Les politiques monétaires ultra-accommodantes, autrefois considérées comme un remède miracle pour relancer l’économie, pourraient bien se retourner contre elles. L’effet d’entraînement attendu, censé profiter à tous, s’est évanoui, laissant les plus riches seuls bénéficiaires et ouvrant la voie à une ère de stagnation, voire de récession.
Depuis la crise financière de 2008, les banques centrales, notamment la Réserve fédérale américaine, ont maintenu des taux d’intérêt proches de zéro – une politique connue sous le nom de ZIRP (Zero Interest Rate Policy). L’objectif était de stimuler l’emprunt et l’investissement, créant ainsi un “effet de richesse” qui, selon la théorie, se répercuterait sur l’ensemble de l’économie. En réalité, ce mécanisme a surtout profité aux 10 % les plus aisés, qui ont pu emprunter massivement pour acquérir des actifs tels que des actions, des obligations, de l’immobilier et des entreprises.
Ce faisant, ils ont contribué à gonfler les prix de ces actifs, exacerbant les inégalités. Selon les données disponibles, les 10 % les plus riches détiennent déjà environ 90 % de toutes les actions et la majorité des autres actifs générateurs de revenus. Les 0,1 % les plus riches captent quant à eux la plus grande partie des revenus non salariaux, c’est-à-dire les revenus tirés du patrimoine.
L’idée que les dépenses des plus riches (“retombées”) stimuleraient la consommation et profiteraient à l’ensemble de la population s’avère désormais illusoire. Les dépenses des 10 % les plus aisés représentent certes environ la moitié de la consommation totale, mais elles ne suffisent plus à compenser le recul de la consommation des ménages les plus modestes, confrontés à la hausse des prix et à un marché du travail fragilisé.
À ce stade, la situation pourrait s’aggraver. Certains experts craignent que la Fed ne tente de relancer le ZIRP pour contrer un affaiblissement de l’économie, mais cette stratégie pourrait se révéler contre-productive. L’environnement économique actuel est en effet très différent de celui des années 2008-2020.
Plusieurs facteurs expliquent ce changement de contexte. La Chine, qui fournissait autrefois une pression déflationniste sur l’économie mondiale, ne joue plus ce rôle. Les risques géopolitiques et économiques croissants font grimper les coûts dans tous les secteurs. Et surtout, l’inégalité des revenus a atteint des niveaux tels qu’elle menace la stabilité sociale.
De plus, les bulles spéculatives, comme celle qui a précédé la crise de 2008, deviennent de plus en plus importantes et corrosives à chaque cycle. Il n’est pas certain que de nouvelles mesures de relance monétaire suffisent à regonfler les actifs après l’éclatement d’une bulle, notamment dans un contexte de montée en puissance de l’intelligence artificielle.
Les limites de l’endettement pour stimuler la consommation sont également de plus en plus évidentes. La dette totale a atteint des niveaux record, tandis que la vitesse de circulation de la monnaie – un indicateur de l’activité économique – est en baisse depuis des décennies. En d’autres termes, injecter toujours plus de liquidités dans l’économie ne garantit plus une croissance durable.
Selon certains analystes, nous entrons dans une nouvelle forme de féodalisme, où une minorité de privilégiés concentre la richesse et le pouvoir, tandis que la majorité de la population se contente de travailler et de louer. Une situation qui pourrait bien annoncer l’ère du ZAP (Zero Adaptive Policy) – une politique monétaire inefficace, voire contre-productive, face aux défis actuels.
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