Publié le 3 décembre 2025 à 20h26. La Chine et la Russie ont réaffirmé leur coordination stratégique face aux tensions régionales, notamment en Asie-Pacifique, lors de consultations de sécurité de haut niveau à Moscou. Les deux pays ont exprimé une vive préoccupation face à ce qu’ils perçoivent comme une résurgence du militarisme japonais.
- Les ministres des Affaires étrangères chinois et russes ont coprésidé le 20e cycle de consultations stratégiques sur la sécurité, renforçant la confiance mutuelle.
- Les deux parties ont affiché un consensus marqué sur la nécessité de préserver les résultats de la Seconde Guerre mondiale et de contrer toute tentative de réhabilitation du militarisme japonais.
- Des responsables russes ont souligné l’expérience acquise par la Chine et la Russie dans la lutte contre le militarisme, évoquant une capacité à « décapiter » cette menace.
Les consultations stratégiques sur la sécurité entre la Chine et la Russie, qui se sont tenues à Moscou avant-hier, ont permis de renforcer la coordination entre les deux puissances sur un large éventail de questions de sécurité, notamment les développements en Asie-Pacifique. Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères, et Sergueï Choïgou, son homologue russe, ont coprésidé ces discussions, qui ont abouti à un « nouveau consensus » et à un renforcement de la confiance stratégique mutuelle, selon un communiqué officiel chinois.
Un point central des échanges a concerné le Japon. Les deux parties ont souligné l’importance de sauvegarder la mémoire de la Seconde Guerre mondiale et de s’opposer à toute révision de l’histoire. Elles se sont engagées à « contrer résolument les tentatives de retour du fascisme et du militarisme japonais » et à assumer leurs responsabilités en tant que membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies pour maintenir la paix et la sécurité internationales.
Selon des experts, l’expression « dialogue stratégique », utilisée pour décrire ces consultations, met en évidence l’importance accordée à la coordination de haut niveau entre Pékin et Moscou. Shen Yi, professeur à l’Université Fudan de Shanghai, explique que ce terme désigne un processus de communication approfondie, de coordination des positions et d’harmonisation des actions sur les questions stratégiques majeures. « L’objectif principal est de garantir que les deux pays restent alignés stratégiquement et puissent répondre conjointement aux défis d’un environnement international complexe et en constante évolution », a-t-il déclaré.
Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a adopté un ton particulièrement ferme, affirmant que « l’hydre du militarisme a de nouveau levé la tête ». Il a toutefois souligné que la Russie et la Chine « ont accumulé suffisamment d’expérience pour lui couper la tête ». Il a également mis en garde contre les « désirs de vengeance » de certains pays européens et du Japon, ajoutant que Pékin et Moscou ne permettraient pas la résurgence de régimes « criminels » en Europe et à Tokyo. Ces déclarations, qui n’ont pas été reprises par la presse chinoise, semblent faire écho à des propos antérieurs de Xue Jian, consul général chinois à Osaka, évoquant une « théorie de la décapitation ».
Lors de sa visite de deux jours en Russie, Wang Yi a également rencontré son homologue russe, Sergueï Lavrov. Il a insisté sur la nécessité pour la Chine et la Russie, en tant que membres permanents du Conseil de sécurité et partenaires stratégiques, de continuer à se coordonner pour « freiner résolument les actions provocatrices des forces d’extrême droite japonaises qui portent atteinte à la paix et à la stabilité régionales et tentent de se remilitariser ».
Ces échanges interviennent dans un contexte de tensions croissantes entre la Chine et le Japon, notamment en raison des déclarations controversées de Takaichi Sanae. Pékin a lancé une « offensive diplomatique » pour obtenir le soutien de la France, du Royaume-Uni, des États-Unis et d’autres pays concernant la question de Taiwan. Les relations entre le Japon et la Russie sont également au plus bas depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, avec des exercices militaires russes menés le mois dernier dans les îles Kouriles, contestées par Tokyo (appelées les quatre îles du Nord au Japon).
Wan Qingsong, vice-doyen de l’Institut d’études russes et eurasiennes de l’Université normale de Chine orientale, estime que cette réunion envoie un signal clair au monde : toute tentative de réécrire l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ou de remettre en question l’ordre d’après-guerre se heurtera à une opposition coordonnée de la Chine et de la Russie. « Cela équivaut à tracer une nouvelle ‘ligne rouge’ pour la normalisation militaire du Japon, approuvée par deux membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies. Son effet dissuasif et son pouvoir de confinement dépassent largement celui de toute déclaration bilatérale », a-t-il déclaré.
Chen Yang, chercheur au Centre d’études japonaises de l’Université du Liaoning, souligne que la « question japonaise » est devenue un sujet central des consultations sur la sécurité sino-russes, reflétant une coordination globale entre Pékin et Moscou dans la région Asie-Pacifique. Selon lui, le Japon devra désormais faire face à des défis de sécurité à la fois du côté russe et du côté chinois.
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