Publié le 14 octobre 2025 09:33:00. Une étude menée à Birmingham révèle un lien significatif entre la tuberculose active et la gravité de la COVID-19, tandis qu’une infection tuberculeuse latente traitée semble offrir une certaine protection contre les formes sévères de la maladie.
- Les patients atteints de tuberculose active (ATB) présentent un risque accru d’hospitalisation, de soins intensifs et de décès liés à la COVID-19.
- Une infection tuberculeuse latente (LTBI) préalablement traitée est associée à un risque d’hospitalisation pour COVID-19 considérablement plus faible.
- Les résultats suggèrent que l’immunité induite par la LTBI pourrait être plus durable que celle conférée par le vaccin BCG.
Une analyse des données de Birmingham a révélé un taux de 1 567 cas confirmés de COVID-19 pour 100 000 habitants pendant la période de l’étude. Parallèlement, le taux annuel moyen de nouvelles notifications de tuberculose (maladie active) s’élevait à 18 pour 100 000 habitants. Les chercheurs ont constaté une corrélation entre le statut de l’infection tuberculeuse et la gravité de la COVID-19.
L’étude a mis en évidence que les personnes atteintes de tuberculose active (ATB) étaient plus susceptibles de développer une forme grave de la COVID-19, nécessitant une admission en soins intensifs et présentant un risque de mortalité plus élevé, comparativement à celles ayant bénéficié d’un traitement préalable pour une infection tuberculeuse latente (LTBI). Il est important de noter que les individus atteints d’ATB étaient généralement plus âgés, un facteur de risque connu pour la gravité de la COVID-19.
L’analyse a également inclus un groupe témoin précieux : les contacts de personnes atteintes de tuberculose, mais qui n’étaient pas eux-mêmes infectés. Le taux d’hospitalisation pour COVID-19 parmi ces contacts séronégatifs pour la tuberculose était similaire à celui de la population séronégative générale. Cette similarité est significative car ces contacts partagent souvent des origines ethniques et socio-économiques similaires avec les patients atteints d’ATB, ce qui permet de mieux contrôler les facteurs de confusion potentiels.
Ces conclusions corroborent la plupart des études existantes sur le sujet. Les mécanismes potentiels expliquant cette association incluent une capacité réduite des lymphocytes T CD4+ à répondre efficacement, ainsi que des réponses altérées de l’interféron gamma (IFN-γ) aux antigènes spécifiques du SARS-CoV-2. Référence.
En revanche, les personnes ayant des antécédents d’infection tuberculeuse latente (LTBI) semblaient présenter un risque réduit de développer une forme grave de la COVID-19 et affichaient de meilleurs résultats cliniques que les patients atteints d’ATB, et même que les populations non infectées. Une étude récente portant sur 24 pays européens a révélé une association systématique entre une prévalence plus élevée de la LTBI et une incidence et une mortalité plus faibles de la COVID-19, après ajustement pour les facteurs de confusion. Référence.
Il est important de souligner que la distinction entre tuberculose active (ATB) et latente (LTBI) est de plus en plus considérée comme un modèle simpliste. Les experts reconnaissent désormais l’existence d’un spectre de tuberculose, incluant l’infection latente, la tuberculose naissante, la tuberculose subclinique et la maladie clinique active. Ce concept plus nuancé reflète la variabilité de la pathologie, de la contagiosité et des symptômes associés à la tuberculose. Des efforts sont en cours pour élaborer un nouveau cadre de consensus international afin de mieux définir la maladie. Référence.
Le mécanisme sous-jacent à cet éventuel effet protecteur de la LTBI reste incertain. Des recherches récentes sur des modèles murins ont montré qu’une infection préexistante par la LTBI réduisait significativement la réplication virale du SARS-CoV-2 dans les poumons, et que cette protection augmentait avec la dose bactérienne initiale. Référence. Une autre hypothèse suggère que l’immunité induite par les mycobactéries, même sous forme de bactéries tuées par la chaleur, pourrait jouer un rôle protecteur. Ainsi, la LTBI pourrait être un meilleur indicateur de l’immunité acquise que le statut vaccinal BCG, et induire une immunité protectrice hétérologue durable. Référence. En revanche, l’immunité induite par le BCG serait de courte durée et diminuerait après cinq ans en l’absence de revaccination ou de réexposition.
Cette étude présente certaines limites. En raison des données disponibles, il n’a pas été possible de déterminer l’intervalle de temps entre le traitement de l’ATB ou de la LTBI et le diagnostic de COVID-19, les antécédents de COVID-19 dans la communauté, la vaccination antérieure par le BCG ou les établissements de soins fréquentés par les patients. Il existe également un risque de biais dans les décisions d’hospitalisation des patients atteints d’ATB, bien que cela soit peu probable compte tenu de la pression exercée sur les capacités hospitalières à l’époque. De plus, le faible nombre d’hospitalisations liées à la COVID-19 chez les patients atteints d’ATB et de LTBI a empêché la réalisation de modélisations statistiques approfondies, limitant l’analyse à une description des données. Cependant, les chercheurs estiment que ces limitations n’altèrent pas le message global en raison des différences significatives observées entre les groupes.
Les chercheurs suggèrent que des travaux supplémentaires sont nécessaires pour étendre la période d’analyse afin d’évaluer l’impact potentiel des différentes souches de COVID-19 sur ce groupe de patients, et pour élargir la portée géographique de l’étude afin d’évaluer l’influence des facteurs socio-économiques et démographiques.
