Publié le 2024-02-29 10:22:00. L’accès aux traitements contre l’épilepsie s’améliore dans les pays à faibles et moyens revenus, mais une étude internationale met en garde contre les risques persistants liés à l’utilisation du valproate, un médicament couramment prescrit, pendant la grossesse.
- Entre 2012 et 2022, l’utilisation de médicaments antiépileptiques a augmenté significativement dans 73 pays à revenu faible ou intermédiaire.
- Le valproate, bien que figurant sur la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), est associé à un risque accru de malformations congénitales et de troubles du développement chez les enfants.
- Les autorités européennes ont renforcé les avertissements concernant l’utilisation du valproate chez les femmes et les adolescentes.
Une nouvelle étude, menée en collaboration avec l’OMS et publiée dans la revue eMédecineClinique, révèle une augmentation notable de l’accès aux médicaments antiépileptiques dans les pays à faibles et moyens revenus au cours de la dernière décennie. Cette progression est une avancée majeure pour des millions de patients qui, auparavant, disposaient de peu d’options thérapeutiques.
L’analyse, coordonnée par des chercheurs de l’Université Aston en Grande-Bretagne, souligne toutefois que cette amélioration de l’accès ne s’accompagne pas toujours de mesures de sécurité adéquates. La principale source de préoccupation reste l’utilisation continue du valproate, un antiépileptique largement prescrit dans de nombreuses régions du monde.
Bien que classé comme médicament essentiel par l’OMS, le valproate est connu pour ses effets délétères potentiels sur le fœtus. Il peut provoquer des malformations congénitales graves, telles que le spina bifida et la fente palatine, ainsi que des troubles du développement cognitif, comportemental et de la mémoire chez les enfants exposés pendant la grossesse. L’OMS alerte sur ces risques depuis plusieurs années et recommande d’éviter la prescription de ce médicament aux femmes et adolescentes en âge de procréer.
Dans les pays à revenus élevés, des programmes de prévention des grossesses et l’introduction de nouvelles générations d’antiépileptiques ont permis de réduire considérablement l’utilisation de médicaments contenant du valproate. Cependant, dans de nombreux pays aux ressources limitées, où les alternatives thérapeutiques sont coûteuses ou difficiles d’accès, le valproate reste un traitement courant.
Cette étude, réalisée à la demande de l’OMS, s’appuie sur les données de vente de médicaments au niveau national pour évaluer les pratiques de prescription et déterminer l’exposition des femmes en âge de procréer aux risques liés au valproate. Ces informations sont cruciales pour évaluer l’efficacité des systèmes de prévention mis en place dans chaque pays.
Les experts insistent sur le fait que l’élargissement de l’accès aux médicaments antiépileptiques est une avancée positive, mais soulignent que la persistance de l’utilisation du valproate, en l’absence d’informations adéquates et de mesures de contrôle appropriées, constitue un problème de santé publique majeur.
Les chercheurs appellent à une harmonisation mondiale des pratiques de prescription du valproate, ainsi qu’à des programmes d’éducation destinés aux professionnels de la santé et aux patients, afin de réduire les risques pour les générations futures.
Récemment, les experts de l’Agence européenne des médicaments (EMA) ont procédé à une réévaluation des médicaments contenant du valproate. Le Groupe de Coordination pour la Reconnaissance Mutuelle et les Procédures Décentralisées – Humain (CMDh), représentant les États membres de l’UE, a décidé de renforcer les avertissements concernant l’utilisation de ces médicaments chez les femmes et les adolescentes, en raison du risque de malformations et de troubles du développement chez les bébés exposés pendant la grossesse. Plus d’informations sur les recommandations de l’EMA.
L’objectif de ces avertissements est de garantir que les patients soient pleinement informés des risques et que le médicament ne soit utilisé qu’en cas de nécessité absolue. Les médecins de l’UE sont ainsi recommandés à ne pas prescrire le valproate pour l’épilepsie ou le trouble bipolaire aux femmes enceintes, aux femmes susceptibles de le devenir ou aux adolescentes, sauf si d’autres traitements se révèlent inefficaces ou mal tolérés.
Pour les patientes pour lesquelles le valproate constitue la seule option thérapeutique, il est impératif qu’elles utilisent une méthode de contraception efficace et que le traitement soit instauré et surveillé par un médecin expérimenté dans la prise en charge de ces affections.
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