Publié le 2025-11-12 09:04:00. Face à une concurrence accrue entre les grandes puissances économiques, les États-Unis multiplient les accords bilatéraux pour sécuriser leur approvisionnement en minéraux critiques, essentiels aux technologies de pointe, à la défense et à la transition énergétique, tout en réduisant leur dépendance vis-à-vis de la Chine.
- Les États-Unis ont conclu des accords de coopération avec l’Australie, la Malaisie, la Thaïlande et le Japon pour diversifier leurs sources d’approvisionnement en minéraux stratégiques.
- Ces accords, bien que non contraignants juridiquement, s’inscrivent dans une tendance plus large de diplomatie axée sur la sécurité économique et l’investissement.
- L’accord conclu avec la Malaisie va plus loin, incluant un accord commercial contraignant avec des obligations en matière d’investissement et de commerce de minéraux essentiels.
Dans un contexte mondial marqué par des tensions géopolitiques croissantes, la sécurisation de l’accès aux minéraux critiques – lithium, cobalt, terres rares, etc. – est devenue une priorité stratégique pour les États-Unis. Ces ressources sont indispensables à la fabrication de batteries, d’éoliennes, de semi-conducteurs et de nombreux autres produits clés pour l’économie moderne. La concentration de la production et de la transformation de ces minéraux en Chine suscite des inquiétudes quant à la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement et à la dépendance économique.
Pour contrer cette situation, l’administration américaine a engagé une série de négociations bilatérales, aboutissant récemment à la signature d’accords avec l’Australie, la Malaisie, la Thaïlande et le Japon. Ces accords, présentés comme des “cadres” ou des “mémorandums d’accord” (MoU), visent à renforcer la coopération dans le domaine de l’exploration, de l’extraction, du traitement et du commerce des minéraux critiques. Ils prévoient notamment le partage d’informations géologiques, le soutien financier à des projets miniers, la coordination des politiques commerciales et la promotion des investissements.
Bien que ces accords ne soient pas juridiquement contraignants – ils se limitent à exprimer l’“intention” des parties de coopérer – ils revêtent une importance politique significative. Ils témoignent d’une volonté américaine de s’affranchir des règles traditionnelles du commerce international et de recourir à des instruments plus souples et plus rapides à mettre en œuvre. Comme le souligne une étude de l’Université du Sussex, cette approche est de plus en plus courante dans la diplomatie des minéraux critiques.
L’accord conclu avec la Malaisie se distingue toutefois des autres. Il est complété par un accord commercial qui entrera en vigueur et imposera des obligations contraignantes aux deux parties. La Malaisie s’engage notamment à faciliter les investissements américains dans le secteur des minéraux critiques et à supprimer les quotas d’exportation d’éléments de terres rares vers les États-Unis, en échange d’un maintien des droits de douane américains à un niveau maximal de 19 %.
Les accords avec l’Australie et le Japon mettent l’accent sur le soutien financier à des projets miniers. Dans le cadre du “cadre” conclu avec l’Australie, les deux pays s’engagent à mobiliser au moins 1 milliard de dollars (environ 920 millions d’euros) de financement pour des projets situés aux États-Unis et en Australie. Une lettre d’intention de plus de 2 milliards de dollars (environ 1,84 milliard d’euros) a déjà été émise par la banque américaine d’import-export à l’attention de sociétés minières australiennes. L’accord avec le Japon prévoit un soutien financier plus général à des projets sélectionnés, avec un accent sur la livraison de produits finis aux acheteurs américains et japonais. Un engagement d’investissement de 550 milliards de dollars (environ 403 milliards d’euros) de la part du Japon aux États-Unis, incluant le secteur des minéraux critiques, est également prévu dans le cadre de l’accord commercial préexistant entre les deux pays. Accord commercial États-Unis-Japon.
Les accords avec la Thaïlande et la Malaisie, quant à eux, se concentrent davantage sur le développement et l’intégration des chaînes d’approvisionnement. Ils prévoient un partage d’informations et une coordination sur des projets prioritaires, ainsi qu’une priorité donnée aux investissements américains dans les actifs miniers de ces pays. Le protocole d’accord entre la Thaïlande et les États-Unis prévoit notamment que les investisseurs américains auront la première opportunité d’investir dans des actifs miniers critiques vendus en Thaïlande.
Tous les accords mettent également l’accent sur la rationalisation des procédures d’autorisation pour les projets miniers, ce qui suscite des inquiétudes quant au respect des normes environnementales et sociales. Ils prévoient également des mécanismes de coordination pour protéger les marchés des minéraux critiques contre les “politiques non commerciales et les pratiques commerciales déloyales”, une référence implicite aux pratiques de la Chine, accusée de “militariser” les chaînes d’approvisionnement. Ils s’inscrivent également dans le cadre du Plan d’action du G7 pour les minéraux critiques.
En conclusion, ces accords témoignent d’une stratégie américaine visant à consolider ses alliances existantes, notamment avec l’Australie et le Japon, et à mobiliser de nouveaux partenaires, comme la Thaïlande et la Malaisie, dans sa compétition avec la Chine. Ils pourraient permettre aux États-Unis d’influencer les politiques intérieures de leurs partenaires et d’accélérer le développement de l’industrie minière critique. Cependant, ils soulèvent également des questions quant à la transparence, à la légitimité et aux conséquences pour les pays en développement, qui pourraient se retrouver pris entre deux blocs économiques rivaux.