Publié le 24 décembre 2025. L’engouement pour les bilans de santé complets, offerts parfois comme cadeaux d’entreprise, est remis en question par une jeune médecin qui dénonce une tendance à “créer des patients” plutôt qu’à prévenir réellement les maladies.
- Les examens de type scanner corporel total peuvent révéler des anomalies bénignes, générant anxiété et examens complémentaires inutiles.
- La prévention efficace repose sur des habitudes de vie saines (exercice, arrêt du tabac, alimentation équilibrée) plutôt que sur des dépistages systématiques.
- Une jeune médecin témoigne de sa frustration face à cette tendance et appelle à une remise en question de la médecine préventive.
Un CD remis par un patient, un simple ruban autour d’une carte portant un message troublant : « Parfois on ne ressent rien, mais un seul examen peut faire la différence. Le plus beau cadeau de Noël : savoir où l’on se situe dans le temps. » Pour la Dre Victoria Veenis, radiologue, ce “cadeau de Noël” – un scanner corporel total offert par l’employeur de sa patiente – illustre une dérive inquiétante de la médecine préventive. Elle le décrit comme un “CT pour la carrosserie”, une approche qui, selon elle, est plus susceptible de générer de l’anxiété que d’améliorer la santé.
L’histoire prend une tournure concrète lorsqu’elle découvre, en analysant les images du scanner, un nodule pulmonaire atypique de cinq millimètres (5 mm) chez sa patiente, hospitalisée pour un essoufflement. « Ce scanner l’a déjà montré, donc je sais ce que tu vas me dire », confie la patiente, en larmes. « Heureusement, je suis arrivée à temps. » Elle est en état d’hyperventilation, terrifiée par la perspective d’une maladie grave.
« La véritable prévention se trouve rarement dans un scanner. »
Dre Victoria Veenis, radiologue
Après des analyses complémentaires (bilan sanguin, radiographie pulmonaire, ECG), la Dre Veenis conclut qu’il n’y a aucune explication immédiate à l’essoufflement de sa patiente. Le cœur lourd, elle doit lui annoncer les résultats, consciente de la difficulté de rassurer une femme déjà fragilisée. Elle finit par prescrire un scanner de contrôle, suivant les protocoles habituels.
La Dre Veenis exprime sa frustration auprès de ses collègues de l’ANIOS (Association Nationale des Internes et des Jeunes Docteurs), mais constate que beaucoup d’entre eux soutiennent ces examens préventifs. « C’est toujours assez effrayant de le savoir », entend-elle souvent. Une attitude qu’elle ne comprend pas, car, selon elle, la recherche systématique d’anomalies chez des personnes asymptomatiques conduit à une “illusion de sécurité”.
Elle s’appuie sur les réflexions de Bernard Leenstra, qui souligne un glissement de la médecine du soin à la médecine de la peur, où l’action est motivée par l’anxiété plutôt que par le bien-être réel. Plus nous cherchons, plus nous trouvons, et plus nous créons des patients, en identifiant des anomalies qui n’auraient jamais causé de problèmes.
La Dre Veenis s’interroge sur la fréquence de ces examens : annuels ? Ou seulement en cas de besoin ? Elle souligne également que, de toute façon, aucun scanner ne peut garantir l’absence totale de risque. Elle appelle à une réflexion collective, notamment auprès des jeunes médecins, formés à une époque où la mesure et le contrôle sont rois. « Ne serait-ce pas la génération qui osera bientôt dire : tout ce qui est possible ne doit pas être fait ? »
Elle conclut en réaffirmant que la véritable prévention repose sur des choix de vie sains : exercice physique régulier, arrêt du tabac, alimentation équilibrée. Des mesures simples, certes, mais bien plus efficaces qu’une IRM sophistiquée. Elle a rendu le CD à sa patiente, et a fait don du colis de Noël à une association caritative. Elle espère que cette expérience contribuera à une évolution de la médecine préventive, axée sur le bien-être et la qualité de vie plutôt que sur la recherche obsessionnelle d’anomalies.
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