La Bourse chinoise connaît un essor inattendu cette année, porté par l’engouement pour l’intelligence artificielle, les efforts d’autonomie technologique et les mesures de soutien de Pékin. Toutefois, cette progression rapide suscite des inquiétudes quant à la formation d’une bulle spéculative, alors que les investisseurs particuliers dominent les échanges.
L’indice CSI 300, qui regroupe les principales entreprises cotées à Shanghai et Shenzhen, a grimpé d’environ 16 % depuis le début de l’année et affiche son plus haut niveau depuis plus de trois ans. L’indice des technologies de l’information du CSI 300 a même atteint un sommet depuis 2015 la semaine dernière.
Selon Raymond Cheng, directeur des investissements pour l’Asie du Nord chez Standard Chartered,
« le rallye actuel des actions chinoises semble déconnecté des fondamentaux économiques ». Il souligne que « les investisseurs particuliers ont joué un rôle clé en transférant une partie de leurs dépôts bancaires vers les marchés boursiers ». En effet, les investisseurs individuels représentent environ 90 % des transactions sur les marchés boursiers chinois, un contraste frappant avec les places financières internationales comme New York, où ils ne représentent que 20 à 25 % du volume des échanges.
Les économies des ménages chinois atteignent un niveau record de plus de 160 000 milliards de yuans (22 000 milliards de dollars), mais seulement 5 % de ces sommes sont investies en actions. Les analystes de CNBC estiment qu’il existe donc une marge de progression pour la participation des investisseurs particuliers, notamment en raison de la baisse des taux d’intérêt et du manque d’attrait des biens immobiliers.
Hao Hong, associé directeur et directeur des investissements chez Lotus Asset Management, nuance toutefois cette situation :
« Les fondamentaux ne soutiennent pas pleinement cette dynamique, mais les marchés précèdent souvent les fondamentaux ». Il reconnaît qu’il y a peu de signes de surchauffe générale, mais que certains secteurs sont
« un peu trop chauds ». Il ajoute que
« ce n’est pas encore une bulle, mais ça y ressemble ». Il met en garde contre les risques liés aux entreprises de recherche sous contrat (CRO) et aux valeurs technologiques.
Selon Goldman Sachs, plus de 3 000 milliards de dollars de capitalisation boursière ont été ajoutés aux actions chinoises et hongkongaises. Cependant, les données économiques chinoises ne confirment pas un rebond solide et durable. Nomura Financial Holdings a mis en garde le mois dernier contre un effet de levier excessif et des
« bulles » potentielles, malgré un ralentissement économique visible au second semestre.
La production industrielle a augmenté de 5,2 % le mois dernier, un ralentissement par rapport à la croissance de 5,7 % en juillet, et son rythme le plus faible depuis août 2024. Chaoping Zhu, stratège du marché mondial chez JP Morgan Asset Management, explique que
« jusqu’à présent, nous n’avons pas vu de signes de redressement des fondamentaux macroéconomiques, bien que l’élan actuel puisse être soutenu par des attentes d’amélioration structurelle de l’économie ».
Des secteurs comme l’IA, les semi-conducteurs et les énergies renouvelables montrent des signes de stabilisation. Les mesures prises par Pékin pour limiter les guerres de prix pourraient également améliorer la rentabilité des entreprises. Le fabricant de puces chinois Cambricon a ainsi enregistré des bénéfices record au premier semestre, en hausse de plus de 4 000 % sur un an, atteignant 2,88 milliards de yuans (402,7 millions de dollars). Cela témoigne de la dynamique croissante des entreprises nationales de semi-conducteurs, soutenues par la politique de Pékin visant à renforcer ce secteur stratégique.
Néanmoins, Chaoping Zhu estime que les valorisations technologiques pourraient être
« gonflées par des attentes très optimistes », rendant le marché vulnérable à un repli avant que les gains ne se concrétisent.
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