les infrastructures de Newry et attirer de nouveaux habitants.
- L’objectif est de construire 6 000 nouveaux logements dans la région au cours de la prochaine décennie, offrant une alternative plus abordable à Dublin.
- Le modèle économique s’inspire de villes frontalières européennes comme Malmö (Suède) et Annemasse (France), où les habitants vivent dans un pays et travaillent dans un autre.
Newry, située à la frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, pourrait connaître un essor démographique et économique significatif si les recommandations d’un rapport intitulé « Newry Next » sont mises en œuvre. Rédigé par l’homme d’affaires Paschal Taggart et Ger Perdisatt, conseiller stratégique en intelligence artificielle (IA), ce document de 64 pages propose de faire de la ville un pôle suburbain transfrontalier, capable de répondre à la crise du logement à Dublin.
L’idée maîtresse est de tirer parti de la situation géographique de Newry et de sa proximité avec Dublin et Belfast pour offrir des logements plus spacieux à des prix nettement inférieurs à ceux des banlieues dublinoises, comme Mullingar, Portlaoise et Carlow. Selon les estimations, un logement à Newry coûterait environ 150 000 € de moins qu’un bien comparable dans ces zones.
L’initiative, soutenue par l’ancien sénateur Martin McAleese, s’appuie sur le concept de « corridor économique », déjà observé dans d’autres régions frontalières d’Europe. Ce modèle permet aux travailleurs de résider dans un pays où le coût de la vie est plus faible tout en étant employés et en payant leurs impôts dans un autre pays. Des exemples concrets incluent la liaison entre Malmö et Copenhague, Annemasse et Genève, ainsi que Bratislava et Vienne.
Les auteurs du rapport soulignent que 14 000 déplacements transfrontaliers ont lieu quotidiennement entre Dublin et Belfast par train et par route, avec des temps de trajet de 45 minutes vers Belfast et 75 minutes vers Dublin. Ils estiment que la construction de 6 000 nouvelles habitations augmenterait la population locale de 15 000 personnes.
Cependant, le rapport met en garde contre un obstacle majeur : le manque de capacité de traitement des eaux usées, qui a déjà bloqué la construction de plus de 1 300 logements et d’une trentaine de projets commerciaux. Dans son avant-propos, le Dr McAleese insiste sur la nécessité de résoudre ce problème : « Cela ne peut tout simplement pas continuer à être un frein au progrès et au développement. »
Pour débloquer le potentiel de Newry, le rapport recommande un investissement de plus de 107 millions de livres sterling (123 millions d’euros) pour l’extension des installations de traitement des eaux usées et le renforcement du réseau. Il préconise également la modernisation des infrastructures ferroviaires et routières, ainsi que la création d’une zone de développement spéciale, sur le modèle de la zone franche de Shannon, offrant des avantages fiscaux pour attirer les investissements.
Selon les estimations des auteurs, cet investissement initial pourrait générer des bénéfices directs et économiques de 1,5 milliard de livres sterling au cours de la prochaine décennie. La modernisation des infrastructures d’assainissement serait un catalyseur, permettant de lever des capitaux privés pour le développement de logements sans dépendre de subventions publiques continues. « L’activité qui en résulte élargit l’assiette fiscale locale, soutient l’emploi et renforce la résilience économique régionale à long terme », précise le rapport.
Paschal Taggart a expliqué à l’Irish Times que l’attrait principal pour les travailleurs réside dans le coût du logement :
« Une maison qui coûterait 400 000 € dans les villes de banlieue de la République coûterait 150 000 € de moins à Newry. »
Paschal Taggart, homme d’affaires
L’avantage pour Dublin serait double : les travailleurs frontaliers paieraient des impôts sur le revenu en Irlande, tout en dépensant leur argent localement dans les régions de Newry et Bambridge, stimulant ainsi l’économie locale et favorisant le développement du commerce de détail et d’autres activités économiques.