L’accès à la Corée se complique pour les voyageurs étrangers, confrontés à un système de déclaration sanitaire en ligne qui privilégie l’utilisation de Naver, un portail internet très populaire en Corée mais méconnu à l’étranger. Ce nouveau dispositif, censé simplifier les contrôles aux frontières, suscite confusion et inquiétudes quant à la protection des données personnelles.
Depuis le 15 décembre dernier, l’Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies (KDCA) a mis en place le système Q-Code, en partenariat avec Naver, pour pré-enregistrer les informations de quarantaine. Or, la page d’accueil du service, accessible via smartphone, redirige systématiquement les utilisateurs vers la création d’un compte Naver et l’obtention d’un certificat numérique, même pour ceux qui souhaitent simplement remplir le formulaire de déclaration sanitaire.
« Naver n’est-il pas une plateforme utilisée essentiellement par les Coréens ? C’est un système très peu convivial pour les touristes étrangers », déplore A, dirigeant d’une agence de voyages spécialisée dans le tourisme en Corée. Il s’inquiète également des difficultés que ce système pourrait engendrer pour les personnes moins à l’aise avec les outils numériques, notamment les personnes âgées.
Le problème s’est manifesté dès l’arrivée des passagers à l’aéroport international d’Incheon le 8. De nombreux voyageurs étrangers, désorientés par l’interface, ont dû remplir manuellement les questionnaires de santé, sous la supervision du personnel de quarantaine. Un témoignage, celui de M. S., un Américain d’origine coréenne, illustre cette situation : « Je ne comprends pas pourquoi je dois fournir mes informations personnelles à une entreprise privée lorsque j’entre en Corée. » Il s’interroge sur l’intérêt pour Naver de collecter des données sanitaires et d’immigration, estimant que cela pourrait lui permettre d’accroître sa base d’utilisateurs.
L’obligation implicite de passer par Naver interroge également sur la protection des données personnelles, d’autant plus après les récentes cyberattaques ayant visé de grandes entreprises de télécommunications coréennes. Alors que des plateformes d’authentification alternatives, telles que Kakao ou des comptes bancaires, sont proposées sur d’autres sites gouvernementaux comme « Government 24 », le site de la KDCA ne propose que Naver.
L’Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies se défend en affirmant qu’il est toujours possible de remplir le formulaire de déclaration sanitaire sans passer par Naver, mais reconnaît les lacunes de la conception de la page d’accueil. Elle assure également que les informations personnelles sont protégées par un accord de confidentialité et que Naver n’a accès qu’aux symptômes déclarés, et non à des données de santé plus sensibles.
Actuellement, 21 pays sont classés comme « zones de gestion prioritaires » par la KDCA, en raison du risque d’infections liées à la grippe animale, au syndrome respiratoire du Moyen-Orient et autres maladies. Les voyageurs en provenance de ces pays, dont les États-Unis (Californie, Washington, Nouveau-Mexique), le Vietnam (Hô-Chi-Minh-Ville, Dong Nai, Tay Ninh), la Chine (Guangdong, Sichuan, etc.), l’Inde, le Moyen-Orient et l’Afrique, doivent obligatoirement présenter un code Q ou un questionnaire de santé pour entrer en Corée.
La KDCA a annoncé son intention d’améliorer l’ergonomie de la page d’accueil de Q-Code et de clarifier les instructions pour les voyageurs.
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