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Une plainte pour corruption déposée contre Elio Di Rupo : l’ancien Premier ministre se dit « scandalisé

by Nicolas Lefèvre
Le dossier SNCB et la réduction du prix au mètre carré

Une plainte pénale pour corruption, trafic d’influence et prise illégale d’intérêts a été déposée ce 10 juin 2026 contre l’ancien Premier ministre Elio Di Rupo. Le promoteur immobilier Dominique Janne accuse l’ex-président du PS d’avoir influencé frauduleusement le rachat de parts d’une société immobilière, s’appuyant sur des enregistrements audio compromettants.

L’affaire repose sur des conversations enregistrées attribuées au docteur Luc Joris, ancien médecin personnel d’Elio Di Rupo et administrateur au sein de structures stratégiques comme la SOGEPA, la SNCB ou FN Herstal. Selon RTL, Dominique Janne et sa société, Novo Holding, estiment avoir été écartés de manière frauduleuse d’une opération de rachat de parts, au profit d’intérêts tiers orchestrés en coulisses.

Elio Di Rupo rejette catégoriquement ces allégations. Il s’est dit abasourdi et scandalisé par le contenu des enregistrements et affirme avoir lui-même saisi la justice pour dénoncer une tentative de chantage.

Le dossier SNCB et la réduction du prix au mètre carré

L’un des volets les plus précis de l’affaire concerne la vente d’un terrain appartenant à la SNCB. D’après les révélations de L-Post, Luc Joris aurait admis être intervenu pour réduire le prix de vente d’un terrain afin d’en toucher la différence.

Le dossier SNCB et la réduction du prix au mètre carré
Photo: L-Post

Le mécanisme décrit dans les enregistrements montre une baisse volontaire du prix de vente au profit de la banque Optima (aujourd’hui en faillite), avant que le terrain ne soit finalement acquis par Land Invest Group (LIG).

Désignation Montant
Prix souhaité par la SNCB 982 euros / m²
Prix final après intervention de Luc Joris 882 euros / m²
Différence alléguée 100 euros / m²

Face à ces affirmations, le ministre fédéral de la Mobilité, Jean-Luc Crucke, a exigé un rapport circonstancié de la part de la CEO de la SNCB, Sophie Dutordoir. L’objectif est de déterminer si des irrégularités administratives ou financières ont été commises lors de cette transaction impliquant Eurostation, une filiale de l’entreprise ferroviaire.

Le mécanisme d’influence autour d’Ogeo Fund

Au-delà de la SNCB, les enregistrements pointent une intervention directe d’Elio Di Rupo dans la gestion d’Ogeo Fund, un fonds de pension liégeois. Le litige oppose ici Novo Holding, propriété de Dominique Janne, et le promoteur anversois Triple Living, fondé par la famille Cavens.

Le mécanisme d'influence autour d'Ogeo Fund
Photo: Sudinfo

Selon 21News, Luc Joris affirme avoir sollicité l’aide de l’ancien Premier ministre pour forcer la vente des parts (50 %) que détenait Ogeo Fund dans Land Invest Group au profit de Triple Living, alors même que des négociations exclusives étaient en cours avec Nova Holding.

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La chaîne de commandement décrite par Joris est directe : Elio Di Rupo aurait téléphoné à Jean-Claude Marcourt, qui aurait ensuite contacté Ogeo Fund pour exiger que la vente soit réalisée en faveur du promoteur anversois.

La bataille politique au Parlement wallon

L’onde de choc a rapidement atteint le Parlement de Wallonie. Le groupe MR, mené par son président Georges-Louis Bouchez, exige l’audition immédiate de Luc Joris et d’Elio Di Rupo. Le député Guillaume Soupart a porté l’affaire en séance plénière, interpellant le ministre des Pouvoirs locaux, François Desquesnes.

Audiovisuel public: une plainte contre X pour prise illégale d'intérêts et trafic d'influence
“comprendre leur rôle respectif dans la gestion et la bonne gouvernance des participations publiques et des intercommunales”
MR, via RTBF

Le MR ne s’arrête pas aux auditions. Georges-Louis Bouchez a averti que la création d’une commission d’enquête parlementaire serait demandée si des zones d’ombre persistent ou si des manquements sont avérés.

De leur côté, Les Engagés adoptent une posture plus prudente. Tout en se disant attachés à la transparence, ils soulignent que les organismes cités — SNCB, Ogeo Fund ou SOGEPA — ne relèvent pas de la tutelle du ministre François Desquesnes. Selon RTBF, le parti centriste estime que la justice doit travailler en toute indépendance avant que le Parlement n’examine d’éventuelles initiatives.

Analyse : un risque systémique pour la gouvernance wallonne

L’affaire Joris/Di Rupo dépasse le simple cadre d’une plainte pour corruption. Elle met en lumière la porosité potentielle entre les cercles politiques et la gestion des participations publiques en Wallonie. Le fait que Luc Joris ait cumulé des postes d’administrateur dans plusieurs structures stratégiques (SNCB, SOGEPA, FN Herstal) tout en étant un proche intime de l’ex-Premier ministre pose la question des mécanismes de contrôle.

Analyse : un risque systémique pour la gouvernance wallonne
Photo: RTBF

Le point critique réside dans la nature des preuves : des enregistrements audio. Si l’authenticité de ces bandes est confirmée, elles pourraient démontrer un usage systémique du téléphone pour court-circuiter des procédures de vente exclusives et favoriser des alliés économiques. Pour Elio Di Rupo, l’enjeu est autant juridique que réputationnel, alors qu’il tente de présenter ces révélations comme une opération de chantage.

Les 30 prochains jours seront déterminants. L’issue dépendra de deux facteurs : la célérité du rapport demandé par Jean-Luc Crucke à la SNCB et la volonté du Parlement wallon de transformer ces auditions en une commission d’enquête formelle, laquelle aurait des pouvoirs d’investigation bien plus étendus.

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