Publié le 2024-11-16 10:30:00. La pression sociale pour atteindre un bonheur constant alimente une épidémie de diagnostics de dépression et d’anxiété, tandis qu’un psychiatre remet en question la surprescription d’antidépresseurs.
- Un psychiatre estime que 90 % des antidépresseurs prescrits actuellement sont inutiles.
- La société moderne semble intolérante à la tristesse et au chagrin, abaissant le seuil de ce qui est considéré comme une maladie mentale.
- Les médicaments psychotropes, bien que pouvant sauver des vies, présentent des risques de dépendance et d’effets rebond.
De plus en plus d’experts estiment que le bonheur est devenu une véritable injonction sociale, une performance à atteindre plutôt qu’un état à vivre. Cette quête effrénée du bien-être, associée à des normes élevées, conduit un nombre croissant de personnes à sombrer dans la dépression et l’anxiété, des troubles de plus en plus répandus.
Face à cette situation, de nombreux patients se tournent vers les antidépresseurs. La clinique Mayo, aux États-Unis, explique que ces médicaments agissent sur les neurotransmetteurs du cerveau, notamment la sérotonine, la noradrénaline et la dopamine, considérés comme impliqués dans la régulation de l’humeur. Cependant, ces traitements ne sont pas sans inconvénients. Ils peuvent engendrer une dépendance et, en cas d’arrêt brutal, provoquer un « effet rebond », aggravant parfois les symptômes initiaux.
Le psychiatre et psychothérapeute José Luis Marín, connu pour son approche de la Psychothérapie Brève, va plus loin dans sa critique. Il affirme que « 90 % des antidépresseurs actuellement consommés sont inutiles ». Selon lui, nous assistons à une véritable « épidémie de diagnostics de dépression », plus qu’à une épidémie de la maladie elle-même. Pour le Dr. Marín, la souffrance humaine – qu’il s’agisse de tristesse, de chagrin ou de frustration – est devenue inacceptable, et la barre pour définir une pathologie a été abaissée.
Il dénonce une tendance de la psychiatrie contemporaine à médicaliser des émotions normales, transformant ainsi des états émotionnels naturels en troubles mentaux et favorisant une consommation massive de médicaments psychotropes. « Les psychotropes sauvent des vies, certes, mais ils tuent aussi », prévient-il, soulignant que le véritable problème réside dans l’arrêt de ces traitements.
Le Dr. Marín critique également l’utilisation excessive d’étiquettes diagnostiques, telles que la dépression ou l’anxiété, qu’il juge descriptives mais incapables d’expliquer les causes profondes de la souffrance. Ces classifications, élaborées dans les années 1980 par l’American Psychiatric Association, avaient pour objectif de standardiser le langage médical, mais n’ont pas permis de mieux comprendre la complexité de l’expérience humaine.
Pour un traitement optimal, le Dr. Marín préconise une combinaison de psychothérapie et d’une utilisation temporaire de médicaments psychotropes. « Le médicament peut aider, mais il ne guérit rien. C’est une ressource, pas un traitement », insiste-t-il. Il estime que la majorité des personnes qui prennent aujourd’hui des antidépresseurs n’en ont pas réellement besoin, et que leur état pourrait s’améliorer grâce à de brèves interventions psychothérapeutiques.
Il nuance toutefois l’efficacité de la psychothérapie elle-même, reconnaissant que « six personnes sur dix qui suivent une psychothérapie ne s’améliorent pas et une personne sur dix s’aggrave même ».
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