Des analyses de sédiments menées par des chercheurs des universités de Cambridge et d’Oxford révèlent que 28 % des échantillons d’un égout romain à Vindolanda contenaient des œufs de parasites intestinaux. Malgré des bains et des latrines sophistiqués, la garnison n’a jamais pu éradiquer ces infections transmises par voie féco-orale.
Le site archéologique de Vindolanda, situé dans le nord de l’Angleterre, offre un aperçu unique de la vie à la frontière de l’Empire romain. Construit vers la fin du Ier siècle avant même l’édification du mur d’Hadrien, ce fort abritait des troupes auxiliaires recrutées parmi les peuples soumis. Une étude publiée en décembre 2025 dans la revue Parasitology
met en lumière la réalité sanitaire de ces occupants, incapables de se protéger contre les parasites qui rongeaient leurs intestins.
Vingt-huit pour cent des échantillons contaminés dans l’égout du fort
Les travaux ont été dirigés par le paléoparasitologue Piers Mitchell, avec la participation d’Andrew Birley, qui supervise les fouilles sur place. Les chercheurs ont examiné 50 échantillons de sédiments prélevés en 2019 dans un égout d’environ neuf mètres de long. Cet conduit évacuait les eaux usées des latrines collectives des bains, construits au IIIe siècle, vers un ruisseau au nord.
L’analyse au microscope a révélé que près de 28 % de ces prélèvements contenaient des œufs d’ascaris ou de trichocéphale, deux vers de la famille des nématodes. Un fossé défensif plus ancien recélait également ces deux parasites, prouvant qu’ils tourmentaient les occupants dès les premières phases d’implantation. En parallèle, la méthode immunologique a permis de détecter du Giardia, un organisme unicellulaire infectant l’intestin grêle. C’est la première fois que ce parasite est identifié pour cette période en Grande-Bretagne.
Des troubles digestifs fréquents malgré des infrastructures sophistiquées
Ces trois types d’agents pathogènes se propagent par voie féco-orale, via de l’eau, des aliments ou des mains souillés par des matières fécales. Leur présence persistante démontre que l’hygiène du fort restait insuffisante, en dépit des bains et des latrines mis à disposition des soldats.
Les vers intestinaux déclenchent des douleurs abdominales, des diarrhées chroniques et des carences nutritionnelles. De son côté, le Giardia provoque des épidémies de diarrhée souvent attribuées à l’eau contaminée. Selon les observations de Piers Mitchell, la situation a pu avoir des conséquences graves pour la garnison.
Certains soldats ont pu souffrir d’une déshydratation sévère lors d’épidémies estivales, et une giardiase non traitée peut entraîner pendant plusieurs semaines une fatigue marquée et une perte de poids.
Piers Mitchell, paléoparasitologue à l’Université de Cambridge
Le chercheur souligne en outre que la diffusion de ces parasites indique la circulation probable d’autres agents infectieux partageant les mêmes modes de transmission, à l’instar des salmonelles ou des shigelles. En raison du mélange des matières fécales dans l’égout collectif, il est toutefois impossible d’établir avec précision la proportion exacte des troupes touchées.