Les marchés financiers affichent des signaux contradictoires : malgré un risque de baisse généralisée des actions mondiales à l’approche des résultats de Nvidia (NASDAQ :), le yen japonais ne joue pas son rôle habituel de valeur refuge, tandis que le dollar américain se renforce. Cette anomalie interroge les experts sur la véritable nature des forces à l’œuvre.
La situation actuelle s’apparente à une vaste opération de réduction des risques, sans pour autant refléter une crise spécifique au secteur technologique américain ou une fragilité de la zone euro. Habituellement, un tel contexte conduirait les investisseurs à se réfugier dans le yen. Or, la monnaie japonaise reste sous pression, plombée par des données économiques nationales décevantes, des tensions géopolitiques avec la Chine et les paris persistants des spéculateurs sur le seuil d’intervention du ministère des Finances japonais.
Les acteurs du marché testent régulièrement la réaction des autorités japonaises, poussant les limites pour évaluer jusqu’où le ministère des Finances est prêt à aller pour soutenir sa monnaie. À l’heure actuelle, le marché semble tolérer un taux de change proche de 160 yens pour un dollar américain (USD/JPY), en l’absence de signaux contraires.
Dans ce climat d’incertitude, la peur domine. Les monnaies considérées comme plus risquées subissent les contrecoups, tandis que le dollar américain profite de son statut de valeur refuge. L’augmentation de la probabilité d’une nouvelle hausse des taux d’intérêt aux États-Unis – désormais estimée à près de 40 % – renforce encore la position du billet vert, tant en termes de risque que de taux d’intérêt. Les responsables de la Réserve fédérale américaine (Fed) ont adopté une attitude plus prudente et ferme, ce qui soutient leur politique monétaire actuelle.
L’annonce des résultats de Nvidia, demain, ne devrait pas avoir d’impact majeur, car l’événement macroéconomique clé est attendu jeudi : la publication des chiffres de l’emploi de septembre aux États-Unis à 14h30, heure de Washington. Ces données seront aussi déterminantes pour les marchés actions que les résultats de Nvidia, et pourraient modifier la dynamique de la semaine. En attendant, le dollar devrait rester fort tant que les actions continueront de baisser.
L’euro, cependant, évolue selon une logique différente. Bien qu’il semble stable autour de 1,16 dollar, plusieurs modèles bancaires indiquent qu’il n’est plus significativement sous-évalué par rapport à sa juste valeur. Selon les estimations d’ING, la sous-évaluation actuelle s’élève à environ 0,8 %. Ces petites différences d’évaluation sont importantes, car elles sont généralement favorables à une appréciation de la monnaie unique à l’approche des données américaines.
L’euro n’a pas besoin d’un catalyseur majeur pour progresser, il lui suffit que le dollar cesse de se renforcer. C’est pourquoi l’objectif de 1,18 dollar pour la fin de l’année semble toujours réaliste, d’autant plus que la saisonnalité du mois de décembre tend à favoriser légèrement l’euro, précisément lorsque l’attention du marché diminue.
Néanmoins, l’élément à surveiller de près reste le yen. C’est la pièce du puzzle qui ne colle pas. La faiblesse du produit intérieur brut (PIB), le ralentissement de l’inflation, les tensions géopolitiques avec la Chine, les inquiétudes concernant le tourisme et les doutes sur une éventuelle hausse des taux d’intérêt par la Banque du Japon (BoJ) en décembre expliquent en partie ce recul. Mais ces facteurs ne suffisent pas à expliquer pourquoi le yen ne réagit pas à la chute des marchés boursiers mondiaux.
Cette divergence suggère une influence spéculative plutôt que macroéconomique. Le ministère des Finances japonais semble désormais privilégier une intervention sur le marché des changes uniquement lorsque les conditions sont favorables, notamment après un événement négatif pour le dollar qui lui fournirait une couverture. En attendant, il laisse le marché évoluer librement, et pour l’instant, ce seuil semble se situer au-dessus de 158 yens pour un dollar.
En résumé, quelque chose cloche, car quelque chose ne fonctionne pas correctement. Et dans le monde du Forex, un comportement anormal est souvent le signe d’un changement de tendance imminent. Pour l’heure, les règles restent simples : tant que la vente à découvert des actions se poursuit à l’échelle mondiale, le dollar conserve son statut de valeur refuge, tandis que le yen est pénalisé par ses propres contraintes.