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Washington Post: perdre la crédibilité et les journalistes

Publié le 29 septembre 2025 à 06h28. Des critiques s'élèvent contre The Washington Post, accusé de favoriser activement les positions de Donald Trump par des modifications éditoriales et une couverture biaisée, tandis que plusieurs journalistes vedettes quittent le…

Washington Post: perdre la crédibilité et les journalistes

Publié le 29 septembre 2025 à 06h28. Des critiques s’élèvent contre The Washington Post, accusé de favoriser activement les positions de Donald Trump par des modifications éditoriales et une couverture biaisée, tandis que plusieurs journalistes vedettes quittent le journal.

  • The Washington Post est accusé d’avoir modifié ses lignes éditoriales pour favoriser Donald Trump.
  • Des journalistes de premier plan ont quitté le journal, invoquant des pressions et une censure éditoriale.
  • Des restrictions sur la couverture du Pentagone suscitent des inquiétudes quant à la liberté de la presse.

Des allégations sérieuses mettent en lumière une possible instrumentalisation du Washington Post au profit de Donald Trump. Selon plusieurs sources, le journal aurait systématiquement orienté sa ligne éditoriale pour soutenir les actions et les politiques de l’ancien président, allant jusqu’à ignorer des faits avérés et à minimiser des controverses.

L’affaire a pris de l’ampleur suite à un incident survenu lors d’une rencontre entre Trump et la presse à la Maison Blanche. Le président ignorait apparemment une convocation organisée par le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, réunissant des généraux et des amiraux. Interrogé à ce sujet, Trump a tenté de minimiser l’événement, le qualifiant de « bonne idée » pour le secrétaire, alors qu’il n’en avait aucune connaissance préalable. Le vice-président JD Vance a immédiatement cherché à écarter la question et à changer de sujet. Le Post aurait choisi de ne pas souligner l’ignorance du président à ce sujet.

Le même jour, le journal a publié deux articles élogieux attribuant à Trump le mérite d’avoir résisté au président Vladimir Poutine dans le conflit russo-ukrainien. Marc Thiessen, un commentateur de droite, a affirmé que Poutine « regretterait d’avoir traité Trump avec un tel mépris » et que « Trump ne reculerait pas face à l’escalade de Poutine ». Cette analyse omettait de mentionner les critiques de Trump envers le président ukrainien Zelensky et son désir affiché de mettre fin à la guerre en 24 heures. Plus grave encore, elle ignorait le fait que l’attitude hésitante de Trump aurait permis à Poutine de poursuivre ses actions en Ukraine et de menacer les pays membres de l’OTAN par des survols provocateurs.

David Ignatius, un journaliste souvent favorable aux communautés militaires et de renseignement américaines, a également attribué à Trump la fixation de « lignes rouges » à Poutine dans le conflit. Cette interprétation est jugée absurde par de nombreux observateurs, qui soulignent que les déclarations impulsives de Trump et sa rhétorique belliqueuse ne peuvent être considérées comme une stratégie cohérente. Au contraire, chaque menace ou avertissement émis par Trump aurait incité Poutine à intensifier ses attaques contre les civils et les infrastructures en Ukraine, ainsi qu’à adopter une attitude plus menaçante en Europe. Le Premier ministre israélien Netanyahu aurait également profité de la rhétorique de Trump, entraînant la mort ou la famine de milliers de Palestiniens innocents.

Trump a par ailleurs confondu la situation en évoquant la crise des missiles cubains de 1962, affirmant que John F. Kennedy avait également établi une « ligne rouge » en imposant une quarantaine maritime. Or, Kennedy avait assoupli la quarantaine pour donner à Nikita Khrouchtchev le temps de se retirer, et avait secrètement promis de retirer les missiles américains de Turquie. La diplomatie s’est avérée être la clé pour résoudre la crise.

Ces ingérences éditoriales et même la censure de certains articles ont conduit plusieurs journalistes de renom à quitter le Washington Post. Depuis que Jeff Bezos, propriétaire du journal, a bloqué un éditorial favorable à la campagne présidentielle de Kamala Harris en 2024, le journal a perdu des figures de proue telles que EJ Dionne, désormais au New York Times, Ruth Marcus, qui écrit pour le New Yorker Magazine, et Carol Leonnig, rejoignant l’équipe d’investigation de MSNBC. Tous trois ont remporté des prix Pulitzer ou ont été finalistes. Jennifer Rubin, chroniqueuse au Post depuis 15 ans, a également quitté le journal.

Les principaux bénéficiaires de ces départs sont les rivaux du Post, notamment le New York Times, The Atlantic et MSNBC. Jonathan Capehart, lauréat du prix Pulitzer, est désormais commentateur à MSNBC, tandis que Ann Telnaes, dessinatrice de presse primée, a quitté le journal après le rejet de plusieurs de ses œuvres. David Shipley, rédacteur en chef des opinions du Post, a démissionné pour protester contre l’évolution de la ligne éditoriale sous Bezos et l’éditeur Will Lewis. D’autres journalistes ont opté pour des départs négociés pour échapper aux pressions.

Parallèlement, des restrictions sur la couverture du Pentagone suscitent des inquiétudes quant à la liberté de la presse. Les nouvelles règles imposées par Hegseth limiteraient la publication d’informations non autorisées, ce qui contredirait les décisions de la Cour suprême concernant les restrictions à la publication. Cette mesure serait une attaque directe contre le Premier Amendement de la Constitution américaine, qui n’a pas été tolérée par la Cour à la suite de l’affaire des « Pentagon Papers ». Cependant, la majorité 6-3 de la Cour suprême, influencée par les nominations de Trump, ne garantit plus la séparation des pouvoirs ni le respect de l’autorité constitutionnelle.

Des dirigeants autoritaires tels que Trump, Poutine, Netanyahu, Orban et Erdogan ont rapidement pris des mesures pour museler la presse, et les médias ont souvent tardé à réagir. Frank Bruni et Bret Stephens du Times estiment encore que « Trump ne reculera pas ». Or, la censure de la presse reste l’un des moyens les plus efficaces d’étouffer la démocratie, une réalité que les Pères fondateurs avaient bien comprise il y a 250 ans.

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À propos de l’auteur: Thomas Caron

Thomas Caron couvre les technologies, les sciences, l’intelligence artificielle et l’innovation. Il explique les nouveautés sans jargon inutile et distingue les annonces spectaculaires des avancées réellement établies.