Home SantéUn seul gène pourrait être responsable de plus de 90 % des cas d’Alzheimer

Un seul gène pourrait être responsable de plus de 90 % des cas d’Alzheimer

by Sophie Martin

Publié le 14 janvier 2026 à 19h26. Une nouvelle étude révèle que plus de 90 % des cas de la maladie d’Alzheimer pourraient être liés à des variations spécifiques d’un seul gène, ouvrant la voie à de potentielles nouvelles stratégies de prévention et de traitement.

  • Plus de 90 % des cas de la maladie d’Alzheimer pourraient être attribués à des variations du gène APOE.
  • La variante ε3 du gène APOE, longtemps considérée comme neutre, pourrait en réalité jouer un rôle majeur dans le développement de la maladie.
  • Cibler le gène APOE ou ses produits protéiques pourrait constituer une approche prometteuse pour prévenir ou traiter la maladie d’Alzheimer.

Des chercheurs de l’University College London (UCL) ont mené une étude approfondie sur le gène APOE, connu depuis longtemps pour son association avec le risque de développer la maladie d’Alzheimer. L’étude, basée sur l’analyse de quatre ensembles de données génétiques couvrant près de 470 000 personnes, a révélé que les différentes variations de ce gène pourraient avoir un impact bien plus important qu’on ne le pensait sur la susceptibilité à la maladie.

Le gène APOE présente trois principales variantes : ε2, associée à un effet protecteur contre le déclin cognitif ; ε3, historiquement considérée comme la version normale ou neutre ; et ε4, déjà reconnue pour augmenter considérablement le risque d’Alzheimer. L’équipe de l’UCL a découvert que la variante ε3 n’est pas aussi inoffensive qu’on le croyait et qu’elle pourrait être un facteur de risque majeur. Cette découverte est d’autant plus significative que la variante ε3 est la plus courante, présente chez environ les trois quarts de la population.

Selon l’épidémiologiste génétique Dylan Williams, de l’UCL :

« En considérant les contributions de ε3 et ε4, on peut voir que APOE a potentiellement un rôle dans presque toutes les maladies d’Alzheimer. »

Dylan Williams, épidémiologiste génétique à l’UCL

Il ajoute que la variante ε4 est bien connue pour ses effets néfastes, mais que de nombreux cas de la maladie ne se produiraient pas sans l’impact supplémentaire de l’allèle ε3, souvent perçu à tort comme neutre.

L’étude suggère que la combinaison spécifique des variantes APOE héritées de nos parents pourrait être un facteur déterminant dans le développement de la maladie. Chacun hérite de deux exemplaires du gène APOE, un de chaque parent, ce qui donne six combinaisons possibles. La combinaison ε2/ε2 est la plus protectrice, tandis que ε4/ε4 augmente le plus le risque de maladie. La majorité des individus se situent entre ces deux extrêmes.

Les variations du gène APOE modifient la structure et la fonction de la protéine qu’il produit. Ces protéines influencent ensuite des activités cérébrales cruciales liées à la maladie d’Alzheimer, notamment la réparation des neurones, le contrôle de l’inflammation et l’élimination des plaques de protéine bêta-amyloïde. Les chercheurs estiment que cibler ce gène ou ses produits protéiques pourrait être une stratégie efficace pour prévenir l’apparition de la maladie et ramener les individus à un niveau de risque comparable à celui associé à la combinaison ε2/ε2.

Williams souligne :

« Intervenir sur le gène APOE en particulier, ou la voie moléculaire entre le gène et la maladie, pourrait avoir un potentiel important, et probablement sous-estimé, pour prévenir ou traiter une grande majorité des maladies d’Alzheimer. »

Dylan Williams, épidémiologiste génétique à l’UCL

Il ajoute que l’importance du gène APOE n’a pas été suffisamment reconnue en relation avec la maladie d’Alzheimer ni en tant que cible médicamenteuse potentielle.

Ces découvertes pourraient également avoir des implications plus larges pour la compréhension et la prévention de la démence en général, puisque les données suggèrent que près de la moitié de tous les cas pourraient être liés au gène APOE.

Il est important de noter que ces risques génétiques ne sont pas isolés. D’autres facteurs environnementaux et liés au mode de vie, tels que l’obésité, l’isolement social et un manque de sommeil, peuvent également aggraver les risques génétiques. Les interactions entre ces différents facteurs sont complexes et nécessitent des recherches supplémentaires.

L’étude a été publiée dans la revue NPJ Dementia.

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