Publié le 8 octobre 2025 15:03:00. Sanae Takaichi, favorite pour succéder à Fumio Kishida au poste de Premier ministre japonais, semble prête à des concessions diplomatiques pour faciliter une première rencontre avec le président chinois Xi Jinping. Elle envisage notamment de renoncer à une visite controversée au sanctuaire Yasukuni, un geste susceptible d’envenimer les relations avec la Chine et la Corée du Sud.
- Sanae Takaichi pourrait renoncer à sa visite annuelle au sanctuaire Yasukuni pour apaiser les tensions diplomatiques.
- Elle espère rencontrer Xi Jinping lors du sommet de l’APEC à Gyeongju, en Corée du Sud, fin octobre.
- Des experts estiment que cette approche pragmatique pourrait être une condition préalable à un dialogue avec Pékin.
Alors que Sanae Takaichi se profile comme la prochaine Première ministre du Japon, elle semble adopter une stratégie diplomatique plus conciliante. Selon des informations révélées mercredi 8 octobre par l’agence Kyodo News, elle envisagerait de ne pas se rendre au sanctuaire Yasukuni lors de son festival d’automne, qui se tiendra du 17 au 19 octobre. Cette décision intervient face aux craintes d’une réaction négative de la Chine et de la Corée du Sud, et de son impact potentiel sur son image internationale et sa marge de manœuvre diplomatique après sa prise de fonction.
Cette volte-face est encouragée par son allié, Tetsuo Saito, chef du parti Komeito, qui a souligné mardi 7 octobre l’importance de ne pas transformer une visite à Yasukuni en une crise diplomatique, notamment au vu du renforcement de la coopération entre la Chine, la Russie et la Corée du Nord, et de la situation sécuritaire préoccupante autour du Japon. Il a déclaré que
« La visite de Yasukuni ne devrait pas devenir une question diplomatique et affecter le déploiement stratégique extérieur du Japon. »
Tetsuo Saito, chef du parti Komeito
Sanae Takaichi, souvent qualifiée de « Trump du Japon » ou de « Femme Abe », est connue pour ses positions politiques de droite et ses visites régulières au sanctuaire Yasukuni, où sont honorés les soldats japonais morts au combat, y compris des criminels de guerre condamnés. Ses visites passées, notamment lors du 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale le 15 août dernier, ont déjà suscité de vives protestations de Pékin.
Malgré cette image, Takaichi a exprimé lors du débat pour l’élection à la présidence du Parti libéral-démocrate sa volonté d’améliorer les relations avec la Corée du Sud et d’engager un dialogue au sommet avec la Chine. Elle a affirmé qu’elle prendrait une décision « appropriée » concernant les visites futures au sanctuaire Yasukuni, en veillant à ce qu’elles ne deviennent pas un obstacle diplomatique.
Takeshi Iwaya, l’actuel ministre japonais des Affaires étrangères, a exprimé son soutien à cette approche, appelant à établir des « relations constructives et stables » avec la Chine et la Corée du Sud.
Selon des analystes, cette flexibilité pourrait ouvrir la voie à une première rencontre entre Takaichi et Xi Jinping lors du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) à Gyeongju, en Corée du Sud, à la fin du mois. Ding Shufan, professeur honoraire à l’Institut d’études sur l’Asie de l’Est de l’Université nationale Chengchi de Taiwan, estime que le nouveau gouvernement japonais pourrait opter pour un compromis pragmatique face à la complexité de la situation géopolitique en Asie du Nord-Est et aux changements dans la politique américaine.
Zhu Feng, doyenne de l’École des relations internationales de l’Université de Nanjing, souligne que cette attitude témoigne d’une évolution du rôle politique de Takaichi, passant d’une parlementaire à une potentielle Première ministre. Elle doit désormais tenir compte des préoccupations de l’opposition et des défis posés par ses relations avec la Chine, la Corée du Sud et d’autres pays voisins.
Cependant, Ding Shufan met en garde contre un optimisme excessif. Il estime que Pékin pourrait exiger des concessions supplémentaires sur des questions sensibles telles que les îles Diaoyu (appelées Senkaku au Japon) et le statut de Taiwan avant d’accepter une rencontre au sommet. Il a déclaré :
« Le sanctuaire Yasukuni n’est qu’un point de départ. La Chine devra peut-être également faire comprendre clairement au gouvernement de la ville de Gao des questions telles que Diaoyutai et Taiwan. »
Ding Shufan, professeur honoraire à l’Institut d’études sur l’Asie de l’Est de l’Université nationale Chengchi de Taiwan
Zhu Feng, tout en reconnaissant la vigilance de la Chine face à l’arrivée au pouvoir de Takaichi, insiste sur la nécessité de maintenir un dialogue avec le Japon. Elle estime qu’une communication directe et active entre les dirigeants chinois et japonais est dans l’intérêt des deux pays et qu’une rencontre après le sommet de l’APEC est « très probable ».
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