Home AffairesUnicredit, le géant bancaire le plus européen, consolide l’intérêt des investisseurs | Marchés financiers

Unicredit, le géant bancaire le plus européen, consolide l’intérêt des investisseurs | Marchés financiers

by Amélie Bernard

Publié le 2025-11-09 04:30:00. La banque italienne Unicredit affiche une performance boursière remarquable en 2025, surpassant même les géants de la technologie américaine et poursuivant une stratégie agressive de consolidation en Europe, malgré des obstacles politiques et fiscaux.

  • Unicredit a vu sa valeur boursière augmenter de 63 % cette année, atteignant un niveau comparable à celui de BBVA.
  • La banque italienne renforce sa présence en Europe, notamment en Grèce avec une participation accrue dans Alpha Bank et en Allemagne avec Commerzbank.
  • Les analystes financiers sont optimistes quant aux perspectives d’Unicredit, prévoyant une forte rentabilité et recommandant l’achat de ses actions.

Les banques européennes connaissent un regain d’attractivité auprès des investisseurs, une tendance qui se confirme en 2025 avec une performance boursière supérieure à celle des sept grandes entreprises technologiques américaines, souvent désignées sous le nom de “Magnifiques Sept”. Unicredit, dirigée par Andrea Orcel (ancien candidat malheureux au poste de PDG de Santander), ne fait pas exception à cette dynamique positive.

L’établissement italien se distingue par une diversification géographique marquée, concentrant ses activités sur le Vieux Continent. Cette stratégie se traduit par des prises de participation dans des concurrents européens. Le 30 octobre dernier, Unicredit a obtenu l’autorisation de la Banque Centrale Européenne (BCE) d’augmenter sa participation directe dans Alpha Bank, passant de 9,8 % à 29,9 %, ce qui lui ouvre les portes du marché grec. Parallèlement, elle détient déjà 26 % des actions de Commerzbank comme l’indique un article de Cinco Días, malgré l’opposition du gouvernement allemand et de la direction de la banque à un rachat total.

Cette entrée au capital de Commerzbank est perçue comme une première tentative de fusion transfrontalière, une opération complexe qui a rencontré d’importants obstacles politiques, témoignant de l’ambition d’Andrea Orcel. En juillet dernier, Unicredit a cependant renoncé à son offre de rachat de Banco BPM, le troisième groupe financier italien en termes d’actifs selon les informations de Cinco Días, illustrant les difficultés persistantes en matière d’intégration bancaire en Europe.

La stratégie d’Unicredit repose également sur d’importants programmes de rachat d’actions, qui ont permis de libérer les excédents de capital de l’établissement et de soutenir le cours de l’action. Les résultats du troisième trimestre, publiés le 22 octobre, ont été bien accueillis par les analystes. Bank of America (Bofa) a notamment souligné un bénéfice trimestriel de 2 583 millions d’euros, supérieur aux estimations.

« Unicredit dispose d’un excédent de capital compris entre 5 000 et 6 500 millions d’euros, dont environ 8 000 millions d’euros déjà accumulés pour la distribution. Le ROTE (Return on Tangible Equity, Rentabilité des capitaux propres tangibles) atteint 20 %, avec une croissance à deux chiffres du bénéfice par action et du dividende par action. »

Analystes de Bank of America (Bofa)

Bofa recommande d’acheter les actions de la banque, avec un objectif de cours de 80 euros par action. Goldman Sachs a également revu ses estimations à la hausse, fixant un objectif de 84,3 euros par action à un an, et prévoit un ratio cours/bénéfice (PER) de 11 pour l’année prochaine. Selon leurs projections, Unicredit pourrait dégager un bénéfice net d’environ 10,5 milliards d’euros, ce qui soutiendrait son objectif de distribution de 9,5 milliards d’euros (dont 4,75 milliards d’euros de dividendes en espèces et le reste en rachats d’actions). Ils soulignent toutefois des risques potentiels, tels que des pressions sur les capitaux liées à la cessation des activités en Russie, une détérioration des conditions macroéconomiques, des fusions-acquisitions dilutives, une baisse des taux d’intérêt et une réduction de la marge d’intérêt nette.

À l’exception de Deutsche Bank, qui fixe un objectif de cours de 64 euros, les recommandations d’achat sont majoritaires. Mediobanca vise 80 euros, Santander 72 euros et JP Morgan 78 euros. Une étude récente de Barclays indique un objectif de cours de 71,6 euros pour Unicredit, soulignant que l’action reste sous-évaluée avec un PER estimé à 8,5 fois pour 2026 et un cours/valeur comptable estimé à 1,5 fois pour 2025, offrant un rendement total attendu d’environ 9 % pour 2026 (grâce à une distribution de 27 milliards d’euros sur les trois prochaines années). La consolidation de ses acquisitions devrait également contribuer à la croissance.

Les analystes anticipent la poursuite de la forte hausse du secteur bancaire, à condition que l’environnement macroéconomique ne se détériore pas et que les taux d’intérêt ne baissent pas de manière significative.

Taxe bancaire Meloni

Un autre facteur d’incertitude pèse sur Unicredit et l’ensemble des banques italiennes : le renforcement de la fiscalité imposée par la Première ministre Giorgia Meloni afin de couvrir le déficit public, dans le but, selon ses propres termes, de ne pas faire peser le fardeau sur les citoyens. Cette crainte récurrente a provoqué des baisses significatives des cours en août dernier, notamment en raison de l’étude par Rome d’une extension des règles suspendant l’utilisation des anciens crédits d’impôt (CDI), avec un impact estimé à environ 1,5 milliard d’euros pour l’ensemble du secteur. Ces crédits d’impôt compensent les pertes antérieures des établissements financiers. La mesure devrait générer 4 milliards d’euros en 2025 et 2026, mais l’inquiétude porte désormais sur une prolongation de cette suspension pour les années 2027 et 2028.

Valeur boursière comparable à celle de BBVA

La valeur boursière d’Unicredit s’élève actuellement à environ 98 milliards d’euros, inférieure à celle de Santander (128 milliards) mais équivalente à celle de BBVA. Unicredit compte 15 millions de clients européens et employait 75 236 personnes fin 2024. L’Italie constitue sa principale base d’activité, où elle est leader. En Allemagne, elle opère via sa filiale HypoVereinsbank, elle est le leader du secteur bancaire autrichien en termes d’actifs et est présente en République tchèque, en Hongrie, en Slovaquie et en Slovénie. En Europe de l’Est, avec près de 4 millions de clients, elle est la première banque en actifs, avec une part de marché de plus de 15 % dans de nombreux pays, notamment leader en Bosnie-Herzégovine et en Croatie, deuxième en Roumanie (y compris Alpha Bank Roumanie) et parmi les trois premières en Bulgarie et en Serbie.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.