Publié le 4 novembre 2025 à 19h13. Une étude surprenante révèle qu’un parasite affectant les huîtres modernes existait déjà il y a plus de 480 millions d’années, bien avant l’extinction des dinosaures, témoignant de la longévité de certaines interactions biologiques.
- Des scans 3D haute résolution de coquilles fossilisées ont révélé des motifs en forme de point d’interrogation, signes d’une infestation par un ver marin.
- Ce parasite, un polychète spionidé, perce les coquilles des bivalves sans les tuer directement, mais en affaiblissant leur structure.
- La découverte offre un aperçu rare de la stabilité de certaines relations parasites sur des échelles de temps géologiques.
Des chercheurs de l’UC Riverside, en collaboration avec des scientifiques de Harvard, ont mis au jour cette relation préhistorique en analysant des fossiles exceptionnellement bien conservés provenant d’un site marocain datant de l’Ordovicien, une période marquée par une diversification rapide de la vie marine. L’étude, publiée dans la revue iScience, s’appuie sur des techniques d’imagerie de pointe pour observer l’intérieur des coquilles fossilisées.
« Les marques que nous avons observées n’étaient pas de simples égratignures aléatoires », explique Karma Nanglu, paléobiologiste à l’UC Riverside et directrice de l’étude. « Nous avons constaté la présence répétée de sept ou huit formes parfaites de points d’interrogation sur chaque coquille fossile. C’était un motif indéniable. »
L’identification du parasite a nécessité une enquête approfondie. Javier Ortega-Hernandez, biologiste évolutionniste à Harvard et conservateur au Musée de zoologie comparée de l’université, se souvient : « Il nous a fallu du temps pour percer le mystère de ces traces étranges. Elles semblaient se moquer de nous avec leur forme énigmatique. » Il ajoute : « Mais, comme cela arrive souvent, la solution est apparue lorsque nous avons exploré des publications scientifiques obscures, jusqu’à ce que l’illumination se produise. »
L’équipe a finalement identifié le coupable : un ver à poils marins, un polychète spionidé, encore très répandu dans les océans actuels. Ces vers creusent des galeries dans les coquilles des bivalves, comme les huîtres, pour s’y abriter et se nourrir, sans pour autant les tuer. Cependant, ces dommages structurels peuvent augmenter la vulnérabilité des huîtres et accroître leur taux de mortalité.
« Ils parasitent les coquilles des bivalves, comme les huîtres, et non la chair des animaux eux-mêmes. Mais endommager leurs coquilles peut augmenter le taux de mortalité des huîtres. »
Karma Nanglu, paléobiologiste à l’UC Riverside
Les coquilles étudiées appartenaient à un ancêtre primitif des palourdes modernes qui prospérait durant l’Ordovicien, une époque caractérisée par des changements écologiques importants. « C’est une période où les écosystèmes océaniques sont devenus plus dynamiques », souligne Karma Nanglu. « On observe l’essor de la mobilité, de la prédation et, manifestement, du parasitisme. »
Les chercheurs ont écarté d’autres hypothèses, comme la possibilité que les motifs soient dus à l’activité des coquillages eux-mêmes ou à un autre type d’organisme. La preuve décisive est venue d’une image issue d’une étude sur des vers spionidés modernes, montrant une structure interne identique à celle observée sur les fossiles. « C’était la preuve irréfutable », affirme Karma Nanglu.
Au-delà de l’intérêt de cette identification, la découverte met en lumière la remarquable stabilité de certaines stratégies biologiques sur des millions d’années. « Ce groupe de vers n’a pratiquement pas modifié son mode de vie depuis près d’un demi-milliard d’années », observe Karma Nanglu. « Nous avons tendance à considérer l’évolution comme un processus de changement constant, mais ici, nous avons un exemple de comportement qui a si bien fonctionné qu’il est resté inchangé malgré de multiples extinctions massives. »
L’utilisation de la micro-tomodensitométrie (micro-CT scan), une technique d’imagerie similaire à celle utilisée en médecine mais beaucoup plus précise, a permis d’observer l’intérieur des traces en forme de point d’interrogation et de révéler la présence de davantage de bivalves parasités cachés dans la roche.
Le cycle de vie du parasite a également fourni des indices précieux sur son identité. Il semble suivre un schéma précis : une larve s’installe sur une coquille hôte à un endroit spécifique, puis dissout une petite zone pour s’ancrer. Au fur et à mesure de sa croissance, le ver s’enfonce dans la coquille, créant ainsi la forme caractéristique de point d’interrogation. Aucun autre animal connu ne produit un tel motif.
Ce même comportement d’enfouissement des coquilles affecte encore les huîtres aujourd’hui. Bien que les vers spionidés ne se nourrissent pas directement des animaux, les dommages structurels qu’ils causent peuvent entraîner une mortalité accrue dans les élevages commerciaux.
« Ce parasite n’a pas seulement survécu à la période acharnée de l’Ordovicien, il a prospéré. Il continue d’interférer avec les huîtres que nous voulons consommer, tout comme il le faisait il y a des centaines de millions d’années. »
Karma Nanglu, paléobiologiste à l’UC Riverside
Le site fossilifère marocain est réputé pour offrir des témoignages rares de comportements anciens. D’autres découvertes incluent des animaux retrouvés sur les restes de créatures ressemblant à des calmars, fournissant des preuves précieuses d’anciennes interactions inter-espèces figées dans le temps. « Il est rare d’avoir une trace d’un animal aussi ancien », conclut Karma Nanglu. « Mais observer des preuves de l’interaction entre deux animaux est une véritable aubaine. »


À lire aussi
