L’intelligence artificielle, omniprésente dans le débat public, s’invite de plus en plus sur nos écrans, reflétant et alimentant les inquiétudes contemporaines. Des comédies aux drames de science-fiction, Hollywood explore les multiples facettes de cette révolution technologique, entre fascination et crainte.
La série dramatique de science-fiction « Alien: Earth », préquelle de la célèbre franchise « Alien », s’impose comme l’une des représentations les plus percutantes des angoisses actuelles liées à l’IA. Diffusée sur FX, la série se déroule au XXIIe siècle, dans un univers où les assistants artificiels sont déjà obsolètes. Elle dépeint un monde dominé par cinq mégacorporations, suite à l’effondrement de la démocratie, où les contrats de travail de 65 ans sont monnaie courante. Le principal antagoniste, Boy Kavalier (interprété par Samuel Blenkin), un trillionnaire arrogant, illustre les dérives d’une exploitation sans scrupules, rappelant les préoccupations soulevées par les inégalités croissantes dans notre propre société.
Cette représentation dystopique résonne particulièrement avec les prédictions alarmantes concernant l’avenir du travail. En mai dernier, le PDG d’une entreprise d’IA de premier plan a prédit la suppression de la moitié des emplois de bureau de premier niveau d’ici 2030 (alors même que les meilleurs chercheurs du secteur bénéficient de salaires à neuf chiffres). Ce contraste saisissant a alimenté des plaisanteries macabres sur l’émergence d’une « sous-classe permanente ».
Par ailleurs, le développement rapide des modèles de langage et des outils de génération d’images et de vidéos par IA soulève des questions éthiques cruciales. La diffusion de deepfakes – des vidéos truquées hyperréalistes – a notamment conduit les filles de Robin Williams et de Martin Luther King Jr. à lancer un appel public pour que l’on cesse de leur envoyer des images falsifiées de leurs pères ce mois-ci.
L’impact de l’IA ne se limite pas au monde du travail et à la désinformation. Elle perturbe également les relations interpersonnelles et la perception de la réalité. Des cas de personnes développant une obsession amoureuse pour des chatbots, sombrant dans des troubles psychotiques, ou même incitées au suicide par ces programmes, sont de plus en plus signalés. Comme le soulignent les experts, qu’ils soient optimistes ou pessimistes, la technologie n’en est qu’à ses débuts.
D’autres séries télévisées abordent la question de l’IA sous des angles différents. La comédie « English Teacher » met en scène une enseignante idéaliste qui milite pour l’adoption de poubelles « intelligentes », avant de découvrir qu’elles sont en réalité utilisées pour collecter des données personnelles. La série « St. Denis Medical », une mockumentary hospitalière, explore la confiance aveugle d’un patient dans un outil de diagnostic basé sur l’IA, au grand dam d’un médecin grincheux. Enfin, la dramédie « Murderbot », inspirée des romans de Martha Wells et diffusée sur Apple TV+, offre une perspective originale en se mettant à la place de son protagoniste, Murderbot (interprété par Alexander Skarsgård), un androïde taciturne qui préfère regarder des séries spatiales kitsch à aider ou détruire les humains qui lui sont confiés. Les chercheurs qu’il est censé protéger se demandent s’il est une machine ou un esclave, tandis que Murderbot, avec une nonchalance adolescente, se moque de leurs « échanges de mots et de fluides ».
Hollywood devra donc faire face à cette réalité complexe et en constante évolution pour proposer des œuvres qui aident à comprendre les enjeux de l’IA et à anticiper son impact sur notre avenir.
