Publié le 14 octobre 2025 à 11h54. Les violences à l’encontre du personnel de l’Éducation nationale sont en augmentation constante, selon un rapport alarmant de l’Autonome de Solidarité Laïque (ASL), une association centenaire dédiée à la protection des acteurs de l’enseignement. L’ASL tire la sonnette d’alarme face à une banalisation de ces agressions et appelle à une réaction forte des pouvoirs publics.
- Près de 2 500 agressions physiques ou verbales ont été signalées à l’ASL au cours de l’année scolaire 2024/2025.
- Le nombre de dossiers traités par l’association a augmenté de 12 % entre 2023/2024 et 2024/2025, atteignant 12 374 cas.
- L’ASL dénonce un manque de reconnaissance de la souffrance des personnels et un faible taux d’application de la protection fonctionnelle.
L’Autonome de Solidarité Laïque (ASL) révèle une situation préoccupante dans son rapport annuel : les violences envers les personnels de l’Éducation nationale se maintiennent à un niveau élevé et tendent à se normaliser. L’association, qui “protège et soutient tous les personnels en mission d’éducation et d’accompagnement”, constate une augmentation significative des incidents signalés.
Au total, 12 374 dossiers ont été enregistrés par l’ASL entre 2024 et 2025, contre 10 865 l’année précédente, soit une hausse de 12 %. “Ces chiffres ne sont pas de simples données statistiques : ils traduisent une souffrance réelle”, déplore l’association.
Outre les agressions physiques et verbales – environ 2 500 cas recensés en 2024/2025 – le rapport met en évidence une recrudescence des diffamations et dénonciations calomnieuses, avec 3 657 cas enregistrés. Ces accusations peuvent aller de simples rumeurs à des accusations graves d’actes de violence envers les élèves, précise l’ASL.
L’association cite le cas de François, un enseignant de 25 ans d’expérience, qui a été relaxé par la justice après avoir été accusé de violences par un élève dont il avait confisqué le téléphone. “C’était parole contre parole”, témoigne-t-il auprès de BFMTV, expliquant avoir été victime de menaces de mort sur les réseaux sociaux et avoir dû demander à faire retirer son nom des boîtes aux lettres.
« Il y a eu des menaces de mort sur les réseaux sociaux. J’ai même demandé à retirer mon nom sur les boîtes aux lettres des endroits dans lesquels je me rendais. »
François, enseignant
Le rapport de l’ASL fait également état de 673 atteintes matérielles, intrusions et litiges administratifs. Des véhicules de personnels ont parfois été dégradés sur le parking des établissements scolaires. L’association s’inquiète de la nature structurelle de ces tensions et conflits au sein du système éducatif.
Les directrices et directeurs d’école sont particulièrement exposés, sollicitant l’ASL “deux fois plus que les chefs d’établissement du second degré et plus de trois fois plus que les enseignants du premier degré”. L’ASL estime qu’une réaction est indispensable de la part du ministère de l’Éducation nationale et de la justice, qui ne traite que 8 % des dossiers, le recours étant jugé “complexe, long et dissuasif”.
« Derrière les chiffres, une mécanique préoccupante se dessine. Le malaise de la société nourrit celui de l’école, et l’école devient à son tour le miroir de ces crispations. »
L’Autonome de Solidarité Laïque
En 2024/2025, seulement 23 % des 864 demandes de protection fonctionnelle ont été accordées aux personnels par le ministère de l’Éducation nationale, alors que cette protection devrait s’appliquer de plein droit à tout agent mis en cause dans l’exercice de ses fonctions. “Non seulement les agents subissent l’attaque, mais leur souffrance n’est pas reconnue”, dénonce l’association.
Jean-Louis Linder, président de l’ASL, propose l’organisation d’une réunion tripartite avec les ministères de l’Éducation nationale et de la Justice afin de trouver des solutions concrètes. Il plaide également pour une formation obligatoire pour tous les agents sur les aspects juridiques liés à leur profession.
« Reporter l’action, c’est laisser se dégrader encore davantage le climat scolaire. »
L’Autonome de Solidarité Laïque
L’ASL réclame également la prise en charge par l’État des frais de justice, d’accompagnement psychologique et de soutien médico-social des agents victimes, ainsi que l’application automatique et immédiate de la protection fonctionnelle en cas de violences, menaces ou outrages.
Un sondage Ifop de 2022 révèle que 56 % des enseignants interrogés se sont déjà auto-censurés pour éviter des incidents avec leurs élèves, contre 36 % avant l’assassinat de Samuel Paty en octobre 2020.
Ce mardi 14 octobre, une minute de silence sera observée dans les collèges et lycées de France en hommage aux professeurs Samuel Paty et Dominique Bernard, à l’initiative de l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Borne.
