Publié le 3 janvier 2024 à 10h00. Il y a six ans, l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani par une frappe américaine en Irak a marqué un tournant dans les dynamiques régionales, soulevant des questions sur la pérennité de l’« axe de la résistance » et l’influence de Téhéran dans la région.
- L’assassinat de Qassem Soleimani, en 2020, a constitué un moment de bascule pour l’axe de la résistance, testant sa capacité à survivre à la perte de son principal coordinateur.
- Si l’élimination de Soleimani visait à déstabiliser l’axe de la résistance, les experts estiment qu’elle a paradoxalement conduit à une décentralisation de son leadership et à une adaptation de ses priorités.
- La complexité régionale accrue, marquée par des sanctions, des conflits et des crises internes, a remodelé le paysage dans lequel l’axe de la résistance évolue.
Le 3 janvier 2020, le général iranien Qassem Soleimani, figure clé de la Force Qods, a été tué dans une frappe américaine près de l’aéroport de Bagdad, en Irak. Cet événement a provoqué une onde de choc dans la région et au-delà, suscitant des inquiétudes quant à une escalade des tensions entre les États-Unis et l’Iran.
Soleimani était considéré comme l’architecte de la stratégie régionale iranienne, tissant des liens entre Téhéran et divers acteurs non étatiques dans des pays tels que l’Irak, la Syrie, le Liban, la Palestine et le Yémen. Son assassinat a soulevé la question de savoir si l’axe de la résistance, un réseau d’alliances et de groupes partageant une opposition commune à Israël et à l’influence américaine, pouvait perdurer sans son leadership centralisé.
Ali Khamenei, guide suprême de l’Iran, a nommé Ismail Qaani comme nouveau commandant de la Force Qods, assurant que le programme de travail du corps resterait inchangé. Cependant, les années suivantes ont révélé une évolution dans le style de leadership, caractérisée par une moindre visibilité du commandant et un recours accru aux canaux institutionnels et aux dirigeants locaux.
Selon le professeur de relations internationales Hadi Mohammadi, l’histoire de l’axe de la résistance a connu deux tournants majeurs : la révolution islamique en Iran, qui a permis la formation et l’organisation de groupes de résistance, et l’assassinat de Qassem Soleimani. La révolution islamique iranienne a jeté les bases de ce mouvement.
Mohammadi a déclaré à Al Jazeera Net que Soleimani, grâce à sa connaissance approfondie de la région et de ses acteurs, avait réussi à créer un vaste réseau de forces de résistance, devenant une figure incontournable et un instrument puissant pour l’Iran.
L’assassinat de Soleimani a coïncidé avec une période de tensions régionales accrues, marquée par l’intensification des sanctions américaines contre l’Iran, les frappes israéliennes en Syrie, les crises internes dans plusieurs pays de l’axe de la résistance, les changements dans le déploiement militaire américain et, plus récemment, la guerre à Gaza.
Le politologue Mehdi Shakibai estime que l’objectif principal de l’assassinat de Soleimani était de provoquer une rupture dans la direction et la cohésion de l’axe de la résistance. Il souligne que Soleimani jouait un rôle crucial de lien entre les différents partis de la résistance, combinant légitimité morale, expérience de terrain et compréhension géopolitique. Cependant, il juge que l’évaluation américaine était erronée en supposant que son absence entraînerait la désintégration de l’axe.
Shakibai observe que l’axe de la résistance est passé d’un modèle de commandement centralisé à un style de leadership décentralisé mais coordonné, avec une prise de décision plus locale. Ce changement a initialement entraîné un ralentissement de la coordination, mais a à long terme renforcé la capacité de résistance de l’axe, car l’élimination d’une seule personne ne suffit plus à perturber l’ensemble du réseau.
Il note également un changement de priorités après 2020, avec un accent accru sur la dissuasion active contre Israël et l’usure à long terme du système de sécurité américain dans la région. La centralisation de la question palestinienne, le développement des capacités de missiles et de drones, et l’interconnexion des différents fronts témoignent de cette évolution.
Shakibai conclut que les États-Unis, en éliminant Soleimani, ont certes supprimé une figure importante, mais ont contribué à activer une dynamique et une logique qui opèrent désormais au sein d’un réseau local à plusieurs niveaux, capable d’autonomie et d’une influence accrue dans la région.


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