Dès le 1er janvier 2028, la Wallonie exonérera les premiers 75 000 euros de part nette héritée en ligne directe, dispensant totalement d’impôt 62 % des successions familiales. Présentée dans le budget 2027 et découlant d’un décret du 5 décembre 2024, cette réforme recalibrée vise à soutenir les petits patrimoines sous contrainte budgétaire.
Le gouvernement wallon a officiellement revu sa copie budgétaire pour l’horizon 2028. Sous l’effet de contraintes financières strictes, la Région abandonne la réduction linéaire de tous les droits de succession qui figurait dans le texte initial voté en décembre 2024. À la place, les autorités ont opté pour un mécanisme ciblé qui favorise nettement les ménages modestes, tout en préservant l’équilibre des comptes publics.
L’abattement de 75 000 euros en ligne directe et l’exonération de 62 % des successions
Pour les successions entre parents et enfants, les premiers 75 000 euros de la part nette héritée par chaque bénéficiaire seront totalement exonérés à compter du 1er janvier 2028. Actuellement, moins de 25 % des héritages en ligne directe échappent entièrement à l’impôt ; ce taux d’exonération totale passera à 62 %.
Ce dispositif présente un net avantage cumulatif pour les familles nombreuses. Cela signifie qu’une personne qui a quatre enfants pourra léguer 300.000 euros en totale exonération
, explique Stéphanie Wyard, porte-parole du ministre-président wallon Adrien Dolimont, dans des propos rapportés par Dekeyser & Associés. Au-delà de cette franchise de 75 000 euros, les taux progressifs habituels, échelonnés de 7 % jusqu’à 30 % pour les patrimoines supérieurs à 500 000 euros, continueront de s’appliquer.

Le calcul concret pour les patrimoines moyens face à Bruxelles et à la Flandre
Pour mesurer la portée exacte de ces modifications sur les successions courantes, les fiscalistes ont planché sur des cas pratiques. En 2028, un parent léguant un patrimoine de 250 000 euros à ses deux enfants verra les droits de succession chuter à 8 500 euros, représentant une économie de 45 % par rapport aux 15 500 euros réclamés aujourd’hui.
Cette trajectoire permet à la Région wallonne de se positionner favorablement par rapport aux autres régions du pays. Pour ce même héritage de 250 000 euros, la Région bruxelloise prélève actuellement 15 000 euros, tandis que la Flandre taxe à hauteur de 10 500 euros pour un patrimoine mixte composé à parts égales de biens mobiliers et immobiliers. Pour la première fois, la Wallonie prend le lead et offre les meilleures conditions
, se réjouit le notaire Sylvain Bavier.
Le bouclier fiscal à 50 % pour les tiers et les héritiers indirects
Les héritiers plus éloignés, tels que les frères, les sœurs, les neveux, les nièces ou les personnes sans aucun lien de parenté, faisaient face jusqu’ici à des taux d’imposition particulièrement lourds en Wallonie, pouvant atteindre 80 % au-delà de 75 000 euros entre étrangers. La réforme de 2028 instaure un bouclier fiscal qui plafonne le taux maximum absolu à 50 %.
Cette limite répond aux transformations sociétales actuelles, où la famille nucléaire traditionnelle ne constitue plus l’unique norme. Selon Sylvain Bavier, ce plafond garantit au citoyen, et en particulier au célibataire sans enfant, une plus grande liberté pour avantager la personne de son choix sans que l’administration fiscale ne confisque la majeure partie du legs.
La baisse confirmée des droits de donation immobilière
En parallèle des successions, le volet fiscal concernant les transmissions de son vivant est préservé et amplifié pour encourager la circulation des biens immobiliers. Le taux de 3 % applicable jusqu’à 150 000 euros est maintenu pour les donations en ligne directe et entre époux ou cohabitants légaux. Au-delà, la grille tarifaire est nettement allégée : le taux maximum en ligne directe passera de 27 % à 14 %, tandis que la taxation maximale entre personnes sans lien de parenté baissera de 40 % à 20 %.
Pour un parent célibataire transmettant un bien immobilier de 500 000 euros à son enfant unique, les droits d’enregistrement tomberont ainsi à 37 500 euros, contre 60 000 euros actuellement.