Publié le 2024-02-29 14:35:00. Face à la montée en puissance des résistances aux antifongiques, des chercheurs canadiens ont identifié une molécule capable de redonner de l’efficacité aux traitements existants, offrant ainsi une nouvelle voie pour lutter contre des infections fongiques potentiellement mortelles.
- Une équipe de l’Université McMaster a découvert que le butyrolactol A, produit par certaines bactéries, peut contrer la résistance de champignons dangereux comme Cryptococcus néoformans.
- Cette molécule agit en bloquant un complexe protéique essentiel à la survie du champignon, le rendant vulnérable aux médicaments antifongiques.
- Les infections fongiques représentent un problème de santé publique croissant, avec des taux de mortalité élevés et des options thérapeutiques limitées.
La résistance des champignons aux traitements antifongiques est devenue une préoccupation majeure à l’échelle mondiale. Les infections fongiques invasives, autrefois rares, sont de plus en plus fréquentes et difficiles à traiter, en particulier chez les personnes immunodéprimées. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a d’ailleurs classé certains champignons, tels que Candida auris et Aspergillus fumigatus, parmi les agents pathogènes prioritaires en raison de la menace qu’ils représentent pour la santé publique.
Actuellement, les médecins disposent de seulement trois grandes classes d’antifongiques : l’amphotéricine B, efficace mais toxique, et les azoles et échinocandines, dont l’efficacité est limitée et souvent compromise par l’émergence de résistances. Les azoles, par exemple, ne font que ralentir la croissance des champignons, tandis que certains, comme Cryptococcus néoformans, sont devenus insensibles aux échinocandines. Le développement de nouveaux antifongiques est lent et coûteux, d’où l’intérêt de trouver des solutions alternatives.
C’est dans ce contexte que les recherches de l’équipe de McMaster, menées depuis 2014, ont abouti à l’identification du butyrolactol A. Cette molécule, produite par certaines bactéries du genre Streptomyces, a été repérée lors d’un vaste criblage de composés chimiques. Les chercheurs ont constaté qu’elle augmentait l’efficacité des échinocandines contre des champignons résistants. Des études approfondies ont ensuite révélé son mécanisme d’action : le butyrolactol A bloque un complexe protéique vital pour la survie de Cryptococcus néoformans, le rendant ainsi plus sensible aux médicaments.
Les travaux, publiés dans la revue Cell, suggèrent également que le butyrolactol A pourrait être efficace contre d’autres champignons résistants, notamment Candida auris. Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques basées sur l’utilisation d’adjuvants, des molécules qui renforcent l’action des médicaments existants plutôt que de chercher à développer de nouvelles substances.
Les chercheurs de McMaster ont collaboré avec une autre équipe de l’université pour confirmer l’efficacité de la molécule contre Candida auris, élargissant ainsi le potentiel d’application de cette approche innovante. Cette avancée représente une nouvelle cible prometteuse dans la lutte contre les infections fongiques résistantes et pourrait conduire au développement de traitements plus efficaces à l’avenir.
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