La transformation numérique des systèmes de santé est entrée dans une phase cruciale où la gouvernance, l’intégration des systèmes et la mesure des résultats concrets priment sur les seuls investissements technologiques, selon une nouvelle étude. Les établissements de santé les plus performants sont ceux qui parviennent à aligner leurs dépenses sur des objectifs précis et à démontrer un retour sur investissement clair.
L’enquête, menée auprès de 270 organismes de soins aigus à travers le monde, révèle que l’efficacité financière est désormais un facteur déterminant. Au-delà de la mise en place des infrastructures de base, les investissements supplémentaires ne portent leurs fruits que s’ils sont directement liés à l’optimisation des processus, à la qualité des données, à la sécurité informatique et à l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans les flux de travail existants. « L’efficacité par dollar compte désormais plus que la taille du budget informatique », souligne le rapport.
L’étude couvre un large éventail d’établissements, des hôpitaux de petite taille (25 lits) aux vastes réseaux de soins comprenant plus de 12 000 lits et 48 000 consultations externes. Si la plupart des répondants évoquent des contraintes budgétaires, les organisations les plus avancées se distinguent par leur capacité à lier leurs investissements à des résultats mesurables et à suivre la valeur générée au niveau de chaque programme.
Contrairement aux idées reçues, les dépenses informatiques, les dossiers médicaux électroniques (DME) et les budgets de cybersécurité ne sont pas corrélés à un niveau de maturité numérique élevé. Les organisations qui excellent se concentrent sur la personnalisation des systèmes, la formation du personnel et un suivi rigoureux de leur utilisation, ce qui se traduit par une amélioration de la qualité des soins, de la sécurité des patients et de l’efficacité opérationnelle.
Une gouvernance claire, clé du succès
Dans tous les domaines, de la protection des données à l’engagement des patients, une appropriation claire par la direction, soutenue par des structures de gouvernance formelles, est le meilleur indicateur de performance. Les trois quarts des organisations interrogées disposent d’un cadre formel de gouvernance pour la qualité et la sécurité cliniques, et 77 % ont mis en place une structure dédiée à la cybersécurité. 72 % des organisations ont même créé un comité de gouvernance numérique interfonctionnel, et 61 % examinent les indicateurs de performance numérique chaque trimestre avec la direction.
L’intégration des systèmes, tant sur le plan technique qu’organisationnel, est également un facteur clé. Près de 70 % des répondants affirment que leurs systèmes informatiques de base sont intégrés aux services cliniques et administratifs, et 91 % signalent une interopérabilité des DME avec des partenaires externes via des normes telles que FHIR ou HIE. Cependant, moins de la moitié ont pleinement intégré la chaîne d’approvisionnement, les systèmes financiers et cliniques, ce qui limite leur capacité à modéliser les coûts et à anticiper les besoins en temps réel. Seul un tiers environ parvient à échanger des données en temps quasi réel entre ces différentes fonctions.
Données et IA : les prochains défis
La gouvernance et la qualité des données sont désormais considérées comme des éléments essentiels pour une transformation durable. 64 % des organisations disposent d’un cadre formel de gouvernance des données d’entreprise, 46 % surveillent la qualité des données à l’échelle de l’organisation et environ la moitié ont désigné des responsables de données pour les domaines clés. Néanmoins, près d’un répondant sur cinq ne dispose d’aucune gouvernance formelle pour les données, et beaucoup limitent cette gouvernance aux données internes. Seul un tiers environ étend la gouvernance aux données échangées avec des partenaires externes.
L’IA est de plus en plus présente, mais sa mise en œuvre reste inégale. 98 % des organisations interrogées utilisent l’IA dans au moins certains de leurs processus, et 96 % ont mis en place des structures de gouvernance et de surveillance. Cependant, presque toutes les organisations signalent des obstacles à l’adoption de l’IA, notamment des difficultés d’intégration, un manque de compétences et des préoccupations concernant la sécurité et la transparence. Seul un tiers environ dispose d’un processus d’évaluation systématique avant le déploiement de l’IA, et encore moins effectuent un suivi structuré après le déploiement pour détecter d’éventuels biais.
Engagement des patients, chaîne d’approvisionnement et ressources humaines : une approche systémique
L’engagement numérique des patients est devenu un indicateur important de la maturité globale. 96 % des organisations disposent d’un portail patient, 89 % proposent la messagerie sécurisée entre les patients et les équipes soignantes, et 81 % permettent la prise de rendez-vous en ligne. Cependant, le véritable différenciateur réside dans la gouvernance et la mesure des résultats. Seul un tiers des organisations suit des indicateurs tels que la réduction des absences, le suivi des maladies chroniques ou l’amélioration de l’expérience patient.
Les opérations de la chaîne d’approvisionnement évoluent également, passant de la logistique à la stratégie. Près des trois quarts des organisations utilisent l’analyse prédictive pour la prévision des stocks, et 65 % ont automatisé les processus de réapprovisionnement. Les évaluations structurées des risques liés aux fournisseurs sont désormais courantes (89 % des organisations), et plus de la moitié utilisent une notation automatisée des risques ou une surveillance continue pour les fournisseurs critiques.
Enfin, la technologie est de plus en plus utilisée pour améliorer l’engagement et l’efficacité des équipes soignantes. La plupart des organisations ont adopté des outils de collaboration, des plateformes de bien-être et des systèmes de recueil des commentaires des employés, et environ la moitié signalent des améliorations mesurables. Les organisations les plus avancées utilisent l’analyse pour évaluer le risque de perte de personnel, l’équité salariale et les opportunités de mobilité interne.
En conclusion, la gouvernance, l’intégration et la qualité des données sont les piliers d’une transformation numérique réussie dans le secteur de la santé. Les organisations qui parviennent à maîtriser ces éléments sont celles qui seront en mesure de tirer pleinement parti des nouvelles technologies et d’améliorer la qualité des soins.
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