Publié le 26 octobre 2023 14:35:00. Un ancien soldat britannique est jugé à Derry pour les meurtres de deux hommes et les tentatives d’assassinat de plusieurs autres lors du “Bloody Sunday” de 1972, un événement tragique de l’histoire nord-irlandaise. Un témoin clé, blessé ce jour-là, a livré un témoignage poignant devant le tribunal.
- Joseph Mahon, témoin de l’incident, a identifié le soldat accusé sur des images d’archives.
- Le soldat F est accusé des meurtres de James Wray et William McKinney, ainsi que de cinq tentatives d’homicide, dont celle de M. Mahon.
- La défense a souligné des divergences dans les déclarations de M. Mahon au fil des ans.
Joseph Mahon avait 16 ans le 30 janvier 1972, lorsque des soldats britanniques ont ouvert le feu sur des manifestants pacifiques à Derry, faisant 14 morts et de nombreux blessés. M. Mahon a raconté au tribunal comment il s’était réfugié dans le Glenfada Park North, un espace qu’il considérait comme une “zone sûre” où l’armée n’était jamais entrée. Il a décrit une atmosphère de peur, exacerbée par des tensions récentes avec les parachutistes sur la plage de Magilligan.
Selon son témoignage, alors qu’une foule d’une trentaine à quarante personnes s’était rassemblée dans le parc, des soldats ont soudainement fait irruption. M. Mahon a décrit un soldat tirant “de la hanche”, balayant la zone de ses tirs “comme un éventail”, sans toutefois s’agir d’une rafale automatique. Il a été touché par une balle, pensant initialement avoir été frappé par un projectile en caoutchouc.
M. Mahon a décrit une scène chaotique et terrifiante. Il se trouvait près de William McKinney et James Wray, deux hommes qui ont succombé à leurs blessures. Il a entendu M. McKinney murmurer :
« Je suis touché, mon fils, je suis touché. »
William McKinney
Il a ensuite vu le soldat qui l’avait blessé traverser la cour, passer devant lui et M. McKinney, et tirer deux coups de feu supplémentaires sur M. Wray, qui avait été touché et s’était effondré au sol.
M. Mahon a également rapporté avoir vu le soldat se retirer, puis enlever son casque et s’éponger le front avec sa main. Il a décrit le soldat comme ayant des cheveux blonds courts et portant une veste différente de celle des autres soldats, une veste qu’il a particulièrement remarquée. À ce moment-là, il aurait entendu le soldat déclarer :
« J’en ai encore un. »
Soldat F (témoignage de M. Mahon)
Craignant pour sa vie après avoir vu ce qui était arrivé à James Wray, M. Mahon a détourné la tête lorsque le soldat s’est agenouillé et a pointé son fusil vers lui. Il a entendu des cris de “premiers soins, ne tirez pas” et un coup de feu, mais il n’a pas été touché.
M. Mahon a déclaré qu’il avait fallu un certain temps avant de réaliser qu’il avait été touché par une balle réelle, qui avait pénétré son bassin et remonté dans son corps. Il a subi une blessure grave et potentiellement mortelle, mais a survécu. Il a affirmé avoir reconnu le soldat sur un reportage vidéo diffusé à la télévision.
L’accusation a précisé qu’il n’y avait aucune preuve permettant d’identifier formellement le soldat F. La seule preuve reliant le soldat aux faits est le témoignage de ses anciens collègues. Lors du contre-interrogatoire, la défense a mis en évidence certaines incohérences dans les déclarations de M. Mahon au fil des ans, lui demandant si le temps et les médias n’avaient pas pu brouiller ses souvenirs. M. Mahon a répondu par la négative. L’affaire se poursuit.
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