Publié le 8 octobre 2025. L’inquiétude croissante concernant la sécurité des antidépresseurs pendant la grossesse pourrait nuire à la santé des femmes, alors que les agences de santé semblent privilégier un risque minimal pour le fœtus au détriment du bien-être de la mère.
- La Food and Drug Administration (FDA) et le ministère de la Santé et des Services sociaux (HHS) suscitent des inquiétudes en remettant en question l’utilisation de médicaments psychotropes bien établis pendant la grossesse.
- Des avertissements récents concernant le paracétamol (acétaminophène) et les antidépresseurs sèment la confusion et la peur chez les femmes enceintes.
- La santé mentale maternelle est une complication majeure de la grossesse et une cause importante de mortalité maternelle aux États-Unis.
Les décisions récentes de la Food and Drug Administration (FDA) et du ministère de la Santé et des Services sociaux (HHS) suscitent de vives critiques de la part des professionnels de la santé mentale. Au cours de l’été dernier, la FDA a organisé une réunion d’experts pour évaluer la sécurité de certains antidépresseurs utilisés pendant la grossesse. Parallèlement, le HHS a exprimé des réserves quant à l’utilisation du paracétamol (acétaminophène) pendant la grossesse, suggérant un possible lien avec l’autisme.
Ces prises de position, selon Catherine Birndorf, psychiatre spécialisée dans la reproduction, créent un climat de peur et de confusion chez les femmes enceintes qui pourraient avoir besoin de ces médicaments. Elle souligne que la santé mentale maternelle est la principale complication associée à l’accouchement et l’une des principales causes de mortalité maternelle aux États-Unis. L’accumulation d’inquiétudes alimentée par le gouvernement fédéral laisse entendre que la souffrance est le seul choix possible : soit une femme enceinte endure la maladie plus longtemps que nécessaire, soit elle est rongée par la culpabilité d’avoir potentiellement mis son fœtus en danger.
Catherine Birndorf, cofondatrice, PDG et directrice médicale du Centre de la Maternité à New York, témoigne d’une évolution significative de la prise en compte de la santé mentale pendant la grossesse. Il y a vingt-cinq ans, la dépression et l’anxiété post-partum étaient rarement évoquées. En tant que jeune médecin, elle a dû se heurter à l’incompréhension de ses collègues obstétriciens, qui considéraient que la maternité était une source de bonheur universel. Elle a alors entrepris de sensibiliser la communauté médicale à l’importance de la santé mentale des mères et des futures mères.
Elle se souvient d’une époque où les médecins ne posaient même pas la question de la dépression ou de l’anxiété post-partum aux nouvelles mères, par crainte d’être perçues comme des parents défaillants. Aujourd’hui, des médicaments sont approuvés par la FDA pour traiter la dépression post-partum et les pédiatres utilisent des outils de dépistage, comme le questionnaire d’Édimbourg, pour évaluer le bien-être émotionnel des nouveaux parents.
Malgré ces progrès, le récent examen des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) – la classe de médicaments la plus étudiée pendant la grossesse – par le panel de la FDA a semé le doute et attisé la peur. Un membre du panel a même suggéré que les taux plus élevés de dépression et d’anxiété chez les femmes seraient simplement dus à une sensibilité émotionnelle accrue, qualifiant ces changements d’état émotionnel de « cadeaux ».
Catherine Birndorf insiste sur le fait qu’il est impératif de ne pas laisser les femmes souffrir inutilement. Elle cite le cas de Mme A., enceinte de jumeaux après plusieurs tentatives de fécondation in vitro (FIV), qui a été submergée par la panique et a envisagé d’interrompre sa grossesse. Elle évoque également le cas de Mme M., une jeune mère souffrant de dépression post-partum, qui craignait les effets secondaires des médicaments sur son bébé allaité.
Dans les deux cas, le traitement par ISRS a permis une amélioration significative de l’état de ces femmes. Les ISRS pris pendant la grossesse peuvent entraîner des effets secondaires temporaires chez le nouveau-né, tels que de l’irritabilité ou de légères difficultés respiratoires, mais ces effets disparaissent généralement en quelques jours et n’ont pas de conséquences à long terme. En comparaison, les risques liés à une dépression ou une anxiété non traitées pendant la grossesse sont bien plus graves, notamment la naissance prématurée, le faible poids à la naissance, la négligence des soins personnels, la consommation de substances, le risque accru de suicide, les grossesses et accouchements traumatisants, les difficultés d’attachement et, dans les cas les plus extrêmes, l’infanticide.
« Il est indéniable que la dépression et l’anxiété non traitées pendant la grossesse sont bien plus dangereuses – pour la mère et le bébé – qu’un traitement antidépresseur soigneusement surveillé », affirme Catherine Birndorf. Elle encourage les femmes à s’informer auprès de sources fiables, telles que l’American College of Obstetricians and Gynecologists et l’American Psychiatric Association, et à faire entendre leur voix en soumettant leurs commentaires via le Registre fédéral lorsque la FDA examine les avertissements concernant les médicaments. Elle appelle également à un soutien accru à la santé mentale maternelle et à la déstigmatisation de la dépression pendant et après la grossesse.
Il s’agit d’un article d’opinion et d’analyse, et les opinions exprimées par l’auteur ne sont pas nécessairement celles de Scientific American.