Publié le 12 décembre 2025 à 07h52. À Dublin, une nouvelle application de VTC, LadyCab, va bientôt permettre aux femmes de choisir une conductrice, une initiative née d’un sentiment croissant d’insécurité et de témoignages d’agressions.
- LadyCab, le premier service de VTC irlandais exclusivement dédié aux femmes, sera lancé ce mois-ci à Dublin.
- L’application permettra aux usagères de sélectionner une conductrice, dans le but d’accroître leur sentiment de sécurité.
- La fondatrice, Emanuela Negura, a été personnellement victime d’une agression et souhaite répondre à une demande exprimée par de nombreuses femmes.
Dublin se prépare à accueillir une nouvelle offre de transport avec le lancement imminent de LadyCab, une application de VTC qui se distingue par son positionnement ciblé : elle mettra en relation les passagères avec des conductrices. Cette initiative, portée par Emanuela Negura, répond à une préoccupation grandissante en matière de sécurité, notamment pour les femmes se déplaçant seules la nuit.
L’idée de LadyCab est née d’une expérience traumatisante vécue par sa fondatrice. « J’ai été agressée un samedi soir de juillet dernier dans le centre-ville par un passager qui tentait de monter dans ma voiture », raconte Mme Negura. « J’étais garée. Il a essayé d’entrer, mais heureusement, la porte était verrouillée. Il a essayé de briser ma vitre. Il m’a attrapé par le cou et m’a frappée. » Elle souligne que l’incident s’est produit en plein jour, ce qui a renforcé son sentiment de vulnérabilité. « J’ai réalisé à quel point nous étions exposés, en tant que chauffeurs de taxi, aux dangers de la vie nocturne de Dublin. »
« Je viens de réaliser à quel point ce service est indispensable. »
Emanuela Negura, fondatrice de LadyCab
Mme Negura déplore également le manque de solidarité dont elle a été victime. « J’avais trois chauffeurs de taxi derrière moi… personne n’a sauté pour m’aider. Il n’y a pas de soutien. Parce que vous n’avez pas de soutien, vous savez que si quelque chose ne va pas, vous êtes seul. » Elle est convaincue qu’il est temps de changer les choses et de créer un environnement de travail plus sûr pour les femmes dans le secteur du transport.
Au-delà de son expérience personnelle, Mme Negura s’est inspirée des conversations qu’elle a eues avec ses passagères au cours des deux dernières années. Nombre d’entre elles lui ont confié se sentir mal à l’aise, voire éviter de sortir, par crainte pour leur sécurité. « Certaines passagères évitent de venir à Dublin et ne se sentent pas à l’aise de sortir parce qu’elles s’inquiètent pour leur sécurité », explique-t-elle. Le slogan de l’entreprise, « Chaque femme mérite de rentrer chez elle en toute sécurité », a d’ailleurs trouvé un écho important sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok, où Mme Negura a reçu de nombreux témoignages de femmes ayant vécu des expériences négatives dans les taxis, allant de remarques déplacées à des agressions sexuelles.
Certaines passagères ont également rapporté des questions intrusives de la part de chauffeurs, comme « Avez-vous un petit ami ? » ou « Vivez-vous seule ? », des interrogations qui les mettent mal à l’aise, surtout lorsqu’elles rentrent chez elles tard le soir. « C’est la dernière chose que vous voulez vivre en rentrant chez vous à 3 heures du matin », déplore Mme Negura. « Je pense juste que nous méritons mieux. En 2025, ne pas se sentir à l’aise pour sortir dans sa propre ville est tout simplement inacceptable. »
LadyCab ambitionne également de créer une communauté de conductrices, un secteur où les femmes sont sous-représentées et où les craintes liées à la sécurité sont souvent évoquées. Une récente enquête menée par FreeNow a révélé que 31 % des chauffeurs de taxi ne se sentent pas en sécurité lorsqu’ils travaillent, et un tiers d’entre eux se sentent moins en sécurité qu’il y a un an. Près de 64 % ont même été contraints d’écourter leur service par peur pour leur sécurité.
Svetlana Onofras, une conductrice de taxi qui a déjà rejoint LadyCab, témoigne de cette réalité. Elle explique qu’elle essayait de privilégier les passagères lorsqu’elle travaillait la nuit, car cela lui permettait de se sentir plus en sécurité. Elle a également été confrontée à des commentaires inappropriés de la part de certains passagers masculins.

Mme Negura s’inquiète également du manque de données sur le nombre de femmes travaillant dans le secteur du taxi, ce qui rend difficile l’évaluation du déséquilibre entre les sexes. Elle a déjà reçu des pré-réservations de parents, soulagés à l’idée de pouvoir confier le transport de leurs enfants à un service plus sécurisé. « Plus de trajets tardifs pour que je récupère mes enfants », était le message récurrent, explique-t-elle.
LadyCab prévoit de s’étendre à d’autres villes d’Irlande et espère suivre l’exemple de services similaires qui existent déjà dans d’autres pays européens. La National Transport Authority (NTA) a indiqué qu’elle menait régulièrement des enquêtes auprès des usagers pour évaluer leur sentiment de sécurité. La dernière enquête, réalisée en mars 2024, a révélé que 71 % des personnes interrogées se sentaient plus en sécurité en rentrant chez elles en taxi après une soirée, 94 % se sentaient en sécurité en hélant un taxi dans la rue et 93 % se sentaient en sécurité en attendant un taxi à la station. La NTA rappelle que les plaintes concernant le comportement des chauffeurs peuvent être signalées directement à ses services, mais qu’elle n’a pas de compétence en matière pénale. En cas d’infraction, il convient de contacter directement An Garda Síochána.