La conclusion de la série Netflix You a déjoué les attentes en offrant une fin radicale à son protagoniste, Joe Goldberg, et en confrontant directement une partie de son public. Loin d’une romance tragique, le final déconstruit l’image du séducteur manipulateur et met en lumière la violence intrinsèque à son obsession.
L’épisode final, riche en rebondissements, voit Joe (Penn Badgley) de retour à New York, sous la protection de sa femme, Kate (Charlotte Ritchie), et de sa famille aisée. Ils élèvent ensemble Henry, le fils de Joe issu de son mariage précédent avec Love Quinn (Victoria Pedretti), une autre victime de ses pulsions. C’est alors que Louise (Madeline Brewer), une amie de Guinevere Beck (Elizabeth Lail), assassinée par Joe dès la première saison, entre en scène. Déterminée à révéler la vérité, elle infiltre le cercle de Joe sous l’identité de « Bronte », une jeune femme dont il tombe rapidement amoureux.
Le point de rupture se produit lors d’une escapade en apparence idyllique. Louise, ayant mûri son plan, décide de forcer Joe à rendre des comptes. La narration bascule alors, passant du point de vue de Joe à celui de Louise, qui déconstruit sans relâche les illusions du personnage. Chaque geste romantique, chaque parole mielleuse sont analysés et dénoncés comme de la pure manipulation. « Il cuisine pour moi, et je devine, avec une amère certitude, qu’il a appris à cuisiner auprès d’une de ses anciennes victimes », confie Louise, incarnant le regard lucide que le spectateur est invité à adopter.
La confrontation finale se déroule dans l’intimité de la chambre, un lieu symbolique où Joe déploie son charme toxique. Badgley aurait insisté pour que Joe soit le plus vulnérable possible, apparaissant en sous-vêtements, afin de souligner la disparition de son masque. C’est à ce moment que Louise le met face à ses actes. Elle le force à restaurer la version originale du livre de Beck, dont il avait modifié le contenu pour se présenter sous un jour plus favorable. La réaction de Joe, plus irritée qu’attristée, révèle son manque de remords et sa conviction profonde d’être un être romantique incompris.
L’épisode prend une tournure sombre lorsque Joe, confronté à la vérité et à la perte de contrôle, bascule dans la violence physique. Pour la première fois, la série montre explicitement ses agressions envers une femme. Il étrangle, frappe et tire sur Louise, dans une scène qui évoque davantage les codes du film d’horreur que ceux de la romance psychologique. Louise, cependant, parvient à se défendre et à retourner l’arme contre lui.
Alors que la police encercle les lieux, alertée par Louise, Joe implore sa bourreau de l’achever, arguant que ce serait la conclusion parfaite de leur histoire tragique. Louise refuse, affirmant qu’il doit répondre de ses crimes. C’est alors qu’elle prononce la phrase clé de l’épisode : « La fantaisie d’un homme comme toi est notre façon de faire face à la réalité d’un homme comme toi. »
Le dénouement est à la fois brutal et symbolique. Louise tire sur Joe, mais pas pour le tuer. Elle le blesse gravement à l’aine, une humiliation ultime qui le dépouille de sa virilité et de son pouvoir. La scène finale le montre, en sous-vêtements, traîné par la police, confronté aux conséquences de ses actes.
L’épilogue révèle le sort des survivants. Kate tente d’élever Henry, qui a rejeté son père. Marianne (Tati Gabrielle), une ancienne cible de Joe, a retrouvé une vie normale et poursuit une carrière artistique. Nadia (Amy-Leigh Hickmann), blanchie de toutes accusations, aide désormais d’autres victimes. Le manuscrit original de Beck devient un best-seller, mais la douleur de sa perte demeure.
En prison, Joe, méconnaissable, sombre dans la dépression et se plaint de l’injustice de son sort. Il reçoit une lettre d’une admiratrice qui fantasme sur ses crimes, ce qui le pousse à une rare remise en question : « Peut-être que le problème, ce n’est pas moi… peut-être que c’est vous. » Une critique acerbe adressée à une partie du public qui a idéalisé le personnage.
En choisissant de déconstruire Joe et de dénoncer ses fans, les créateurs de You ont pris un risque audacieux. Ils auraient pu opter pour une fin plus complaisante, mais ils ont préféré remettre en question les attentes et rappeler que la violence et la manipulation ne sont jamais romantiques. Cette conclusion, loin d’être une simple résolution d’intrigue, est un message fort sur la glorification des monstres et la nécessité de reconnaître les victimes.
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