La balle fendue, une offrande longtemps négligée, est devenue l’arme secrète de cette Série mondiale 2025. Vendredi, lors du sixième match à Toronto, deux lanceurs d’élite, Yoshinobu Yamamoto des Dodgers de Los Angeles et Kevin Gausman des Blue Jays de Toronto, miseront massivement sur cette balle pour tenter de sceller le sort de la saison.
La balle fendue, ou split-finger fastball, a connu une résurgence spectaculaire ces dernières années. Longtemps considérée comme un pitch dangereux pour les coudes, elle est désormais plébiscitée par les lanceurs, notamment grâce à l’influence du baseball japonais où elle est un élément de base de l’arsenal de presque tous les lanceurs.
« Si vous pouvez la placer près de la zone de strike, c’est le meilleur pitch du jeu », affirme Clayton Kershaw, lanceur expérimenté.
Cette postseason, 32 lanceurs, soit près d’un quart des lanceurs en séries éliminatoires, ont utilisé la balle fendue. En octobre dernier, elle représentait 6,8 % de tous les lancers, un chiffre sans précédent depuis le début du suivi statistique des lancers en 2008. Gausman l’utilise dans 41,4 % de ses lancers en séries éliminatoires, tandis que Yamamoto la lance dans 24,7 % des cas. Le jeune lanceur des Blue Jays, Trey Yesavage, a d’ailleurs dominé les Dodgers avec cette balle lors du cinquième match.
La balle fendue est une évolution de la forkball, apparue dans les années 1910. Elle offre plus de souplesse aux lanceurs, contrairement à la forkball qui exige une prise très précise entre l’index et le majeur. Il suffit de placer la balle entre deux doigts, de la soutenir avec le pouce, de la lancer avec la vitesse d’une balle rapide et de laisser la prise faire le travail.
L’histoire de la balle fendue est jalonnée de succès : Bruce Sutter l’a utilisée pour atteindre le Temple de la renommée, Mike Scott a remporté un Cy Young avec, et Roger Clemens, Curt Schilling et John Smoltz ont prolongé leurs carrières grâce à elle. Dans les années 2000, elle a pourtant été pointée du doigt comme responsable des blessures aux coudes, ce qui a découragé de nombreux lanceurs.
L’arrivée de Masahiro Tanaka aux Yankees de New York en 2014 a marqué un tournant. Les nouvelles technologies, comme les caméras à haute vitesse et le système TrackMan, ont permis aux lanceurs de mieux comprendre et maîtriser cette balle. « Il y a 5, 10, 15 ans, un lanceur pouvait travailler un pitch toute l’année avant de découvrir s’il était efficace », explique Pete Walker, entraîneur des lanceurs des Blue Jays. « Aujourd’hui, nous pouvons prendre des décisions plus rapidement et avec plus de certitude. »
Les statistiques de cette postseason confirment l’efficacité de la balle fendue : les frappeurs ne présentent que des moyennes de .154 au bâton, .206 en pourcentage de présence sur les buts et .250 en moyenne de puissance contre cette balle, les chiffres les plus bas pour tout type de lancer. Les Dodgers n’ont frappé qu’une seule fois en 22 tentatives contre la balle fendue, avec 14 retraits sur prises.
« C’est l’un des rares pitches où je crois qu’un frappeur peut savoir qu’il arrive et ne pas pouvoir le frapper », confie Kevin Gausman. « J’ai toujours pensé que le changement de vitesse était le meilleur pitch du jeu, car il ressemble à une balle rapide. Tout ce qui ressemble à une balle rapide mais ne l’est pas est vraiment bon. »
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