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Les craintes d’un krach boursier se multiplient

by Amélie Bernard

Publié le 16 octobre 2025 à 14h39. Des signaux d’alerte s’accumulent sur les marchés financiers, poussant même le PDG de JPMorgan Chase, Jamie Dimon, à évoquer un risque de contagion systémique, tandis que des bulles spéculatives se forment dans le secteur de l’intelligence artificielle.

  • Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase, exprime des inquiétudes quant à un possible effondrement financier.
  • La faillite de First Brands Group, une entreprise aux pratiques douteuses, est perçue comme un symptôme d’un problème plus large.
  • Une nouvelle bulle spéculative pourrait se former autour des entreprises d’intelligence artificielle, rappelant celle de la « nouvelle économie » des années 1990.

Les inquiétudes grandissent au sein de la communauté financière. Même Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan Chase, actuellement la banque la plus prospère au monde, affiche un pessimisme prudent. Récemment, il a déclaré : « Je ne devrais probablement pas dire ça, mais si je vois un cafard, il y en a probablement d’autres. »

Cette métaphore du cafard fait référence à la faillite de First Brands Group, une affaire que Dimon considère comme plus qu’un simple cas isolé. Il la qualifie de « fraude pure et simple ».

L’affaire First Brands est d’une gravité particulière. Elle pourrait être l’équivalent américain du scandale impliquant l’entrepreneur autrichien René Benko, récemment condamné, mais à une échelle encore plus importante.

Le PDG de First Brands, Patrick James, est un personnage trouble. Né en Malaisie, il est arrivé aux États-Unis en tant qu’étudiant sans ressources. Rapidement, il s’est impliqué dans des transactions douteuses. Le Financial Times rapporte que « depuis 2000, il est confronté à des poursuites et à des articles dans la presse locale, faisant état de fermetures d’usines, de faillites et de créanciers escroqués qui ont tenté de confisquer ses biens ».

Malgré ce passé, James a développé un modèle commercial apparemment lucratif : l’achat de créances auprès de petites entreprises, avec une prime à la clé. Ce modèle rappelle celui de Greensill Capital, qui a fait faillite de manière spectaculaire et a entraîné le Crédit Suisse dans la tourmente.

Pourtant, personne ne semblait s’en soucier. James menait un train de vie luxueux, jusqu’à ce que First Brands soit contraint de déposer le bilan. On soupçonne que des créances ont été comptabilisées deux fois, et environ 2 milliards de dollars auraient disparu.

La faillite de First Brands devrait être considérée comme un cas isolé. Cependant, « le fiasco a attiré l’attention des régulateurs du monde entier », selon le Financial Times. « Ils étudient si cela n’est pas le symptôme d’une maladie systémique affectant une forme de financement populaire à Wall Street. » D’autres « cafards » pourraient donc être découverts, comme le suggère Dimon.

Parallèlement, le prix de l’or atteint des sommets historiques, signe d’une inquiétude croissante des investisseurs. Cette année, il a déjà enregistré son 47e record, dépassant actuellement les 4 200 dollars l’once.

Il est également intéressant de noter qu’UBS est impliquée dans des affaires litigieuses et pourrait devoir subir des pertes de plus de 400 millions de dollars. Mais c’est une autre histoire.

Une nouvelle bulle internet ?

Les faillites spectaculaires ne sont pas le seul sujet de préoccupation. Les symptômes d’une nouvelle bulle spéculative, similaire à celle de la « nouvelle économie » des années 1990, se manifestent également. À l’époque, des actions de jeunes entreprises, souvent non rentables, se négociaient à des prix exorbitants, simplement en raison de l’euphorie autour d’internet. Le simple suffixe « .com » suffisait à attiser la cupidité des investisseurs.

Ce phénomène se reproduit aujourd’hui avec l’intelligence artificielle. Les entreprises qui promettent de répondre à l’énorme demande énergétique des géants de l’IA, ainsi que les startups proposant de petites centrales nucléaires, comme Oklo, sont particulièrement touchées. Cette dernière, fondée par Sam Altman, ne connaît le mot « profit » que par ouï-dire, mais a déjà atteint une capitalisation boursière de 26 milliards de dollars.

Oklo n’est pas un cas isolé. Le Financial Times cite plusieurs autres startups qui affichent des valorisations boursières élevées, sans pour autant avoir démontré leur capacité à générer des bénéfices.

En général, il y a beaucoup d’air dans les valorisations des entreprises d’IA. « Dix startups d’IA en perte ont atteint une valeur boursière de plus de 1 000 milliards de dollars (1 000 milliards d’euros) au cours des douze derniers mois », selon le Financial Times. « Il s’agit d’une augmentation sans précédent qui alimente les craintes de voir gonfler une bulle qui pourrait se propager à l’ensemble de l’économie. »

Cependant, certains voient un côté positif à ce phénomène. « Bien sûr, c’est une bulle », déclare Hemant Taneja de la société de capital-risque General Catalyst. « Mais les bulles, c’est bien. Les bulles canalisent le capital et les talents vers de nouvelles tendances. Cela conduira à des bains de sang individuels, mais cela créera également de nouveaux modèles économiques qui changeront le monde. »

Google et Amazon, nés de la bulle internet, sont souvent cités en exemple pour étayer cette thèse. Ceux qui ont investi dans ces entreprises à temps ont pu compenser les pertes causées par les faillites d’autres sociétés.

En fin de compte, l’évolution du prix de l’or n’est pas un signe de bonne augure, mais plutôt d’inquiétude. La fuite vers l’or pourrait s’expliquer par la crainte d’une perte de confiance dans le dollar américain, qui reste la monnaie de référence mondiale.

Après la crise financière de 2008, Charles Prince, alors PDG de Citigroup, expliquait pourquoi les banquiers n’avaient pas vu venir le danger des prêts hypothécaires titrisés avec cette citation devenue légendaire : « Tant que la musique joue, nous devons danser. »

Pourquoi les banquiers doivent danser

Les banquiers doivent à nouveau danser, car la musique continue de jouer : les entreprises technologiques et les institutions financières affichent des bénéfices records. Mais, comme avant la crise financière, les banquiers ne savourent plus cette danse. Des articles d’avertissement sur un krach imminent sont publiés quotidiennement dans des médias économiques réputés tels que le Financial Times et le Wall Street Journal.

Ted Pick, PDG de la banque d’investissement Morgan Stanley, décrit dans le Wall Street Journal l’état émotionnel de ses collègues comme un « mélange inconfortable d’incertitude macroéconomique et d’énormes opportunités de profits ».

L’euphorie à Wall Street contraste avec la situation incertaine de l’économie réelle. L’inflation reste élevée, les embauches sont limitées, la dette nationale est colossale et les États-Unis sont à nouveau paralysés politiquement. De plus, la guerre commerciale avec la Chine s’intensifie. Le président Donald Trump semble peu préoccupé par ces problèmes, préférant se concentrer sur la transformation de la Maison Blanche en un Versailles moderne.

Les conséquences pourraient être graves

L’inquiétude des investisseurs est exacerbée par le fait qu’un éventuel krach pourrait avoir des conséquences catastrophiques, bien plus importantes qu’en 2000. Dans un article invité publié dans The Economist, Gita Gopinath, ancienne économiste en chef du Fonds monétaire international, écrit :

« S’il y avait une correction du marché d’une ampleur similaire à celle du krach internet, je suppose que plus de 20 000 milliards de dollars de richesse pour les familles américaines seraient détruits. Cela correspond à environ 70 pour cent du produit intérieur brut américain en 2024. Et cela correspond à son tour à plus de sept fois les pertes du krach du début des années 2000. »

Si la prophétie de Gita Gopinath se réalise, il faudra se préparer à affronter de graves conséquences mondiales.

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