Publié le 29 novembre 2024 10h00. L’ambitieux projet d’électrification des plateformes pétrolières norvégiennes se heurte à des obstacles croissants, avec des coûts jugés prohibitifs et des désaccords politiques qui pourraient compromettre les objectifs de réduction des émissions du pays.
- ConocoPhillips exprime ses inquiétudes quant au coût de l’électrification des champs Heidrun et Grane, préférant continuer à payer des taxes sur les émissions de CO2.
- Le ministre de l’Énergie Terje Aasland reconnaît que l’électrification devient plus difficile, les solutions les plus simples ayant déjà été mises en œuvre.
- Le gouvernement norvégien doit désormais négocier avec des parties prenantes opposées à l’électrification et ne dispose pas d’une majorité parlementaire claire pour soutenir ce projet.
La Norvège, pionnière dans la lutte contre le changement climatique, se retrouve face à un dilemme concernant l’avenir de son industrie pétrolière. Le projet d’électrification des plateformes offshore, initialement présenté comme une solution clé pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, est désormais remis en question par des considérations économiques et politiques.
ConocoPhillips a exprimé ses réserves dans une lettre adressée au ministère de l’Énergie, soulignant que le coût de l’installation de l’électricité à partir du continent est potentiellement bien supérieur à celui du paiement des taxes carbone. La société craint également que son partenaire, Equinor, continue de promouvoir le projet, auquel elle ne souhaite pas participer.
« Nous sommes préoccupés par l’électrification future maintenant considérée pour les champs Heidrun et Grane »
Conoco Phillips
Cette opposition intervient alors que le ministre de l’Énergie, Terje Aasland, avait déclaré en décembre dernier que le pays était « presque terminé » avec l’électrification des installations les plus rentables. Il semble que la situation ait évolué, et que les défis liés à l’électrification des champs plus anciens ou éloignés des côtes soient plus importants que prévu.
« Nous avons presque terminé. Ainsi, la grande question de l’électrification est vraiment hors de l’ordre du jour. »
Terje Aasland, ministre de l’Énergie (AP)
Le gouvernement norvégien doit désormais négocier avec quatre parties prenantes qui s’opposent à l’alimentation des plateformes pétrolières depuis le continent. De plus, la coalition au pouvoir ne dispose pas d’une majorité parlementaire solide pour soutenir le projet, ce qui complique encore davantage la situation.
Initialement, l’industrie pétrolière devait réduire ses émissions de grâce à l’électrification. Cependant, sans accès à l’électricité terrestre, les entreprises devront payer des taxes sur leurs émissions, ce qui pourrait entraîner la fermeture de certaines installations si les coûts deviennent trop élevés. Le ministre Aasland a d’ailleurs reconnu cette possibilité.
« Et puis peut-être, si vous n’obtenez pas de bonnes solutions, que certaines productions à un moment donné obtiennent des coûts si élevés qu’ils sont supprimés. »
Terje Aasland, ministre de l’Énergie (AP)
Cette perspective est accueillie favorablement par le parti des Verts (MDG), qui a déjà élaboré un plan pour fermer en priorité certains champs pétroliers, notamment le champ de Brage, dont l’opérateur, Okea, a renoncé à l’électrification, prolongeant ainsi sa durée de vie jusqu’en 2040.
Le ministère de l’Énergie est conscient des conséquences potentielles de ces fermetures, notamment en termes de perte d’emplois et de revenus. Dans son budget, il met en garde contre le risque de voir les entreprises renoncer à exploiter pleinement les ressources disponibles en raison de la double imposition (obligation de réduction des émissions et taxe carbone).
Face à la résistance à l’électrification, des alternatives sont envisagées, telles que la construction de parcs éoliens en mer, l’utilisation de l’énergie nucléaire ou la mise en place de centrales à gaz flottantes équipées de systèmes de captage et de stockage du CO2. La Direction de l’énergie doit désormais étudier l’impact d’une éventuelle nouvelle électrification sur les prix de l’énergie et l’équilibre du réseau électrique.
Selon Klaus Mohn, directeur de l’Université de Stavanger, il est temps pour les politiciens d’accepter le déclin de l’industrie pétrolière et de ne pas intervenir avec des mesures de soutien ou des incitations fiscales. Cette opinion est partagée par le journal Dagens Næringsliv, qui met en garde contre la tentation d’aider l’industrie pétrolière en période de ralentissement.

Lire aussi :
Equinor abandonne un autre champ pétrolier du projet d’alimentation électrique terrestre