L’autobiographie posthume de Virginia Giuffre, « La fille de personne », dévoile les mécanismes d’une exploitation sexuelle orchestrée par Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell, tout en révélant les tourments personnels de la victime qui a osé briser le silence. Publiée alors que l’affaire connaît de nouvelles rebondissements, elle ravive le débat sur l’impunité dont ont pu bénéficier les puissants impliqués.
Virginia Giuffre a été au cœur de la saga Epstein depuis son émergence en 2018, menant un combat acharné pour exposer les abus qu’elle et d’autres victimes auraient subis. Son témoignage, publié à titre posthume, éclaire les rouages de l’entreprise criminelle menée par Epstein et sa complice, Ghislaine Maxwell.
En 2015, Virginia Giuffre avait publiquement accusé Ghislaine Maxwell d’agressions sexuelles. L’héritière britannique avait répliqué en la traitant de menteuse, ce qui avait conduit Giuffre à intenter un procès en diffamation. Cette procédure judiciaire a été le point de départ d’une cascade de révélations et d’enquêtes policières qui ont captivé l’attention du public pendant des années. Le procès s’est finalement soldé par un accord à l’amiable en 2017. Maxwell a ensuite été reconnue coupable de trafic sexuel de mineures et purge actuellement une peine de 20 ans de prison.
Giuffre, originaire de Palm Beach, s’est suicidée en Australie en avril dernier. Elle affirmait avoir été contrainte à des relations sexuelles avec le prince Andrew à l’âge de 17 ans, après qu’Epstein l’aurait « livrée » à lui et à d’autres personnalités fortunées et influentes. Le prince Andrew a toujours nié ces accusations. En 2022, Giuffre et Andrew ont conclu un accord à l’amiable concernant la plainte qu’elle avait déposée contre lui, mais l’affaire a plongé la famille royale britannique dans une crise persistante. Le vendredi précédant la publication de son autobiographie, le prince Andrew a annoncé qu’il renonçait à ses titres royaux.
Virginia Giuffre avait rencontré Ghislaine Maxwell alors qu’elle travaillait comme masseuse au spa du Mar-a-Lago, le club de Donald Trump, comme elle le relate dans « La fille de personne ». Après s’être affranchie de l’emprise d’Epstein, elle est devenue la voix la plus forte des victimes du financier, luttant pour obtenir justice.
L’autobiographie de Giuffre intervient dans un contexte de vives critiques envers la possible clémence de Donald Trump envers Ghislaine Maxwell, et d’une éventuelle grâce présidentielle. Bien qu’elle n’apporte pas forcément de révélations inédites, elle constitue un témoignage poignant sur le fonctionnement du duo Epstein-Maxwell.
« Écrire un livre avec quelqu’un est toujours un exercice intime », écrit Amy Wallace, la co-auteure de Giuffre, dans la préface. Ce processus s’est avéré particulièrement complexe, car Giuffre avait révélé peu avant sa mort que son mari, Robert, avait été violent envers elle. Après son suicide, certains membres de sa famille ont exprimé le souhait de retoucher le livre. L’avocat de Robert n’a pas souhaité commenter en raison de procédures judiciaires en cours. Amy Wallace insiste sur le fait que la version finale correspond à un manuscrit approuvé par Giuffre de son vivant. Cependant, les souvenirs tendres qu’elle consacre à Robert, présenté comme celui qui l’a aidée à se reconstruire, suscitent un malaise certain.
Le procès fédéral de Maxwell en 2021 avait mis en évidence un schéma tragique récurrent : les victimes étaient souvent issues de milieux marqués par la violence et la toxicomanie. Ghislaine Maxwell, une femme élégante et cultivée, entrait alors dans leur vie pour exploiter leurs vulnérabilités.
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