Les traitements contre les maladies cardiaques sont sur le point de changer. Une étude internationale majeure remet en question l’efficacité des bêta-bloquants, médicaments traditionnellement prescrits après un infarctus, chez les patients dont le cœur conserve une fonction normale.
Les résultats de l’essai clinique « REDUCE-IT » (REduction of Cardiovascular Events with Restarting Treatment) présentés le 30 août lors du congrès de la Société européenne de cardiologie à Madrid, et publiés simultanément dans le New England Journal of Medicine, indiquent que ces médicaments n’apportent aucun bénéfice clinique significatif aux patients ayant subi un infarctus du myocarde sans complications et conservant une fonction cardiaque préservée. L’étude, coordonnée par le Centro Nacional de Investigaciones Cardiovasculares (CNIC) en collaboration avec l’Institut Mario Negri, a suivi 8 505 patients en Espagne et en Italie pendant près de quatre ans.
« Cet essai va redéfinir les recommandations cliniques internationales », a déclaré le Dr Valentin Fuster, directeur général du CNIC et président du Mount Sinai Fuster Heart Hospital. « Il s’inscrit dans la lignée d’autres études marquantes menées par le CNIC et Mount Sinai qui ont déjà transformé les approches mondiales en matière de maladies cardiovasculaires. »
L’étude a révélé une différence notable selon le sexe : chez les femmes traitées par bêta-bloquants, on a observé un risque accru de décès, de crise cardiaque ou d’hospitalisation pour insuffisance cardiaque par rapport à celles qui n’en ont pas reçu. Ce risque n’a pas été constaté chez les hommes.
Une analyse plus approfondie a montré que les femmes traitées par bêta-bloquants présentaient un risque de mortalité absolu supérieur de 2,7 % sur une période de suivi de 3,7 ans, mais uniquement celles dont la fonction cardiaque était pleinement préservée après l’infarctus (fraction d’éjection ventriculaire gauche de 50 % ou plus). Les femmes présentant une légère diminution de la fonction cardiaque n’ont pas présenté de risque accru.
« Après un infarctus, les patients reçoivent souvent plusieurs médicaments, ce qui peut compliquer l’observance du traitement », explique le Dr Borja Ibáñez, directeur scientifique du CNIC et investigateur principal de l’étude. « Les bêta-bloquants ont été intégrés au traitement standard car ils réduisaient considérablement la mortalité à l’époque. Mais leur efficacité réelle dans le contexte des traitements actuels n’était pas clairement établie. »
Les bêta-bloquants, prescrits depuis plus de 40 ans après un infarctus, peuvent entraîner des effets secondaires tels que la fatigue, la bradycardie (ralentissement du rythme cardiaque) et des troubles sexuels. L’essai REDUCE-IT est la plus vaste étude clinique menée à ce jour sur cette question.
« L’essai a été conçu pour optimiser les soins post-infarctus en se basant sur des preuves scientifiques solides et en l’absence de conflits d’intérêts », ajoute le Dr Ibáñez. « Ces résultats permettront de simplifier le traitement, de réduire les effets secondaires et d’améliorer la qualité de vie de milliers de patients chaque année. »
L’étude REDUCE-IT a été menée sans financement de l’industrie pharmaceutique.