Home SantéUne étude du LMU révèle une lacune dangereuse

Une étude du LMU révèle une lacune dangereuse

by Sophie Martin

Publié le 22 novembre 2023 09:29:00. L’arrivée imminente en Europe du premier traitement ciblant la cause de la maladie d’Alzheimer est assombrie par une étude révélant des failles dans les méthodes de diagnostic actuelles, qui pourraient exclure de nombreux patients de cette nouvelle thérapie.

  • L’Agence européenne des médicaments (EMA) a révisé son rejet du Leqembi, ouvrant la voie à son autorisation en Europe.
  • Une étude de l’Université LMU de Munich met en évidence des divergences significatives entre les tests de diagnostic standard de la maladie d’Alzheimer.
  • La prévention, notamment par la correction des problèmes de vision et le contrôle du cholestérol, reste un pilier essentiel dans la lutte contre la démence.

La recherche sur la maladie d’Alzheimer connaît une avancée majeure avec la possible approbation prochaine du Leqembi (lécanemab) en Europe. Le comité des médicaments à usage humain de l’EMA a recommandé ce traitement pour les patients atteints de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce, caractérisé par un déficit cognitif léger ou une démence légère. Cependant, son utilisation sera soumise à des conditions strictes, notamment un test génétique pour vérifier l’absence du gène ApoE4, dont la présence augmente le risque d’effets secondaires graves comme des gonflements et des saignements cérébraux.

Parallèlement à cette percée thérapeutique, une étude menée par une équipe du professeur Matthias Brendel à la clinique LMU de Munich soulève des inquiétudes quant à la fiabilité des diagnostics actuels. Publiée dans la revue Alzheimer & Dementia, cette recherche compare deux méthodes couramment utilisées pour détecter les plaques amyloïdes, un marqueur clé de la maladie : l’analyse du liquide céphalo-rachidien (LCR) et l’imagerie par tomographie par émission de positons (TEP). Les résultats sont troublants : chez les patients présentant des valeurs limites lors de l’examen du LCR, les deux méthodes donnent souvent des résultats contradictoires.

« La moitié de ces participants à l’étude présentaient des résultats amyloïdes anormaux à la TEP, ce qui indique que l’examen du LCR n’est pas suffisamment fiable dans ces cas. »

Matthias Brendel, professeur à la clinique LMU de Munich

Cette divergence pourrait conduire à l’exclusion injustifiée de patients potentiellement bénéficiaires du Leqembi, ou, à l’inverse, à un traitement inutile pour ceux qui ne sont pas réellement atteints de la maladie. Les chercheurs de l’LMU recommandent donc de réaliser un examen TEP en complément de l’analyse du LCR lorsque les résultats de ce dernier sont équivoques.

Au-delà du diagnostic et du traitement, la prévention demeure un enjeu crucial. La Commission Lancet a récemment mis à jour sa liste des facteurs de risque évitables de démence, en y ajoutant deux éléments nouveaux : la perte de vision non traitée chez les personnes âgées et un taux élevé de cholestérol LDL (lipoprotéines de basse densité) au cours de la vie adulte. Ces facteurs s’ajoutent à des risques déjà connus, tels que l’hypertension artérielle, la perte auditive, le tabagisme et l’obésité. Selon le rapport, il serait possible d’éviter ou de retarder 45 % des cas de démence dans le monde en agissant sur ces facteurs de risque.

« Si vous corrigez le déclin de la vision et réduisez le LDL à des niveaux optimaux à l’âge mûr, vous pouvez réellement réduire le risque de démence. »

Pierre Berlit, secrétaire général de la Société allemande de neurologie

Concrètement, cela implique de protéger ses organes sensoriels par des contrôles ophtalmologiques réguliers à partir de 60 ans, et de surveiller son taux de cholestérol LDL à partir de 40 ans, en adoptant par exemple un régime méditerranéen ou en prenant des statines si nécessaire. L’activité mentale et l’interaction sociale sont également des facteurs de protection importants.

L’étude de l’LMU et la décision de l’EMA marquent un changement de paradigme en neurologie, qui évolue d’une approche centrée sur la gestion des symptômes à une intervention biologique et une médecine de précision. Le défi consiste désormais à mettre en place les infrastructures nécessaires, notamment en développant les capacités des cliniques en matière d’imagerie TEP et de perfusion des médicaments. L’étude de l’LMU souligne l’importance d’un diagnostic précis avant de recourir à des traitements coûteux et potentiellement risqués.

En Allemagne, environ 1,8 million de personnes sont déjà atteintes de démence. Chaque cas évité ou retardé représente un allègement pour le système de santé et pour les familles concernées. Ces avancées offrent aux patients l’espoir de bénéficier de tests plus précoces et d’un profil de risque plus précis.

Il est important de retenir que le destin n’est pas scellé. En prenant soin de ses yeux, de ses oreilles et de ses vaisseaux sanguins, chacun peut agir dès aujourd’hui pour réduire activement son risque de démence.

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