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Vous savez qui croit au changement climatique ? La bourse

by Nicolas Lefèvre

Les investissements dans les énergies propres et les solutions d’adaptation au changement climatique explosent à l’échelle mondiale, défiant les politiques américaines et redessinant les équilibres géopolitiques. Ce paradoxe, où les marchés financiers semblent anticiper les conséquences du réchauffement climatique malgré un scepticisme politique persistant, témoigne d’une prise de conscience économique grandissante.

L’indice S&P Global Clean Energy a surperformé les indices S&P 500, Nasdaq 100 et MSCI World pendant une grande partie de l’année 2025, selon Bloomberg News. Cette tendance inattendue intervient alors que l’administration américaine a démantelé les réglementations environnementales et les subventions aux technologies propres, entravant le développement de projets éoliens et solaires et favorisant l’industrie des combustibles fossiles.

Pourtant, la demande pour les énergies propres reste forte, stimulée en partie par l’essor de l’intelligence artificielle (IA), une technologie énergivore. De nombreuses entreprises propulsant l’indice S&P des énergies propres sont également liées au secteur de l’IA. Il ne s’agit donc pas uniquement d’un pari sur un avenir décarboné, mais aussi d’un investissement dans les infrastructures nécessaires à cette révolution technologique. « Vous ne croyez peut-être pas au changement climatique, mais le marché boursier y croit », résume-t-on.

Parallèlement, les entreprises préparant le monde aux conséquences du changement climatique connaissent également un essor. L’indice Bloomberg Prepare and Repair, regroupant des sociétés bénéficiant de la multiplication des catastrophes naturelles coûteuses, a doublé le rendement de l’indice S&P 500 au cours des cinq dernières années. Ces entreprises, allant des quincailleries aux assureurs en passant par les gestionnaires de déchets, représentent l’autre face de la médaille : l’adaptation au changement climatique.

Le milliardaire Bill Gates, tout en reconnaissant la nécessité de s’adapter aux effets du réchauffement climatique, continue d’investir massivement dans l’atténuation. Son entreprise, Breakthrough Energy Ventures, fait partie de la coalition All Aboard, qui vise à lever 300 millions de dollars (environ 285 millions d’euros) pour financer les technologies propres. Au total, 56 milliards de dollars (environ 51 milliards d’euros) ont été investis dans ces entreprises au cours des trois premiers trimestres de 2025, dépassant le total de l’année 2024.

Pour chaque dollar perdu à cause des catastrophes climatiques en 2024, 1,47 dollar (environ 1,33 euro) a été investi dans la transition énergétique, selon BloombergNEF. Il y a vingt ans, ce ratio était de seulement 0,12 dollar (environ 0,11 euro) par dollar perdu.

L’investissement mondial dans la transition énergétique a atteint un niveau record de 2 100 milliards de dollars (environ 1 920 milliards d’euros) en 2024, et pourrait être battu en 2025. Les investissements dans l’énergie éolienne, solaire et autres sources renouvelables ont atteint 386 milliards de dollars (environ 353 milliards d’euros) au premier semestre 2025, malgré une baisse de 36 % aux États-Unis, compensée par une augmentation de 63 % en Europe.

La Chine continentale représente à elle seule 50 % des investissements mondiaux dans les énergies renouvelables en 2025. Alors que l’administration Trump vante sa domination énergétique, sa politique anti-énergies renouvelables cède la place à la Chine dans ce secteur stratégique, renforçant ainsi son influence géopolitique. Alors que Bill Gates envisage d’améliorer les conditions de vie en Afrique grâce à l’IA et aux semences génétiquement modifiées, la Chine le fait déjà avec des panneaux solaires à bas prix.

Niall Smith, chercheur quantitatif chez Bloomberg, a constaté que les entreprises les plus exposées aux risques climatiques ont également des coûts de capital plus élevés. Cette observation, bien que moins spectaculaire que l’évolution des indices boursiers, confirme que les marchés financiers intègrent de plus en plus la réalité du changement climatique, malgré les discours négationnistes.

Enfin, pour la première fois, les énergies renouvelables ont généré plus d’électricité mondiale que le charbon au cours du premier semestre 2025, selon le groupe de réflexion Ember. Si les préoccupations climatiques ne suffisent pas à éliminer le charbon à long terme, les impératifs économiques le feront.

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