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Une production pétrolière accrue au Venezuela pourrait nuire au secteur pétrolier du Canada

by Clara Dubois

Publié le 6 janvier 2026 à 21h39. Un possible changement de régime au Venezuela pourrait raviver la production pétrolière du pays, mais représente également un défi pour l’industrie canadienne, qui affiche des niveaux de production records.

  • Le Venezuela possède les plus importantes réserves de pétrole au monde, comparable au pétrole lourd extrait au Canada.
  • Les actions des sociétés énergétiques canadiennes ont chuté suite aux spéculations concernant un retour du Venezuela sur le marché pétrolier mondial.
  • Les États-Unis encouragent les compagnies pétrolières américaines à réinvestir au Venezuela, mais l’incertitude politique freine les investissements.

L’industrie pétrolière canadienne, qui connaît une période favorable malgré des prix des matières premières relativement bas, pourrait voir son avantage compromis par un éventuel rebond de la production vénézuélienne. Le secteur canadien a affiché une croissance continue, notamment grâce à l’expansion des installations de sables bitumineux. Cependant, l’annonce d’une possible intervention américaine au Venezuela a provoqué une réaction immédiate sur les marchés, avec une baisse des actions des entreprises énergétiques canadiennes.

Selon Rory Johnston, analyste pétrolier chez Commodity Context, le principal obstacle à la relance de l’industrie vénézuélienne réside dans le besoin d’investissements massifs pour réparer les infrastructures défaillantes. Il souligne également que les entreprises américaines ont déjà subi des pertes importantes après des investissements antérieurs dans le pays.

« Il faut beaucoup d’argent et beaucoup de choses pour extraire le pétrole du sol vénézuélien. »

Rory Johnston, analyste pétrolier chez Commodity Context

Le Venezuela détient les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde et, de manière significative, il s’agit principalement de pétrole lourd, similaire à celui produit dans l’ouest canadien. À court terme, une augmentation de la production vénézuélienne pourrait être dirigée vers la côte américaine du Golfe. À long terme, si les ambitions du président américain Donald Trump se concrétisent et que davantage d’entreprises américaines s’implantent au Venezuela, le pays pourrait considérablement augmenter sa production de pétrole lourd.

La production vénézuélienne a atteint un pic d’environ 3,7 millions de barils par jour en 1970, mais a chuté à une moyenne d’environ 900 000 barils par jour l’année dernière en raison des sanctions et des politiques gouvernementales inefficaces. Le Canada, en comparaison, produit près de cinq millions de barils par jour, dont la grande majorité est exportée aux États-Unis.

Un retour en force du Venezuela pourrait donc représenter un risque pour l’économie pétrolière de l’Alberta, bien que ce scénario ne soit pas attendu avant plusieurs années. Al Salazar, analyste pétrolier et gazier chez Enverus Intelligence Research, insiste sur la nécessité d’un « gouvernement stable » pour attirer les investissements nécessaires.

« Le pétrole vénézuélien n’est pas comme celui d’Arabie saoudite, où l’on peut forer des puits et où le pétrole jaillit facilement. C’est du pétrole lourd, très lourd. »

Richard Masson, ancien PDG de l’Alberta Petroleum Marketing Commission et membre de la direction de l’Université de Calgary

La Maison Blanche exhorte les grandes compagnies pétrolières américaines à réinvestir au Venezuela. Cependant, ces entreprises doivent rendre des comptes à leurs investisseurs et conseils d’administration, qui pourraient hésiter à engager des capitaux importants dans un pays où la situation politique reste instable.

Bien que le pétrole vénézuélien puisse être compétitif pour les raffineries de la côte américaine du Golfe, la majeure partie des exportations canadiennes est acheminée directement vers les raffineries du Midwest américain, grâce à la proximité géographique et au réseau de pipelines existant. Gitane da Silva, ancienne PDG de la Régie de l’énergie du Canada, souligne que le pétrole vénézuélien aurait plus de difficultés à atteindre ce marché.

Les États-Unis sont le deuxième client du Venezuela en pétrole brut, la majorité étant vendue à la Chine à des prix considérablement réduits. Si les États-Unis parviennent à rediriger le pétrole vénézuélien vers la côte du Golfe, la Chine devra trouver de nouvelles sources d’approvisionnement. Le Canada pourrait alors combler ce vide, ayant déjà augmenté ses exportations de pétrole brut vers l’Asie grâce à l’expansion du pipeline Trans Mountain, reliant Edmonton à la région de Vancouver.

Selon Richard Masson, de l’Université de Calgary, cette situation pourrait renforcer les arguments en faveur de la construction d’un autre pipeline vers la côte Ouest, ou à tout le moins, d’améliorations au système de pipelines existant. La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a d’ailleurs souligné l’urgence de construire des oléoducs pour exporter le pétrole canadien vers de nouveaux marchés.

Bien que l’impact immédiat sur le secteur pétrolier canadien soit incertain, la situation au Venezuela marque un début d’année difficile pour une industrie déjà confrontée à des défis tels que les licenciements et la faiblesse des prix. La production pétrolière canadienne reste à des niveaux records, mais les tensions géopolitiques continuent d’influencer les prix du pétrole, et cette situation devrait persister en 2026.

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