Publié le 7 décembre 2025 16:02:00. Une nouvelle étude modélisant le coût social du carbone révèle qu’attendre de prendre des mesures climatiques ambitieuses pourrait s’avérer contre-productif, voire entraîner un désengagement face à l’ampleur croissante des dégâts.
- Retarder une action climatique forte pourrait paradoxalement réduire la volonté politique de décarboner l’économie.
- L’étude met en évidence un possible « point de bascule » où l’augmentation des dommages climatiques sape l’incitation à agir.
- Les chercheurs préconisent de suivre conjointement l’évolution des dommages climatiques et le développement des énergies renouvelables.
Une nouvelle modélisation, menée par des chercheurs de l’Université Fudan à Shanghai, remet en question l’idée répandue selon laquelle il est plus économique de différer les mesures climatiques ambitieuses. De nombreux gouvernements estiment en effet qu’il est préférable d’attendre que les conséquences du changement climatique deviennent plus évidentes avant d’investir massivement dans la réduction des émissions. L’étude démontre que cette approche pourrait se retourner contre eux.
Rong Wang, chercheur en politique climatique à l’Université Fudan, et son équipe ont utilisé un modèle d’évaluation intégré sophistiqué pour explorer différents scénarios de transition climatique. Ce modèle, qui prend en compte les interactions complexes entre l’économie, la consommation d’énergie et le système climatique, permet de simuler l’impact de différentes politiques sur plusieurs décennies.
Les simulations révèlent qu’une réduction drastique de l’approvisionnement en combustibles fossiles, de l’ordre de 90 %, pourrait entraîner une baisse de la production économique mondiale de 21 à 51 %, en raison des difficultés et des coûts liés au remplacement des énergies fossiles. Cependant, l’étude souligne également que les dommages climatiques s’aggravent plus rapidement que prévu à mesure que les températures augmentent, ce qui rend l’inaction encore plus coûteuse à long terme.
L’étude introduit une notion cruciale : un possible « point de bascule » socio-économique. Selon ce concept, une fois que les dommages climatiques atteignent un certain seuil – dans le modèle, lorsque ces dommages engloutissent un dixième des revenus – le coût social du carbone diminue, et la volonté politique de prendre des mesures ambitieuses s’affaiblit.
« Retarder les mesures d’atténuation fortes visant à éliminer progressivement les combustibles fossiles pourrait avoir un effet dissuasif auto-renforcé »,
Rong Wang, chercheur en politique climatique à l’Université Fudan
Pour tester la robustesse de cette conclusion, les chercheurs ont réalisé 10 000 simulations de Monte-Carlo, en explorant un large éventail de futurs plausibles. Les résultats confirment une tendance inquiétante : lorsque les dommages climatiques augmentent et que la part des énergies renouvelables reste faible, le modèle signale un risque accru de basculement vers une action climatique insuffisante.
Les auteurs de l’étude suggèrent de surveiller attentivement deux indicateurs clés : l’ampleur des dommages climatiques et la progression des énergies renouvelables. Ces données pourraient être intégrées dans le Bilan mondial prévu par l’Accord de Paris, afin d’évaluer les progrès réalisés et d’identifier les risques potentiels.
L’étude met en garde contre une dépendance excessive aux considérations économiques à court terme dans la définition des politiques climatiques. Si les modèles économiques suggèrent que les investissements dans la réduction des émissions ne sont plus rentables, les dirigeants pourraient être tentés de fermer les yeux sur les risques à long terme. Il est donc crucial d’agir rapidement pour développer les énergies propres et éliminer progressivement les combustibles fossiles, afin d’éviter de franchir des seuils critiques au-delà desquels une action significative deviendrait impossible.
L’étude est publiée dans la revue Nexus énergie et environnement.
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