Publié le 28 septembre 2025 à 20h04. Les électeurs du Tessin ont accepté deux initiatives populaires visant à limiter la flambée des primes d’assurance maladie, une décision qui pourrait coûter cher au canton et relancer le débat sur le financement de la santé en Suisse.
- Les primes d’assurance maladie au Tessin augmentent d’environ 10 % par an, atteignant une moyenne de 583 CHF par mois.
- Deux initiatives cantonales ont été approuvées : une plafonnant les primes à 10 % des revenus disponibles et l’autre prévoyant des déductions fiscales plus importantes.
- Le canton devra faire face à des coûts supplémentaires annuels estimés à 400 millions de CHF.
La décision prise par les votants tessinois intervient dans un contexte de forte préoccupation concernant le coût de l’assurance maladie en Suisse. Le Tessin, où les salaires sont relativement bas, est particulièrement touché par cette hausse des primes. Genève connaît une situation similaire, mais bénéficie de revenus plus élevés. Récemment, les primes ont augmenté d’environ 10 % par an dans le canton du Tessin, et une hausse de 7,1 % est prévue pour 2026, un chiffre supérieur à celui de tous les autres cantons.
Les deux initiatives populaires adoptées visent à alléger le fardeau financier des ménages. La première, portée par le Parti socialiste (PS), impose un plafond de 10 % des revenus disponibles pour les primes d’assurance maladie. La seconde, issue de la Lega dei Ticinesi, prévoit des déductions fiscales plus importantes. L’initiative du PS a obtenu 57 % de voix favorables, tandis que celle de la Lega a recueilli 61 % des suffrages.
Un signal pour la Suisse ?
Au niveau national, une initiative similaire du PS visant à plafonner les primes a été rejetée par les électeurs suisses en 2024. Cependant, le vote favorable au Tessin pourrait relancer le débat. La conseillère nationale zurichoise Manuela Weichelt (Les Verts), qui avait soutenu l’initiative nationale, se réjouit de ce résultat. Elle rappelle que, lors de l’introduction de la loi sur l’assurance maladie à la fin des années 1990, il avait été promis que les primes ne dépasseraient pas 10 % des revenus des ménages. « Mais les cantons n’ont jamais mis cela en œuvre », déplore-t-elle.

« Partout où les primes deviennent insupportables pour la population, de telles initiatives auront des chances de succès » : la conseillère nationale verte Manuela Weichelt.
Gaetan Bally (Keystone)
Manuela Weichelt plaide pour des primes d’assurance maladie dépendantes des revenus. Le PS prévoit de lancer une initiative populaire dans ce sens en 2026, et le groupe vert a récemment déposé une initiative parlementaire sur la même question. En attendant une réforme plus profonde du système, le plafonnement à 10 % pourrait constituer une solution transitoire.
« Je m’attends à ce que d’autres cantons confrontés à une forte pression sur les primes suivent l’exemple du Tessin », estime Manuela Weichelt. « Partout où les primes deviennent insupportables pour la population, de telles initiatives auront des chances de succès. » Genève et Vaud ont déjà mis en place des mécanismes de limitation des primes. Neuchâtel, Jura et les deux Bâles connaissent également des primes élevées.
Des conséquences financières importantes pour le Tessin
L’adoption des deux initiatives populaires aura des conséquences financières importantes pour le canton du Tessin. Le Conseil d’État estime que les coûts supplémentaires s’élèveront à environ 400 millions de CHF par an. L’initiative de plafonnement des primes entraînera des dépenses supplémentaires de 300 millions de CHF, tandis que l’initiative fiscale coûtera 100 millions de CHF.
Ces initiatives ne sont pas le seul défi financier auquel est confronté le Tessin. Le canton prévoyait déjà un déficit de 96 millions de CHF pour 2025, et l’abolition de la valeur locative propre, approuvée dimanche, entraînera une perte de revenus de 100 millions de CHF. Au total, le Tessin devra faire face à des dépenses supplémentaires de 500 millions de CHF, ce qui représente une diminution de 15 % de son budget annuel de quatre milliards de CHF.
Un vote de protestation au détriment des ménages ?
La conseillère nationale tessinoise Simone Gianini (PLR) estime qu’il incombe désormais à la politique cantonale de mettre en œuvre les initiatives sans alourdir la charge fiscale. Elle considère ce vote comme un « vote de protestation » qui ne bénéficiera pas nécessairement aux ménages. Si les initiatives sont financées par des augmentations d’impôts, ceux qui bénéficient d’une réduction de prime pourraient se retrouver à payer davantage d’impôts, annulant ainsi les avantages de la mesure.

« Ce fut un vote de protestation et pas nécessairement pour l’avantage des payeurs des primes » : la conseillère nationale du FDP, Simone Gianini.
Gaetan Bally (Keystone)
Simone Gianini souligne également que le Tessin doit impérativement maîtriser ses coûts de santé, par exemple en renégociant les tarifs avec les prestataires de soins. « Ce qui s’est passé au Tessin ce week-end est un signal pour le reste de la Suisse », conclut-elle. « Cela montre ce qui se passe lorsque l’on laisse le système s’effondrer sans contrôle. »
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