Publié le 7 novembre 2024 à 09h01. Alors que l’épidémie de VIH semble parfois reléguée à l’arrière-plan, les nouvelles infections repartent à la hausse en Argentine. Une étude clinique de phase 3, menée dans plusieurs pays dont l’Argentine, propose une nouvelle approche de prévention avec une pilule antirétrovirale à prendre mensuellement.
- Les nouvelles infections au VIH augmentent en Argentine, avec 6 400 cas enregistrés en 2024, contre 5 300 les années précédentes.
- Une étude clinique internationale teste une nouvelle méthode de prévention : la prise d’un comprimé antirétroviral une fois par mois.
- Cette prévention pharmacologique s’adresse plus particulièrement aux personnes les plus exposées au risque de contamination.
Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) est resté discret dans l’actualité ces dernières années, mais les spécialistes alertent : la menace persiste. L’augmentation récente des infections en Argentine, notamment, témoigne d’une possible baisse de la vigilance face à la maladie. Face à cette situation, une nouvelle étude clinique de phase 3 ouvre la voie à une alternative prometteuse pour la prévention du virus du SIDA.
La prévention pharmacologique, bien que déjà existante sous d’autres formes moins pratiques, reste une approche relativement nouvelle à l’échelle mondiale. Elle consiste à prendre une pilule à effet antirétroviral, capable de réduire considérablement le risque de contracter le virus.
Il est important de souligner que cette méthode ne s’adresse pas à l’ensemble de la population, qui doit continuer à utiliser des préservatifs pour se protéger contre le VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles. Elle est spécifiquement destinée aux personnes considérées comme plus vulnérables, en fonction des données épidémiologiques.
Gustavo Lopardo, représentant du Centre Stamboulian et spécialiste des maladies infectieuses en charge de la version argentine de l’étude, explique que le protocole consiste à prendre un comprimé une fois par mois, contrairement aux options actuelles qui nécessitent une prise quotidienne. L’essai clinique se déroulera dans 16 pays, avec la participation de plus de 4 000 personnes.
Environ 400 Argentins (soit 10 % des participants) sont attendus dans cette étude. Le recrutement débutera dans les prochains jours et s’adressera aux personnes de plus de 18 ans présentant un risque accru de contamination. Les critères précis d’éligibilité sont disponibles par email à [email protected].

Le VIH est une épidémie de longue date, et la population mondiale vit avec depuis trop longtemps. La pandémie récente a mis en évidence l’urgence d’y mettre fin. Malgré les progrès pharmacologiques significatifs, l’objectif reste lointain, et deux phénomènes préoccupants persistent : une augmentation des nouvelles infections et une diminution de la perception du risque.
Le dernier bilan officiel, datant de décembre 2024, révèle une augmentation de près de 21 % des nouvelles infections par rapport aux deux années précédentes. En Argentine, on compte actuellement environ 140 000 personnes vivant avec le VIH.
Le nombre de nouvelles infections annuelles oscille depuis dix ans entre 5 000 et 6 000. En 2022 et 2023, environ 5 300 nouveaux cas ont été enregistrés. Mais en 2024, la tendance s’est inversée, avec un total de 6 400 nouvelles infections. L’absence de campagnes de sensibilisation et de débats publics sur la question laisse peu d’espoir d’une amélioration de la situation à court terme.
Selon Gustavo Lopardo, interrogé par Clarín, la situation est alarmante : « Si nous continuons à faire la même chose, nous n’irons nulle part. » Il souligne que plus de 40 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde, un chiffre record, et que 1,3 million de nouvelles infections sont enregistrées chaque année.
Le paradoxe du VIH réside dans le fait que, même si le nombre de nouvelles infections était nul, le nombre total de personnes séropositives ne diminuerait pas, car les personnes infectées vivent plus longtemps grâce aux traitements. Au contraire, le nombre de personnes vivant avec le VIH continue d’augmenter.
Les progrès thérapeutiques ont permis de maintenir le virus à un niveau « indétectable » dans le sang, améliorant ainsi la qualité de vie des personnes infectées. Cette avancée a également contribué à réduire la stigmatisation associée au VIH, mais elle a paradoxalement créé un sentiment de complaisance.
L’amélioration de l’état clinique des patients a conduit à l’erreur de penser que le VIH n’est plus une maladie grave, ou qu’elle peut être facilement inversée. Pourtant, selon les estimations de l’ONUSIDA pour 2024, une personne décède chaque minute des suites de complications liées au VIH.
La majorité des infections ne sont pas dues à la transmission verticale (de la mère à l’enfant) ou à l’usage de drogues injectables. « Environ 98 % des infections en Argentine sont dues aux rapports sexuels, et le nombre de cas annuels ne diminue pas », explique Lopardo.
L’utilisation rigoureuse du préservatif reste la méthode de prévention la plus efficace, mais deux acronymes, PEP et PrEP, gagnent en importance dans les cliniques spécialisées. La PEP (prophylaxie post-exposition) consiste à prendre des médicaments après une exposition potentielle au virus, dans un délai maximal de 72 heures. La PrEP (prophylaxie pré-exposition), quant à elle, est le domaine dans lequel s’inscrit la nouvelle étude clinique menée par Lopardo.
La PrEP consiste actuellement à prendre un comprimé par jour, associant deux médicaments (emtricitabine et fumarate de ténofovir disoproxil). Bien que très efficace, cette prise quotidienne peut être contraignante. Des études sont en cours pour simplifier la prévention, notamment avec des injections à action prolongée à base de cabotégravir (toutes les huit semaines) ou de lénacapavir (tous les six mois), qui présentent une efficacité proche de 100 %. Cependant, ces options ne sont pas encore disponibles en Argentine en raison de leur coût élevé.
L’étude en cours en Argentine pourrait donc offrir une alternative intéressante : une prise orale mensuelle, plus accessible économiquement que les injections.
Selon Lopardo, ces méthodes de prévention doivent être réservées aux personnes les plus à risque : celles qui ont des partenaires multiples, qui ont déjà eu recours à la PEP, ou qui ont des antécédents d’infections sexuellement transmissibles. Il souligne également que le fait d’avoir contracté une IST peut être le signe d’un manque de rigueur dans l’utilisation du préservatif, qui reste la meilleure protection contre les infections, y compris le VIH.
Pour Lopardo, il est essentiel d’adopter une approche globale de la prévention, combinant l’utilisation du préservatif, l’éducation sexuelle, la fidélité conjugale, les tests réguliers, le traitement précoce, la réduction des risques chez les toxicomanes et la circoncision masculine (qui réduit considérablement le risque de transmission). « La prévention est un casse-tête. Il faut utiliser toutes les pièces en même temps », conclut-il.
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