Un essai clinique de phase 1 va débuter aux États-Unis pour un vaccin innovant contre le cancer de l’ovaire, basé sur une technologie qui stimule le système immunitaire en utilisant des cellules cancéreuses neutralisées. Développé par l’Université d’État du Colorado, ce vaccin personnalisé pourrait offrir une nouvelle approche pour lutter contre la récidive de cette maladie.
L’équipe du professeur Ray Goodrich, à l’origine de cette recherche, va commencer ce mois-ci à tester ce nouveau traitement sur huit patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire récurrent. Le principe repose sur le procédé Mirasol, initialement conçu pour désinfecter les produits sanguins. Cette technique utilise des rayons ultraviolets et de la riboflavine (vitamine B2) pour neutraliser les virus, bactéries et parasites potentiellement présents dans le sang avant transfusion.
Le professeur Goodrich a eu l’idée d’adapter ce procédé au cancer après avoir constaté que les cellules soumises au traitement Mirasol restaient intactes en apparence, bien qu’inactivées. Il a alors émis l’hypothèse qu’il serait possible de créer des « cellules zombies » à partir des cellules tumorales du patient, puis de les réinjecter pour déclencher une réponse immunitaire ciblée contre la tumeur. L’avantage de cette approche, selon les chercheurs, est que les cellules cancéreuses ainsi traitées ne peuvent plus se diviser et former de nouvelles tumeurs.
Pour créer ce vaccin personnalisé, les chercheurs préleveront les cellules tumorales des patientes après une intervention chirurgicale. Ces cellules seront ensuite exposées à la riboflavine et aux rayons ultraviolets, puis combinées à des adjuvants, des substances qui renforcent la réponse immunitaire. Les patientes recevront ensuite trois injections du vaccin, et les chercheurs surveilleront attentivement les effets secondaires et l’évolution de leur réponse immunitaire.
Le professeur Goodrich explique que les traitements conventionnels, comme la radiothérapie, peuvent détruire les néoantigènes présents à la surface des cellules cancéreuses, ces marqueurs qui permettent au système immunitaire de les reconnaître. « Les approches basées sur les ultraviolets pourraient être plus efficaces car elles préservent ces stimulants immunitaires potentiels », a-t-il déclaré.
L’efficacité potentielle de ce vaccin est également soulignée par le Dr Lana Kandalavt, experte en vaccins contre le cancer au Ludwig Cancer Research. « Comme le vaccin proposé contient des cellules cancéreuses entières, il peut délivrer tous les néoantigènes tumoraux, que le système immunitaire peut alors reconnaître », a-t-elle précisé.
Cependant, certains experts restent prudents. Le Dr Lawrence Fong, immunologiste et oncologue au Fred Hutchinson Cancer Center, rappelle que les tentatives de développement de vaccins à partir de cellules cancéreuses entières ont souvent échoué. « Nous avons déjà tout fait », a-t-il déclaré. L’Université de Pittsburgh, représentée par le professeur Olivera Finn, souligne également que les tumeurs ont tendance à affaiblir la réponse immunitaire, ce qui pourrait limiter l’efficacité du vaccin.
Le professeur Goodrich reste optimiste et espère que ce vaccin, utilisé en combinaison avec d’autres traitements, permettra de ralentir ou de prévenir la récidive du cancer. Il a fondé la société Photon Pharma en 2018 pour poursuivre le développement de cette technologie.
