Les politiques commerciales de l’administration Trump continuent de peser sur le secteur agricole américain, notamment pour les producteurs de soja. Le maintien des tensions avec la Chine, principal importateur mondial, menace leur compétitivité et les pousse à réclamer des solutions durables plutôt que des aides ponctuelles.
La Chine, qui représente 61 % des importations mondiales de soja au cours des cinq dernières campagnes commerciales, a réduit drastiquement ses achats de soja américain en représailles aux tarifs douaniers imposés par Washington. Avant la guerre commerciale de 2018, les États-Unis fournissaient en moyenne 28 % de la récolte chinoise. Ce chiffre est tombé à 11 % en 2018-2019, avant de remonter à 31 % en 2020-2021, puis de redescendre à 22 % en 2023-2024, selon l’American Soybean Association (ASA).
« Nous dépendons du commerce avec d’autres pays, en particulier la Chine, pour écouler notre soja », explique Brad Arnold, un cultivateur de soja du sud-ouest du Missouri. « L’arrêt des achats chinois a des conséquences énormes sur nos activités et nos revenus. » Il souligne qu’il est difficile de compenser la perte d’un marché aussi important, même en développant des débouchés nationaux, comme l’utilisation du soja pour la production de biodiesel.
« Il existe des utilisations nationales pour le soja, notamment le diesel renouvelable, mais ces volumes sont actuellement trop faibles pour compenser l’absence d’un client majeur comme la Chine », précise-t-il. « On ne peut pas se passer de notre premier client du jour au lendemain et trouver un remplaçant instantané. »
Les agriculteurs préféreraient, selon M. Arnold, avoir un accès libre au marché plutôt que de compter sur une éventuelle aide gouvernementale. « Nous avons des investissements et des engagements à long terme dans nos terres et nos équipements. On ne peut pas arrêter de cultiver du jour au lendemain et se reconvertir. »
Scott Gerlt, économiste en chef de l’ASA, met en garde contre les conséquences à long terme de cette situation. « L’aide commerciale peut soulager les agriculteurs à court terme, mais elle ne résout pas le problème de fond. Si nous ne sommes pas présents sur les marchés, cela encourage l’Amérique du Sud, notamment le Brésil et l’Argentine, à accroître leur production et à s’implanter durablement sur le marché chinois. »
« Le Brésil est en expansion constante et a la capacité de continuer à progresser », souligne M. Gerlt. « Cela représente une menace à long terme pour la part de marché des agriculteurs américains si le soja américain n’est pas compétitif au niveau mondial. »
Brad Arnold estime que la situation actuelle relève davantage d’une stratégie politique que d’une véritable volonté de résoudre les problèmes commerciaux. « Le président Trump essaie de faire ce qui est juste avec la Chine et de la tenir responsable, et je pense que c’est une bonne chose », dit-il. « Mais il ne faut pas perdre de vue que, dans le même temps, nous causons des préjudices aux agriculteurs. »
L’ASA appelle à une résolution rapide du conflit commercial pour permettre aux producteurs de soja américains de retrouver un pied d’égalité sur le marché international, notamment à l’approche de la récolte.
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