Publié le 23 octobre 2025 à 23h26. Une étude mondiale révèle comment le commerce international, le tourisme et le transport maritime favorisent la propagation de moustiques porteurs de maladies à travers les continents, identifiant les régions les plus vulnérables et les stratégies de prévention à privilégier.
- Près d’un quart des espèces de moustiques vecteurs de maladies humaines se sont désormais établies en dehors de leur aire de répartition d’origine.
- L’Asie et l’Afrique sont les principaux points de départ de ces invasions, tandis que l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Australie sont souvent les destinations.
- La Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas, les États-Unis, la France et Maurice sont identifiées comme des zones à haut risque d’introduction de ces espèces.
La mondialisation facilite la propagation des moustiques vecteurs de maladies, une menace croissante pour la santé publique. Une nouvelle étude, publiée dans la revue Communications Nature, cartographie précisément les voies et les facteurs favorisant cette dissémination à l’échelle mondiale.
Les chercheurs ont compilé une base de données exhaustive des premiers signalements de moustiques non indigènes porteurs de maladies humaines, ainsi que de leur établissement dans différentes régions du monde. L’analyse révèle que 697 introductions ont été recensées dans 288 régions, dont 612 ont abouti à l’établissement de populations stables. Cinq genres de moustiques dominent ces introductions : Aedes, Anophèle, Culex, Armigères et Mansonia. En particulier, le genre Aedes est responsable de 469 introductions, avec dix espèces désormais implantées dans 409 régions.
L’étude met en évidence une accélération de ce phénomène après 1950, avec près de 50 % des introductions recensées après cette date et 12 espèces signalées pour la première fois en dehors de leur aire de répartition d’origine après l’an 2000. Les modes de transport se sont diversifiés, passant d’une prédominance du transport maritime à une utilisation accrue de l’avion et du transport terrestre, ainsi qu’à une propagation secondaire à partir des points d’introduction initiaux. Les marchandises impliquées ont également évolué, des conteneurs d’eau stagnante sur les navires aux pneus usagés, aux plantes ornementales (dont le bambou porte-bonheur) et aux produits conteneurisés.
Les analyses spatiales ont révélé que les espèces occupant le plus grand nombre de régions ont généralement un temps de résidence global plus long. Cependant, cette corrélation s’affaiblit pour les espèces émergentes après 1900 et 1950, ce qui suggère une dynamique différente pour les envahisseurs récents. L’étude identifie également des flux continentaux clairs, avec l’Asie et l’Afrique comme principaux points de départ et l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Australie comme destinations privilégiées. Après 1900, l’Asie est devenue le principal point de départ, avec des mouvements intracontinentaux notables en Australie et dans les Amériques.
L’analyse des points chauds a identifié la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas, les États-Unis, la France et Maurice comme des zones particulièrement vulnérables à l’introduction de moustiques vecteurs, tandis que Guam, plusieurs États de l’est des États-Unis et Cuba se distinguent comme des points chauds d’établissement. À l’inverse, les îles Cook, la Norvège, la Pologne, l’Ukraine et le Canada sont considérées comme des zones froides, moins propices à l’introduction et à l’établissement de ces espèces.
Les chercheurs soulignent que le produit intérieur brut (PIB) par habitant et la taille de la population sont positivement associés aux introductions, tandis que la taille de la population est également positivement corrélée à l’établissement. L’insularité augmente également la probabilité d’introduction. Face à cette menace croissante, les auteurs de l’étude recommandent de cibler la gestion des voies d’accès, telles que les conteneurs d’expédition, les pneus usagés et les plantes vivantes, d’intensifier la surveillance dans les zones à haut risque et de financer une réponse rapide pour limiter la propagation des invasions.
La planification doit également prendre en compte un large éventail de vecteurs, au-delà des espèces Aedes aegypti et Aedes albopictus, et intégrer des données sur l’utilisation des terres, le climat, le commerce et les déplacements de population. Une coopération internationale coordonnée est essentielle pour réduire les introductions et atténuer le fardeau des maladies transmises par les moustiques, telles que la dengue, le chikungunya, le Zika et le paludisme, dans un monde de plus en plus interconnecté.
Référence de l’article :
- Papst, R., Sousa, C.A., Susl, F., A., A., A., Liu, D., Lenzner, B., Sertler, A., Agreement, J.L. et Capinha, C. (2025). Global invasion patterns and dynamics of disease-vectoring mosquitoes. Communications Nature 16. DOI : 10.1038/s41467-025-64446-3
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