Publié le 29 septembre 2025 à 04h09. TotalEnergies est sous pression pour démontrer sa capacité à financer sa transition énergétique tout en maintenant des rendements attractifs pour les investisseurs, alors que son endettement et la performance de ses actions la distancent de ses concurrents.
- TotalEnergies a réduit son programme de rachat d’actions, signalant des difficultés financières potentielles.
- Le PDG, Patrick Pouyanné, doit répondre à des questions difficiles des investisseurs concernant la stratégie de l’entreprise et sa rentabilité.
- L’instabilité politique en France ajoute une couche de complexité aux défis de TotalEnergies.
TotalEnergies fait face à un examen minutieux de la part des investisseurs, qui s’interrogent sur sa capacité à mener à bien sa transition vers une énergie à faible teneur en carbone tout en maintenant des performances financières solides. L’entreprise a annoncé mercredi une réduction de son programme de rachat d’actions trimestrielles, le ramenant à 1,5 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d’euros) contre 2 milliards de dollars (environ 1,9 milliard d’euros) précédemment, et a averti qu’il pourrait encore diminuer de 750 millions de dollars (environ 700 millions d’euros) l’année prochaine.
Lundi, Patrick Pouyanné rencontrera les investisseurs et les analystes à New York pour tenter de dissiper leurs inquiétudes. Au cœur des préoccupations figurent la sous-performance des actions de TotalEnergies par rapport à ses pairs et à l’indice CAC 40, ainsi que l’augmentation de son endettement. Certains investisseurs se demandent même si un recentrage sur le pétrole et le gaz, à l’instar de BP PLC, ne serait pas nécessaire.
Le PDG, âgé de 62 ans, a massivement investi dans des projets d’énergies renouvelables, notamment l’éolien en mer, le solaire et les batteries, mais ces investissements n’ont pas encore généré de rendements significatifs. Si cette stratégie séduit certains investisseurs européens, d’autres remettent en question sa rentabilité par rapport aux activités traditionnelles d’hydrocarbures.
« Il y a eu une certaine déception concernant les flux de trésorerie au premier semestre, et par conséquent, concernant des indicateurs tels que la dette nette », a déclaré Pierre Alexis Dumont, directeur des investissements chez Sycomore Asset Management à Paris.
Les investisseurs attendent également des éclaircissements sur le calendrier des projets pétroliers et gaziers qui alimenteront les flux de trésorerie dans les années à venir, ainsi que sur les progrès réalisés en matière de cessions d’actifs et de prises de participation minoritaires (jusqu’à 50 %) dans des projets d’énergies renouvelables.
La réduction des rachats d’actions vise à aider TotalEnergies à faire face à une dette nette qui a doublé pour atteindre 26 milliards de dollars (environ 24 milliards d’euros) au cours des 12 mois se terminant en juin. L’entreprise doit également composer avec des perspectives difficiles pour le marché pétrolier, l’Agence internationale de l’énergie prévoyant un surplus d’offre record l’année prochaine. Un excédent de gaz naturel liquéfié (GNL) se profile également dans les années à venir, en raison des nouvelles installations d’exportation construites par TotalEnergies et ses concurrents aux États-Unis, au Qatar et ailleurs.
« Sans une communication claire sur la rentabilité ou la discipline en matière de capital, sa diversification ne rassure plus les investisseurs, mais les rend plutôt nerveux », a souligné Isabelle Zhang, analyste chez Alphavalue, dans une note. « Sans monétisation claire des investissements à faible teneur en carbone ou une reprise des marges dans le GNL et en aval, les capitaux propres pourraient être valorisés non pas comme une « prime verte », mais comme une décote de conglomérat. »
Pour réduire son endettement, Patrick Pouyanné a annoncé en juillet que TotalEnergies pourrait céder 3,5 milliards de dollars (environ 3,2 milliards d’euros) d’actifs d’ici la fin de l’année, notamment en vendant des participations dans des projets solaires et éoliens à différents stades de développement. Cette stratégie vise à améliorer le rendement de l’entreprise sur ses investissements verts, alors que ses concurrents européens, BP Plc et Shell plc, ont également intensifié leurs efforts dans les énergies renouvelables. Plus d’informations sur les enchères éoliennes offshore françaises.
L’action TotalEnergies est sous pression depuis plusieurs mois. Depuis avril 2024, après l’annonce de son intention de coter ses American Depositary Receipts (ADR) à New York sous forme d’actions ordinaires pour attirer les investisseurs américains, elle a sous-performé ses concurrents. L’action de la société française a chuté d’environ 15 % en termes de dollars, en raison de problèmes dans certaines de ses raffineries, de la faiblesse des marchés pétrochimiques européens et de la baisse des bénéfices commerciaux dans les hydrocarbures. Le CAC 40 a légèrement diminué tandis que l’indice STOXX Europe 600 a progressé dans le même temps. TotalEnergies a refusé de commenter les performances relatives de l’entreprise.
La baisse de l’action TotalEnergies coïncide également avec une période de troubles politiques en France. Deux mois après l’annonce de la cotation des ADR de TotalEnergies l’année dernière, le président Emmanuel Macron a dissous le Parlement et a convoqué des élections législatives anticipées, inaugurant une période d’instabilité qui a fait grimper les coûts d’emprunt du gouvernement et a empêché le CAC 40 de participer à la hausse générale des actions européennes tirées par les secteurs de la défense et de la banque.
« La demande se porte sur les indices mondiaux ou américains, et non sur les indices français », a déclaré Vincent Mortier, directeur des investissements chez Amundi, soulignant que l’augmentation de l’investissement passif via les ETF constitue un problème majeur pour les plus grandes actions françaises. « Nous sommes dans une phase où ils achètent le STOXX 600 mais pas le CAC. »
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