Publié le 24 novembre 2023 14:30. La décision controversée du président indonésien Prabowo Subianto de décerner le titre de héros national à l’ancien dictateur Soeharto ravive les blessures du passé et relance le débat sur la mémoire historique en Indonésie, alors que le pays se prépare à de nouvelles élections.
- Soeharto, au pouvoir de 1967 à 1998, a été honoré aux côtés de neuf autres personnalités lors de la Journée des héros nationaux.
- Cette reconnaissance suscite l’indignation des organisations de défense des droits de l’homme, qui dénoncent un bilan marqué par des violations massives et une répression politique.
- Malgré ce passé sombre, Soeharto reste une figure nostalgique pour certains Indonésiens, qui associent son règne à la stabilité économique et à l’ordre social.
L’annonce de la distinction accordée à Soeharto a immédiatement provoqué une vive réaction sur les réseaux sociaux, avec une majorité de commentaires positifs, à l’exception notable du compte X. Cette décision intervient alors que l’Indonésie est confrontée à une période d’incertitude politique et à une augmentation du coût de la vie, des facteurs qui pourraient expliquer la résurgence d’un certain sentiment de nostalgie pour l’époque de Soeharto, selon un récent rapport du cabinet de conseil en mégadonnées Drone Emprit.
Pendant ses trente-deux années au pouvoir, Soeharto a été accusé de graves violations des droits humains. Parmi les événements les plus sombres de son régime figurent les “fusillades mystérieuses” (penembakan misterius) qui ont eu lieu entre 1982 et 1985, au cours desquelles des milliers de personnes soupçonnées de criminalité ont été exécutées sommairement, vraisemblablement par des escadrons de la mort agissant avec le soutien de l’État. Son gouvernement a également été impliqué dans le massacre de Tanjung Priok en 1984, les meurtres de Talangsari à Lampung en 1989 et les émeutes de mai 1998, qui ont fait des centaines de morts et ont été accompagnées d’enlèvements de militants pro-démocratie dans les derniers jours de son règne.
Les groupes de défense des droits de l’homme et les historiens mettent en garde contre le risque que cette reconnaissance officielle légitime la violence d’État et efface la souffrance des victimes. Ils soulignent que le bilan de Soeharto est incompatible avec les valeurs d’un héros national. La décision de Prabowo Subianto, son ancien gendre, est d’autant plus controversée qu’elle intervient dans un contexte de préoccupations croissantes concernant une possible résurgence de pratiques autoritaires. Prabowo rend hommage à Suharto, faisant craindre une résurgence autoritaire.
Cette affaire relance un débat crucial sur la manière dont l’Indonésie se souvient de son passé et sur la nécessité de rendre justice aux victimes des violations des droits humains commises sous le régime de Soeharto. La question de la mémoire historique reste un enjeu majeur dans un pays en pleine transition démocratique.
