Publié le 10 octobre 2025 à 00h17. Le calmar vampire, créature fascinante des abysses, continue de surprendre les scientifiques. Une nouvelle espèce récemment découverte et les études sur son adaptation à un environnement extrême en font un indicateur précieux pour comprendre les changements climatiques marins.
- Une nouvelle espèce de calmar vampire, Vampyroteuthis pseudoinfernalis, a été identifiée en mer de Chine méridionale.
- Cette créature des profondeurs, vivant entre 600 et 1 200 mètres, se distingue par son métabolisme exceptionnellement lent et sa capacité à survivre dans des zones pauvres en oxygène.
- Les scientifiques étudient le calmar vampire comme un indicateur potentiel des effets du changement climatique sur les écosystèmes marins profonds.
Les profondeurs marines, un monde froid, sombre et soumis à une pression intense, abritent des formes de vie extraordinaires, défiant les limites de ce que l’on pensait possible. Dans ces régions où la lumière du soleil ne pénètre pas, les températures peuvent descendre jusqu’au point de congélation et la pression de l’eau peut être mille fois supérieure à celle de la surface. Pourtant, ces environnements extrêmes sont le refuge de créatures remarquables, adaptées à des conditions que l’on croyait inhabitables.
Parmi ces créatures, le calmar vampire, ou Vampyroteuthis infernalis, attire particulièrement l’attention des chercheurs. Son nom, qui signifie littéralement « calmar de l’enfer » en latin, contraste avec son comportement qui n’est pas celui d’un prédateur agressif. Contrairement à d’autres calmars qui chassent activement dans les eaux peu profondes, le calmar vampire privilégie une stratégie de survie économe en énergie, douce et efficace. Il illustre parfaitement le fait que l’évolution ne favorise pas toujours les créatures les plus fortes, mais celles qui sont les mieux adaptées à leur environnement.

Le calmar vampire vit à des profondeurs comprises entre 800 et 1 000 mètres, dans une zone marine particulière appelée zone minimale d’oxygène (régions où les niveaux d’oxygène sont extrêmement faibles), un environnement mortel pour la plupart des autres organismes. Pour le calmar vampire, cet habitat constitue une protection naturelle contre les prédateurs et les perturbations extérieures. Son corps mou et sombre, ses grands yeux et les membranes reliant ses bras lui confèrent une silhouette distinctive en forme de cape, qui l’aide à se camoufler dans l’obscurité des profondeurs. Dans ce monde sans lumière, il ne se contente pas de survivre, il prospère avec une efficacité remarquable.
L’intérêt des scientifiques pour cette espèce s’est récemment ravivé avec la découverte d’une nouvelle espèce apparentée. En juillet 2024, des chercheurs de l’Institut d’océanologie de la mer de Chine méridionale, relevant de l’Académie chinoise des sciences, ont annoncé la découverte de Vampyroteuthis pseudoinfernalis, un parent proche du calmar vampire classique, à une profondeur de 800 à 1 000 mètres dans la mer de Chine méridionale.
Adaptation et vie dans un monde sans lumière
Le calmar vampire (Vampyroteuthis infernalis) se rencontre dans les océans tropicaux et subtropicaux du monde entier. Son habitat idéal se situe entre 600 et 1 200 mètres de profondeur, où les températures varient entre 2 et 6 °C (35,6 et 42,8 °F) et où les niveaux d’oxygène sont très faibles. Dans cette couche marine, la pression atteint plus de cent fois celle de la surface, et la lumière du soleil est quasiment inexistante. Ces conditions extrêmes exigent des stratégies de survie inhabituelles.

Contrairement aux calmars actifs et agiles des couches supérieures de la mer, le calmar vampire vit à un rythme lent. Son métabolisme est extrêmement faible, représentant seulement une fraction de celui des animaux marins en général, ce qui lui permet de survivre avec un minimum d’énergie. Sa structure corporelle est légère, ses muscles sont mous et il est capable de flotter dans l’eau avec peu d’effort. Cette stratégie en fait l’un des meilleurs exemples d’efficacité énergétique dans le règne animal.
L’une de ses capacités les plus fascinantes est la bioluminescence, sa capacité à émettre de la lumière grâce à un petit organe appelé photophore, réparti sur tout son corps. Les calmars vampires utilisent cette lumière pour survivre : parfois pour tromper les prédateurs, parfois pour communiquer, ou simplement pour se camoufler dans l’obscurité. Au lieu de projeter de l’encre comme d’autres calmars, le calmar vampire émet un nuage de mucus bioluminescent, créant un écran de lumière qui désoriente ses ennemis.
On trouve cette espèce dans les océans Atlantique, Pacifique et Indien, ainsi que dans les eaux du Japon, des Philippines, de Californie, du Mexique et du centre de l’Atlantique. Une étude menée par le Monterey Bay Aquarium Research Institute (MBARI) montre que les calmars vampires sont plus fréquents dans les zones où les températures sont basses et où les niveaux d’oxygène sont inférieurs à 3 %. Une étude de 2023 a révélé que les changements dans leur répartition sont liés aux changements climatiques marins. À mesure que la température des océans augmente et que les niveaux d’oxygène diminuent, les calmars vampires se déplacent vers des couches plus profondes à la recherche de stabilité, ce qui en fait un indicateur biologique naturel du changement climatique dans les eaux profondes.

La découverte de Vampyroteuthis pseudoinfernalis en 2024 suggère également que ce groupe est plus diversifié qu’on ne le pensait. La mer de Chine méridionale et le nord-ouest de l’océan Indien pourraient abriter de nouveaux habitats pour les proches parents du calmar vampire classique. Cette découverte ouvre la voie à une meilleure compréhension de la diversité génétique au sein du groupe Vampyromorphidae, qui était auparavant considéré comme relativement homogène.
Régime alimentaire, reproduction et efficacité évolutive
Malgré son nom, le calmar vampire n’est ni un suceur de sang, ni un prédateur féroce. Il se nourrit de détritus marins, ou « neige marine », constituée de fines particules de matière organique, de restes de plancton et de micro-organismes morts qui flottent depuis la surface.
Pour collecter cette nourriture, le calmar vampire utilise deux longs filaments sensoriels filiformes qui peuvent s’étendre depuis son corps. Ces filaments captent les particules en suspension, puis sont nettoyés à l’aide d’une gaine recouverte de mucus avant d’être consommées. Cette technique est extrêmement économe en énergie.
En matière de reproduction, les calmars vampires se distinguent également de la plupart des céphalopodes. Les femelles peuvent stocker le sperme du mâle dans leur corps pendant plusieurs mois avant de féconder leurs œufs, ce qui leur permet d’attendre le moment le plus propice pour la ponte. Une fois les œufs relâchés dans les profondeurs marines, les parents ne s’en préoccupent plus ; les jeunes calmars vampires doivent se débrouiller seuls dès le début. Bien que simple en apparence, cette stratégie s’est avérée efficace dans un environnement aussi extrême. Certaines études estiment que cette espèce peut vivre jusqu’à huit ans, une longévité relativement importante pour un calmar.
Des recherches paléontologiques récentes éclairent l’évolution du calmar vampire. En février 2024, une équipe de l’Université de Zurich a découvert des fossiles de Simoniteuthis michaelyi au Luxembourg, une espèce ancienne datant d’environ 180 millions d’années, appartenant à la même lignée que le calmar vampire moderne. Le fossile révèle que les ancêtres du calmar vampire étaient autrefois des prédateurs actifs, avec des restes de proies dans leurs bras. Au fil des millions d’années, cette lignée a évolué, passant de chasseurs rapides à des créatures des grands fonds passives, économes en énergie et très efficaces.
Ces changements constituent une leçon importante pour la communauté scientifique : l’évolution ne conduit pas nécessairement à la force ou à la vitesse, mais à l’adaptabilité aux environnements les plus difficiles de la planète. Au milieu du stress, de l’obscurité et du manque d’oxygène, le calmar vampire est un exemple extraordinaire de la capacité de la vie à trouver un moyen de survivre.
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