Publié le 16 novembre 2025 à 22h14. Des études récentes suggèrent que des tests de vision simples pourraient aider à identifier les personnes à risque de développer une démence plus d’une décennie avant l’apparition des premiers symptômes, ouvrant la voie à une intervention précoce.
- Des tests de vision, notamment la vitesse de traitement visuel et l’acuité visuelle, sont corrélés à un risque accru de démence.
- La perte de vision est désormais reconnue comme un facteur de risque de déclin cognitif, contribuant à environ 2,2 % des cas de démence.
- Le maintien d’une activité sociale pourrait atténuer le lien entre la perte de vision et le déclin cognitif.
Les yeux, véritable fenêtre sur le cerveau, pourraient receler des indices précieux sur le développement futur de maladies neurodégénératives comme la démence. Deux études d’envergure, menées au Royaume-Uni et en Australie, ont mis en évidence un lien significatif entre les performances aux tests de vision et le risque de démence à long terme.
L’étude britannique, publiée en 2024, a révélé que les participants présentant une vitesse de traitement visuel plus lente étaient plus susceptibles de développer une démence dans les 12 années suivant le test. Parallèlement, une étude australienne a démontré qu’une détérioration de l’acuité visuelle était un indicateur significatif de déclin cognitif sur une période similaire.
Selon la neuroscientifique Nikki-Anne Wilson, de Neuroscience Research Australia (NeuRA), il est important de souligner que la baisse de la vision peut avoir de multiples causes, dont certaines sont traitables.
« Une baisse de la vision peut être causée par toute une série de facteurs, dont certains peuvent être traités. Par exemple, la cataracte ou une baisse de la vision qui peut être prise en charge avec les lunettes appropriées. »
Nikki-Anne Wilson, neuroscientifique à NeuRA
Elle ajoute que l’identification précoce de ces changements et leur prise en charge pourraient contribuer à réduire le risque de démence.
Ces nouvelles données ont conduit la dernière Commission sur la démence de The Lancet, en 2024, à identifier la perte de vision comme un nouveau facteur de risque de déclin cognitif, expliquant jusqu’à 2,2 % des cas. En comparaison, la perte auditive non traitée au milieu de la vie représente environ 7 % des cas.
Il est crucial de noter que la perte auditive ou visuelle ne condamne pas une personne âgée à développer une démence. Ces problèmes peuvent être révélateurs de nombreuses pathologies sous-jacentes et, en tant qu’outil de diagnostic, les tests sensoriels ne sont pas infaillibles. Cependant, au niveau de la population, des recherches émergentes suggèrent que le port d’appareils auditifs peut réduire le risque de démence, et il pourrait en être de même pour le traitement des problèmes de vision.
L’étude australienne, menée en 2024 sur 2 281 participants, a analysé l’acuité visuelle et le déclin cognitif. Les résultats ont montré qu’une détérioration de la vision prédisait une diminution des scores de résolution de problèmes, de mémoire et d’attention. Il est intéressant de noter que l’engagement social a partiellement atténué cette association.
« Nous montrons pour la première fois que la relation entre un déclin de la vision et les performances cognitives globales peut s’expliquer en partie par une réduction des contacts sociaux. »
Nikki-Anne Wilson, neuroscientifique à NeuRA
Wilson explique que les personnes ayant une vision plus faible peuvent être plus enclines à éviter les événements sociaux par anxiété, ce qui peut également affecter leurs performances cognitives. Elle souligne l’importance de maintenir un contact social, non seulement en raison du risque d’isolement, mais aussi pour atténuer l’impact d’autres facteurs de risque, comme une mauvaise vision.
Dans l’étude britannique, plus de 8 000 participants ont été soumis à un test de vision consistant à appuyer sur un bouton dès l’apparition d’un triangle sur un écran. Les personnes ayant une vitesse de traitement visuel plus lente étaient significativement plus susceptibles de recevoir un diagnostic de démence à la fin de l’étude. Cependant, ce test ne permet pas d’identifier individuellement les personnes qui développeront une démence sur la seule base de leurs résultats.
Les auteurs suggèrent que de tels tests pourraient être intégrés au processus de dépistage du risque de démence et aux diagnostics précoces, en complément d’autres tests cognitifs. Une étude récente a révélé qu’un cas de démence sur cinq chez les personnes âgées était lié à des problèmes de vision courants, et que la résolution de ces problèmes pourrait atténuer certains facteurs de risque.
La démence est une maladie complexe et multifactorielle. Cependant, des preuves croissantes suggèrent que les yeux sont particulièrement sensibles aux effets du vieillissement. L’usure observée sur les scanners rétiniens est un indicateur significatif du risque de mortalité, et il est important de rappeler que la démence est la première cause de décès au Royaume-Uni.
Dans leur rapport, les auteurs de la Commission sur la démence de The Lancet recommandent de rendre le dépistage et le traitement de la perte de vision accessibles à tous. Ils concluent qu’il existe une opportunité évidente de prévenir la démence grâce au traitement de la perte visuelle.
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