La Corée du Sud a franchi une étape décisive en légalisant le tatouage artistique après plus de trois décennies d’interdiction, une décision qui pourrait ouvrir la voie à une reconnaissance accrue de cette pratique à travers le monde. Cette évolution intervient alors que des études récentes mettent en lumière des préoccupations croissantes concernant la sécurité des encres utilisées et un lien potentiel avec certains types de cancers.
Après 33 ans de zone grise légale, l’Assemblée nationale sud-coréenne a adopté une loi historique, l’Acte de tatouage, autorisant pour la première fois les tatoueurs non médecins à exercer légalement. Cette mesure, approuvée à une large majorité, met fin à une situation où des milliers d’artistes opéraient sans protection juridique malgré la popularité grandissante du tatouage. Une décision de la Cour suprême datant de 1992 avait alors classé le tatouage comme une procédure médicale réservée aux médecins agréés.
Le nouveau cadre réglementaire prévoit que les tatoueurs doivent désormais passer un examen national et obtenir une licence, en justifiant d’une formation en hygiène, en tenue de dossiers et en consentement éclairé des mineurs. Le maquillage semi-permanent est également inclus dans cette nouvelle définition des actes de tatouage, tandis que le retrait des tatouages restera du domaine de compétence des professionnels de la santé.
Les législateurs justifient cette mesure par la nécessité de protéger la santé publique tout en légitimant une profession en plein essor. Les acteurs du secteur saluent cette avancée comme un moment historique qui pourrait propulser la culture du tatouage sud-coréenne sur la scène internationale. La loi entrera en vigueur après une période de préparation de deux ans, permettant une transition progressive pour les praticiens existants. Le ministère de la Santé et du Bien-être a par ailleurs précisé que les médecins, les praticiens de médecine orientale et les dentistes pourraient toujours être autorisés à effectuer des tatouages sans licence, dans le cadre de futures ordonnances.
Au-delà de la légalisation, la stigmatisation du tatouage persiste dans de nombreux domaines, notamment sur le lieu de travail. Des études montrent que les personnes tatouées peuvent être confrontées à des préjugés lors des processus de recrutement et d’évolution de carrière, certains employeurs les considérant comme moins professionnels ou dignes de confiance. Dans le secteur de la santé, une période d’attente de trois mois est imposée aux donneurs de sang tatoués, par mesure de précaution, afin de détecter d’éventuelles infections transmises par le sang lors du processus de tatouage, telles que l’hépatite B, l’hépatite C ou le VIH.
La sécurité des encres de tatouage est également au cœur des préoccupations. Une récente étude américaine a révélé une contamination bactérienne dans environ 35 % des encres de tatouage et de maquillage permanent commercialisées aux États-Unis. Publiée dans la revue Applied and Environmental Microbiology, cette recherche a identifié la présence de bactéries aérobies et anaérobies, même dans des flacons scellés. Seong-jae « Peter » Kim, microbiologiste à la Food and Drug Administration américaine, souligne que ces encres contaminées pourraient être une source d’infection une fois injectées dans la peau.
Face à ces risques, des réglementations sont en cours d’élaboration. Dans l’État indien du Karnataka, le ministre de la Santé, Dinesh Gundu Rao, a annoncé son intention de réglementer les salons de tatouage après que des tests ont révélé la présence de 22 types de métaux dans des échantillons d’encre. Le gouvernement envisage également de classer les encres de tatouage comme des produits cosmétiques afin d’assurer une surveillance plus stricte.
Parallèlement, des études récentes soulèvent des questions sur un lien potentiel entre le tatouage et le risque de cancer. Une étude danoise, menée auprès de plus de 5 900 jumeaux, a constaté que les personnes tatouées étaient plus susceptibles de développer des cancers de la peau et des lymphomes. Les chercheurs expliquent que l’encre de tatouage peut migrer vers les ganglions lymphatiques, déclenchant une inflammation chronique qui pourrait favoriser la croissance cellulaire anormale.
Une étude suédoise distincte a corroboré ces résultats, tandis qu’une autre étude américaine, menée par l’Université de l’Utah, a révélé une association inattendue : les personnes ayant subi plusieurs séances de tatouage pourraient présenter un risque plus faible de mélanome. Les chercheurs suggèrent que cela pourrait être lié à de plus grandes pratiques de protection solaire chez les personnes tatouées ou à un effet de barrière physique de l’encre contre les rayons ultraviolets. Cependant, ils insistent sur la nécessité de poursuivre les recherches pour mieux comprendre les effets à long terme du tatouage sur la santé.
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