Home NouvellesUn juge fédéral rejette l’acte d’accusation contre TikToker abattu par ICE, invoquant des violations constitutionnelles

Un juge fédéral rejette l’acte d’accusation contre TikToker abattu par ICE, invoquant des violations constitutionnelles

by Nicolas Lefèvre

Un juge fédéral a annulé les accusations portées contre un streameur TikTok, Carlitos Ricardo Parias, après avoir constaté de graves violations de ses droits constitutionnels par les autorités américaines. L’affaire, qui fait suite à une intervention musclée de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) et à une fusillade, soulève des questions sur les méthodes employées par les forces de l’ordre.

Dans une ordonnance rendue samedi, le juge Fernando M. Olguin a pointé du doigt le refus de l’accès à un avocat pour M. Parias alors qu’il était détenu par l’ICE, ainsi que le non-respect des délais de communication des preuves, notamment les images des caméras portées par les agents lors de l’incident. Le juge a rejeté l’acte d’accusation avec préjudice, empêchant ainsi les procureurs de relancer les mêmes accusations d’agression à l’encontre d’un agent fédéral et de dégradation de biens publics.

Les faits remontent au 21 octobre dernier, dans le sud de Los Angeles. Les autorités fédérales avaient accusé M. Parias d’avoir délibérément foncé avec sa voiture sur les véhicules des agents de l’ICE qui tentaient de l’arrêter dans le cadre d’une opération d’immigration. Un agent de l’ICE avait ouvert le feu, blessant M. Parias au bras et occasionnant une blessure par ricochet à un maréchal adjoint américain.

La vidéo des caméras portées par les agents, récemment rendue publique, contredit cependant la version initiale des faits présentée par le Département de la sécurité intérieure. On y voit un agent de l’ICE briser la vitre de la voiture de M. Parias avec son arme, alors que le streameur avait les mains levées et demandait pourquoi il était interpellé. L’agent tente ensuite d’ouvrir la portière, avant de pointer son arme et de tirer, alors que la voiture ne semble pas avoir bougé.

Dans l’ordonnance de 28 pages, le juge Olguin souligne que le refus d’accès à un avocat pendant une période cruciale a causé un préjudice réel et immédiat à M. Parias, et qu’aucun autre recours ne pouvait y remédier. « En bref, parce que M. Parias a été privé de l’accès à un avocat pendant la période critique précédant son procès, ce qui lui a causé un préjudice réel et imminent, et parce qu’aucun autre recours ne pouvait remédier de manière adéquate à cette privation, le tribunal est d’accord avec l’accusé sur le fait que le rejet de l’acte d’accusation est justifié », a-t-il écrit.

Les avocats de M. Parias, Cuauhtemoc Ortega et Gabriela Rivera, se sont déclarés « heureux que le tribunal ait rejeté les accusations portées contre leur client ». Ils ont souligné que « même s’ils restent convaincus qu’un jury acquitterait facilement M. Parias, le gouvernement a porté atteinte à son droit à un procès équitable et rapide en lui refusant un accès significatif à son équipe de défense et en ne divulguant pas en temps opportun les preuves qui, selon eux, étayaient les accusations ».

Bien que les accusations criminelles aient été abandonnées, M. Parias pourrait rester en détention administrative de l’ICE en attendant la résolution de son dossier d’immigration. Le juge Olguin a d’ailleurs critiqué la décision du gouvernement de le détenir au centre de détention d’Adelanto, estimant que cela avait entravé son droit à une défense adéquate. Il a souligné les difficultés d’accès à son avocat en raison de la distance et des obstacles à l’organisation de visites ou de visioconférences.

Selon les documents judiciaires, les autorités fédérales avaient cherché à arrêter M. Parias sur la base d’un mandat administratif d’expulsion, l’accusant de se trouver illégalement sur le territoire américain. Un responsable du ministère de la Sécurité intérieure avait affirmé qu’il s’était déjà soustrait à la justice, mais la vidéo obtenue par les médias suggère que les agents fédéraux l’avaient laissé partir lors d’un incident survenu en juin.

Lors de la récente intervention, M. Parias quittait son domicile lorsqu’il a été encerclé par des véhicules de l’ICE et du US Marshals Service. Dans la vidéo, on entend un agent de l’ICE prévenir : « Descendez, on va vous tirer dessus. Sortez, nous allons vous tirer dessus. » Peu après, l’agent ouvre le feu. Sur la vidéo, on entend l’agent dire, visiblement surpris : « Oh… F— ». Puis, à la question « Qui a tiré ? », il répond : « J’ai tiré, j’ai tiré. »

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